Lettre ouverte au président Macky Sall, Par Malang Fadéra, président du comité exécutif des Elèves de l’ENTSS

Monsieur le Président de la République, cette présente lettre vous est adressée dans un contexte particulier.

Vous avez manifesté une ferme volonté de mettre plus l’accent sur les politiques sociales dans le PSE, cadre de référence en cours qui fédère les forces vives de la nation. Il faut noter le Programme national de Bourses de Sécurité familiale, la Couverture maladie universelle, la Carte d’égalité des chances, le retrait des enfants de la rue etc. Fort de ces initiatives, vous avez décrété l’année 2018 : année du social.

Toutefois, la grande interrogation qui s’impose est comment faire le social sans les professionnels du social ?

Monsieur le Président de la République, force est de reconnaitre que, malgré tous ces efforts fournis et des milliards alloués à ce secteur, les objectifs restent encore loin d’être atteints. La majorité des populations vivent toujours dans la pauvreté, dans la vulnérabilité, dans la précarité et dans l’injustice sociale.

Cela est dû au fait que les travailleurs sociaux formés à l’ENTSS (Ecole nationale des Travailleurs sociaux spécialisés) ne sont impliqués ni dans l’élaboration, ni dans l’exécution encore moins dans l’évaluation des programmes. Il faut mettre, au cœur de ces dispositifs, des ressources humaines de qualité et qualifiées à la tâche. Monsieur le Président de la République, l’ENTSS dispose tous ces profils qui pourront répondre à vos attentes. Elle forme ses étudiants dans ces filières suivantes :
Pour le Premier Cycle.

_ Protection des Droits de l’enfant ;
_ Formation et Réinsertion des Personnes handicapées ;
_ Travail social communautaire ;
_ Assistant social;
_ Médiation familiale.
Pour le Second Cycle.
_ Gestion des services sociaux ;
_ Formation des formateurs.

Monsieur le Président de la République, l’échec des nombreuses tentatives de gestion à défaut d’une résolution des problématiques préoccupantes que sont: les enfants de la rue , la délinquance juvénile ,les grossesses précoces , les mariages précoces , l’excision , la mendicité ,le décrochage scolaire, la prise en charge psychosociale des enfants victimes d’incestes, de viols, d’harcèlement, se justifie par la non implication des spécialistes en protection des droits de l’enfant.

C’est pourquoi nous proposons la multiplication des centres de sauvegarde, des AEMO (Action éducative en Milieu ouvert), des centres de premier accueil, des centres d’adaptation sociale, la promotion de la fonction d’inspection en éducation surveillée dans toutes les grandes communes. La situation actuelle de l’école sénégalaise en terme de résultats impose l’ouverture d’un service social dans tous les collèges, lycées ainsi que toutes les universités.

Monsieur le Président de la République, les spécialistes en formation et réinsertion des personnes handicapées sont assez outillés pour la prise en charge de toutes les formes de handicap. Ils seront aussi capables de vous accompagner dans votre politique de carte d’égalité des chances. C’est pourquoi nous suggérons la construction de plusieurs centres de prise en charge des enfants victimes de déficiences intellectuelles, mentales, sensorielles et de promotion de leurs droits par des stratégies de réadaptation fonctionnelle différentiées.

Les spécialistes en travail social communautaire seront capables de vous faire des résultats incontestables dans la gestion du programme national de bourses de sécurité familiale, dans le pilotage des micro-projets, l’accompagnement des dynamiques de création de revenus initiées par les GPF, dans la promotion de l’alphabétisation etc. Etant donné que toutes les collectivités locales disposent des ressources allouées au social, le recrutement de ces spécialistes dans les municipalités reste un besoin primordial.

Les sénégalais dénoncent dans la vie de tous les jours les conditions sociales des hôpitaux au moment où des assistants sociaux capables de gérer ces services sociaux sont au chômage. Ils sont écartés des campagnes de sensibilisation sur les maladies : un travail qui ne saurait être accompli convenablement par les médecins. Ces professionnels doivent être mis à contribution dans toutes les agences de la CMU.

Monsieur le Président, vu le nombre de dossiers de divorce en instances dans les juridictions, vu les litiges fonciers qui sont sources d’éclatement des familles, vu les contentieux dans les entreprises entre les employés et le patronat, le recrutement des médiateurs sociaux et familiaux dans les maisons de justice et dans les structures étatiques devient une nécessité impérieuse. Ces spécialistes du lien social pourront participer convenablement à la stabilité, à la réconciliation, à la négociation, à l’alerte dans toutes les circonstances.

Monsieur le Président de la République, nous dénonçons avec la dernière énergie la gestion des services sociaux dans les ministères, directions générales et dans toutes les structures de l’Etat. Ces services ont tendance à être confiés à des gens qui n’ont aucune compétence professionnelle dans le métier alors que vous investissez des milliards dans la formation des jeunes spécialisés en gestion des services sociaux sans les utiliser. Cela relève d’un véritable paradoxisme. L’amateurisme est à combattre.

Monsieur le Président de la République, vous allez constater tout au long de mon argumentaire qu’aucun pays au monde ne peut développer sans le travail social. Sa transversalité fait qu’il devient un levier pour le développement de toute nation. Contrairement au Sénégal, tous les pays développés comme le Canada, la France ont donné une importance capitale aux travailleurs sociaux dans les politiques publiques. C’est pourquoi, Monsieur le Président, nous proposons le recrutement de 300 travailleurs sociaux pendant trois ans pour faire bénéficier la nation sénégalaise de l’expertise de tous ces jeunes diplômés.

C’est dans ce sillage que nous vous lançons un appel solennel, Monsieur le Président, pour trouver une solution définitive à ce mémorandum qui a fait couler beaucoup d’encres, qui a été à l’origine de plusieurs mouvements d’humeur. Il s’agit des problèmes liés :

-au régime indemnitaire du corps du travail social ;
-au paiement des pécules ;
-au recrutement des sortants dans la Fonction publique ;
-au paiement des bourses ;
-au paiement des indemnités de stages avant service pour les Etudiants directs ;
-au bus de stage ;
-à la sécurisation des subventions de mémoires ;
-à la subvention tardive du déjeuner et la subvention du petit déjeuner ;
– aux inscriptions qui doivent être ramenées à 20.000fr au lieu de 50.000fr ;

Monsieur le Président, nous proposons aussi à l’image de la France une institution comme le HCTS (Haut Conseil du Travail Social). Il serait aussi important d’organiser des assises nationales sur le Travail social. Nous suggérons également l’inscription d’une journée nationale du Travail social dans l’agenda du Chef de l’Etat.

Malang FADERA, Président du Comité exécutif des Elèves de l’ENTSS

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