Samir Amine: “Les pays africains doivent tourner définitivement le dos au Fmi et à la Banque mondiale.”

Dans un entretien avec le journal le Témoin, le Professeur en Sciences économiques, SAMIR AMIN, revient sur les causes du sous développement de l’Afrique et accuse les dirigeants de maintenir l’Afrique dans cette situation.

Dans un entretien avec le journal le Témoin, le Professeur en Sciences économiques, SAMIR AMIN, revient sur les causes du sous développement de l’Afrique et accuse les dirigeants de maintenir l’Afrique dans cette situation.

Dans son long réquisitoire, Samir Amin fait savoir que les classes dirigeantes dans les pays africains  comme dans les pays asiatiques et latino-américains, ont été largement produites et façonnées par l’intégration de leurs pays dans le système capitaliste mondial en qualité de partenaires subalternes dominés. “J’utilise un terme qui a été employé pour la première fois par les communistes chinois, il y a longtemps, dans les années 1920-1930. C’est le terme de bourgeoisie compradore. C’est un mot portugais qui veut dire les commerçants, les acheteurs, les intermédiaires entre le monde dominant impérialiste et le monde local notamment de producteurs paysans.” explique-t-il, avant de poursuivre;

“Nos classes dominantes sont des classes compradores. “Et je pourrais dire même des bureaucraties d’Etat, qui ne sont pas des classes d’entrepreneurs et qui ne sont pas toujours des propriétaires au sens capitaliste du terme, de ces bureaucraties d’Etat, donc, je pourrais dire qu’elles sont des bureaucratiques  largement « compradores ». Donc, l’obstacle, il est chez nous effectivement, il est dans la nature des classes dominantes et du pouvoir politique. Mais le déploiement du mouvement social peut modifier la donne et créer ainsi les conditions d’une sortie de l’impasse.
Si on prend l’exemple du Sénégal particulièrement, on a un plan qu’on appelle Plan Sénégal émergent qu’on retrouve un peu partout en Afrique exemple au Gabon entre autres. (…)

Le gouvernement du Sénégal a élaboré un plan d’émergence. A cette fin, il s’ouvre à de nouveaux partenaires, la Chine en particulier, capable de contribuer à la restauration du tissu industriel dévasté par trente ans de politiques néo-libérales. Il revient au Sénégal maintenant de définir par quels moyens il peut amorcer le processus de son industrialisation. On ne peut que se féliciter de ces premiers pas dans la bonne direction. C’est le droit et le devoir de tous les Sénégalais de discuter librement de ce que ce projet devrait permettre et comment y parvenir, de s’exprimer sur les voies et moyens qui permettront aux organisations populaires de s’investir dans le débat. Pour ma part, je me contente d’appeler l’attention sur les exigences et les difficultés du combat pour un développement authentique, national, populaire et démocratique, dont il faut savoir qu’il entre en conflit avec ce que les forces dominantes de la mondialisation capitaliste veulent imposer aux peuples du Sud.”

Pour cela, explique-t-il, les pays africains doivent tournée définitivement le dos au Fmi et à la Banque mondiale. Mais il comprend tout de même qu’ils ne puissent pas leur  tourner le dos du jour au lendemain. Parce que, explique–t-il,  nous sommes insérés dans toutes sortes de relations financières et autres avec le monde capitaliste dominant en particulier avec l’Union européenne qui fait que ce n’est pas si facile. La preuve, quand la Grèce avec l’élection de Syriza a voulu remettre en question les conditions d’appartenance à la zone Euro, elle n’est pas parvenue à le faire.

Alors, je ne jetterai pas la pierre à un gouvernement africain qui, aujourd’hui, ne déclarerait pas qu’il sort demain des institutions internationales. Mais, il faut y penser et le préparer. En particulier en créant en parallèle d’autres relations, de nouvelles institutions nous associant avec les autres pays du Sud, d’Asie et de l’Amérique Latine. Et créer ainsi progressivement un système parallèle qui nous permettra un jour de dire au revoir au système monétaire et financier international en place.

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