Accueil Actualité Mody Niang: Le parcours d’un intellectuel intransigeant

Mody Niang: Le parcours d’un intellectuel intransigeant

Ancien instituteur devenu inspecteur de l’enseignement, essayiste et chroniqueur politique, Mody Niang a consacré une grande partie de sa vie à l’éducation et à la surveillance de l’action publique. Décédé le 17 octobre 2026 à l’âge de 81 ans, il laisse l’image d’un homme de conviction, connu pour son franc-parler et ses critiques de la gouvernance sénégalaise. Mody Niang était de ces hommes qui ne séparent pas l’écriture de l’engagement citoyen. Enseignant de formation, inspecteur de l’éducation à la retraite, il s’est imposé au fil des décennies comme une voix singulière du débat public sénégalais. Sa plume, souvent incisive, a accompagné les évolutions politiques du pays, des années Abdou Diouf aux présidences d’Abdoulaye Wade et de Macky Sall, avant son soutien aux nouvelles autorités issues de l’alternance de 2024. Né en 1945 à Koki, dans la région de Louga, Mody Niang commence sa carrière dans l’enseignement en 1964, comme instituteur à Ndiaganiao. Il poursuit ensuite ses études à l’Université de Dakar, où il obtient une licence, avant d’enseigner l’histoire et la géographie. Son admission à l’École normale supérieure de Dakar lui ouvre la voie de l’inspectorat.

‎À partir de 1981, il exerce comme inspecteur de l’enseignement élémentaire, fonction qu’il occupe jusqu’à sa retraite en 2003. Cette longue expérience au sein du système éducatif contribue à façonner son regard sur l’État, ses institutions et les responsabilités des dirigeants. Mais la retraite ne marque pas la fin de son engagement. Elle lui offre plutôt un nouvel espace d’expression : celui des chroniques, des essais et des contributions dans la presse.

‎Une plume sans complaisance

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‎Mody Niang s’est particulièrement illustré par ses prises de position sur la gouvernance, la gestion des deniers publics, la corruption, la politisation de l’administration et la reddition des comptes. Dans ses écrits, il confronte régulièrement les discours politiques aux actes posés par les gouvernants. Son ton direct, parfois sévère, lui vaut une audience importante auprès des lecteurs, mais aussi des controverses. Il ne ménage ni les personnalités publiques ni les régimes dont il juge les pratiques contraires aux exigences de transparence et de responsabilité. Ses critiques traversent plusieurs séquences politiques. Il observe les années socialistes, l’alternance de 2000 portée par Abdoulaye Wade, puis les années Macky Sall. Il consacre notamment plusieurs ouvrages à la gouvernance libérale et aux promesses de l’alternance. Parmi ses publications figurent Me Wade et l’Alternance : le rêve brisé du Sopi, Le clan des Wade : accaparement, mépris et vanité et 20 ans de gouvernance socialiste vue par un citoyen sénégalais. Ces titres témoignent de son intérêt constant pour les mécanismes du pouvoir et la manière dont les dirigeants exercent leurs responsabilités.

‎De la critique à l’engagement institutionnel

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‎Son parcours ne se limite pas à l’observation extérieure des affaires publiques. Mody Niang a également exercé des responsabilités au sein de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC), où il a été conseiller technique et porte-parole. Il quitte l’institution en février 2016. Cette expérience illustre la difficulté de concilier les responsabilités institutionnelles avec une longue tradition de liberté de parole et de prises de position publiques. Au fil des années, il devient une figure familière des médias, où ses contributions nourrissent les discussions sur la démocratie, la transparence et l’éthique dans la gestion publique. Son engagement politique évolue également. Proche d’Ousmane Sonko et de Pastef, il soutient les nouvelles autorités après l’alternance de 2024. Le 7 août de la même année, il est nommé président du conseil d’administration de la Société sénégalaise de presse et de publication (SSPP), éditrice du quotidien national Le Soleil. Il prend officiellement ses fonctions en septembre. Son passage à la tête du conseil d’administration est toutefois de courte durée. En mars 2025, il annonce sa démission, invoquant principalement des raisons de santé. Il tient alors à préciser que son départ n’est pas lié à son engagement politique ni à son soutien aux nouvelles autorités.

‎Un héritage fait de livres et de convictions

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‎Mody Niang s’éteint le 17 octobre 2026, à l’âge de 81 ans. Son parcours aura été celui d’un éducateur devenu essayiste, puis d’un chroniqueur dont les interventions ont marqué plusieurs générations de lecteurs et d’acteurs de la vie publique. Ses positions n’ont pas toujours fait l’unanimité. Mais son itinéraire témoigne d’une volonté constante de prendre part au débat national et de rappeler aux gouvernants leurs obligations envers les citoyens..De la salle de classe aux colonnes des journaux, en passant par les institutions publiques, il aura conservé une même préoccupation : la place de l’éducation, la qualité de la gouvernance et la responsabilité de ceux qui dirigent le pays.

‎Avec sa disparition, le Sénégal perd un intellectuel engagé dont les écrits continueront d’alimenter les débats sur les alternances politiques, la démocratie et l’exercice du pouvoir. Son parcours rappelle qu’au-delà des fonctions officielles, la plume peut aussi devenir un instrument de vigilance citoyenne.

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