Mais elle attend surtout de savoir si la vérification de ses pièces d’identité sera au cœur d’une nouvelle procédure engagée contre elle.
Nourah Bah, l’influenceuse poursuivie pour discours contraires aux bonnes mœurs et insultes envers un groupe de personnes en raison de leur origine nationale, a été déférée lundi au tribunal de Dakar. En outre, les conditions d’obtention de ses papiers sénégalais sont au cœur des vérifications. Mais à Nguidilé, la mairie affirme n’avoir pas encore reçu la réquisition de la Division spéciale de cybersécurité (DSC).
Les choses se compliquent pour Nourah Bah. Déférée ce lundi au tribunal de Dakar, elle attend de rencontrer le procureur. Mais elle attend surtout de savoir si la vérification de ses pièces d’identité sera au cœur d’une nouvelle procédure engagée contre elle.
La Division spéciale de cybersécurité (DSC), qui a interpellé l’influenceuse en fin de semaine dernière sur instruction du procureur, à la suite de publications visant les autorités sénégalaises et religieuses, aurait décidé d’envoyer une réquisition à la mairie de Nguidilé, lieu de naissance déclaré de l’intéressée, ainsi qu’à la Direction de l’automatisation du fichier (DAF), pour faire la lumière sur les conditions de délivrance de sa carte nationale d’identité et de son passeport.
Cependant, à Nguidilé, Aki Diop, responsable de l’état civil, affirme n’avoir pas encore reçu la notification officielle. « Nous sommes à pied d’œuvre pour procéder aux vérifications », assure-t-il, tout en restant réservé sur ce dossier sensible. Il laisse entrevoir l’éventualité d’un jugement supplétif, un acte qui relève de la compétence du juge d’instance. « La primeur des résultats des investigations sera donnée aux autorités qui ont ordonné cette réquisition », précise-t-il.
« Les problèmes relatifs à l’état civil représentent 80 % des contentieux portés devant la juridiction d’instance »
Si l’autorité locale demeure réservée, c’est que l’affaire Nourah Bah n’est pas un cas isolé. Le département de Louga a connu plusieurs scandales liés à l’état civil. En 2015, une fraude à Niomré avait défrayé la chronique. Des ressortissants marocains, jordaniens et syriens cherchaient à se faire établir des documents sénégalais. Le procureur avait alors ordonné une enquête qui avait abouti à plusieurs arrestations.
Ces précédents expliquent les soupçons qui pèsent sur l’affaire actuelle. D’ailleurs, face à cette problématique, les autorités ont organisé un atelier de formation à l’intention de 17 maires du département et des officiers d’état civil.
Boubacar Ndiaye Fall, président du Tribunal de première instance de Louga, a révélé un chiffre alarmant : « Les problèmes relatifs à l’état civil représentent 80 % des contentieux portés devant la juridiction d’instance. »
Pour Abdou Khadre Lô, maire de Nguidilé, les mairies sont confrontées à de multiples difficultés : registres non signés, enregistrements en double ou en triple, volets égarés ou détériorés. La multiplication des audiences foraines pour pallier ces manquements atteste de l’ampleur du problème.
Enfants non déclarés, élèves privés d’examens, émigrés refoulés qui refont de nouveaux papiers avec du faux : le tableau est sombre. La fraude n’est pas seulement le fait des usagers. Beaucoup d’agents de l’état civil ont été jugés et condamnés pour faux et usage de faux.
Face à ces problèmes, plusieurs communes du département de Louga ont commencé, dès 2022, à numériser leurs centres d’état civil. Objectif : juguler les fraudes, sécuriser les données et fluidifier les procédures. Une initiative saluée, mais encore limitée.
Reste à savoir si cette numérisation suffira à effacer les millions de faux documents en circulation, alors que Nourah Bah s’apprête à passer sa troisième nuit en détention provisoire.



