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DISCOURS DE MONSIEUR LE MINISTRE DE LA JUSTICE, GARDE DES SCEAUX à l’Assemblée générale de l’Union des Magistrats Sénégalais (UMS)

C’est avec honneur que je prends part à cette Assemblée générale de l’Union des Magistrats Sénégalais (UMS), organisée autour d’un thème qui se situe au cœur des préoccupations de notre pays : « Les réformes judiciaires et la modernisation de la justice ».
Je voudrais d’abord saluer l’initiative de l’UMS qui, à travers cette rencontre, offre un cadre privilégié de réflexion sur l’avenir de notre institution judiciaire. Permettez-moi également de souhaiter une chaleureuse bienvenue aux
délégations étrangères qui nous font l’honneur de leur présence. Leur participation témoigne des liens de fraternité, de solidarité et de coopération qui unissent nos institutions judiciaires et enrichit utilement nos réflexions communes.
Je salue, à cet égard, l’esprit d’ouverture qui anime l’Union des Magistrats Sénégalais. En inscrivant ses travaux dans une dynamique d’échanges avec les structures sœurs de magistrats, elle contribue au partage des expériences, à la diffusion des bonnes pratiques et au renforcement de la coopération judiciaire, au bénéfice de nos institutions et de nos peuples.
La justice n’est pas une administration comme les autres. Elle constitue l’un des fondements de la République.
Elle est la gardienne des libertés, la protectrice des droits, l’arbitre des conflits et l’expression concrète de la suprématie de la loi.
Sa force conditionne la crédibilité de l’État, son efficacité consolide l’adhésion des citoyens et son indépendance garantit la permanence de l’État de droit. Il ne peut y avoir d’État de droit sans une justice forte.
Cette quête permanente anime pleinement la vision de Son Excellence Monsieur le Président de la République Bassirou
Diomaye Diakhar FAYE, qui place la justice parmi les priorités de l’action publique, convaincu qu’il ne peut y avoir d’État de droit fort, de développement durable sans une justice indépendante, efficace, moderne
et des magistrats respectés, écoutés et accompagnés.
D’ailleurs, cette conviction inspire l’action du Gouvernement. Nous considérons que le renforcement de l’institution
judiciaire demeure un investissement stratégique pour la consolidation de l’État de droit, la stabilité de nos institutions, la sécurité juridique des citoyens et l’attractivité économique de notre pays.
L’État du Sénégal a fait de la consolidation de l’État de droit une orientation majeure de son action. Cette ambition repose sur un principe simple : aucune politique publique ne peut produire durablement ses effets si elle n’est adossée à des institutions crédibles, à une administration performante et à une justice digne de la confiance des citoyens. La justice est appelée à jouer un rôle toujours plus déterminant dans la transformation de notre pays. Elle accompagne les mutations économiques, sécurise les
investissements et protège nos libertés fondamentales. Elle participe à la lutte contre la corruption, la criminalité économique,
le blanchiment de capitaux, le terrorisme, la cybercriminalité et toutes les formes de délinquance qui fragilisent les fondements de notre société. A bien des égards, elle représente, le miroir de la qualité de notre
gouvernance.
Mesdames et Messieurs, Les attentes de nos concitoyens à l’égard de la justice n’ont jamais été aussi fortes. Ils exigent une justice plus accessible, plus rapide, plus lisible, et dont les décisions soientcomprises et respectées.
Ces attentes sont légitimes et nous obligent collectivement. C’est pourquoi les réformes que nous engageronsne constituent pas
une simple succession de mesures isolées. Elles participent d’une vision d’ensemble visant à adapter notre
institution judiciaire aux exigences d’un État moderne. Réformer la justice ne signifie pas remettre en cause ses principes fondamentaux.
Réformer la justice, c’est lui donner les moyens d’exercer pleinement sa mission constitutionnelle dans un environnement en constante évolution. Cette mutation concerne naturellement les textes. Mais elle touche tout autant l’organisation des juridictions, la gouvernance judiciaire, les infrastructures, la formation des acteurs, la spécialisation des contentieux, les méthodes de management public et, surtout, la transformation numérique. Le numérique n’est plus un simple outil d’amélioration administrative. Il s’impose désormais comme un levier majeur de transformation de l’action publique.
À cet égard, le New Deal Technologique traduit la volonté de l’État d’accélérer la transition numérique dans l’ensemble des administrations. Le ministère de la Justice inscrit résolument son action dans cette dynamique. La dématérialisation des procédures, l’amélioration des systèmes d’information, l’interconnexion des juridictions et le développement de services numériques sécurisés amélioreront sensiblement la qualité du service rendu aux citoyens.
Notre ambition est claire : mettre la technologie au service du juge, et non substituer la technologie au juge.
Chers magistrats, La modernisation ne saurait toutefois être réduite aux seuls investissements matériels. Elle repose d’abord sur les femmes et les hommes qui rendent quotidiennement la justice. Je voudrais ici rendre un hommage appuyé à l’ensemble des magistrats du Sénégal qui font preuve d’un sens élevé du devoir et qui, malgré les multiples contraintes et défis, s’emploient chaque jour à accomplir leur mission avec compétence, intégrité, impartialité et dévouement. Je mesure pleinement les responsabilités qui sont les vôtres, ainsi que les contraintes liées à l’accroissement du contentieux, à la complexité des affaires et au déficit de ressources humaines auquel font face plusieurs de nos juridictions.
Cette réalité affecte non seulement les magistrats, mais également les
greffiers, les personnels administratifs et, plus largement, l’ensemble de la
chaîne judiciaire.
Nous n’ignorons pas ces difficultés quotidiennes.
Elles sont pleinement prises en compte dans les orientations arrêtées
par le Gouvernement.
Certes, le contexte des finances publiques impose à l’État des
arbitrages rigoureux.
Tous les secteurs sont appelés à participer à l’effort collectif.
Mais cette exigence de maîtrise budgétaire ne signifie nullement un
renoncement.
Au contraire.
Elle nous invite à hiérarchiser nos priorités et à concentrer davantage
nos efforts sur les secteurs stratégiques.
Et la justice figure incontestablement parmi ces priorités.
Investir dans la justice ne consiste pas uniquement à renforcer un
service public. C’est investir dans la crédibilité de l’État, dans la confiance
des citoyens, dans la paix sociale et dans le développement économique.
Une justice forte demeure la condition d’un État fort.
C’est dans cet esprit que les investissements destinés à améliorer les
conditions de fonctionnement de nos juridictions seront progressivement
poursuivis. Ils porteront notamment sur le renforcement des
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infrastructures, la modernisation des équipements, le développement des
outils numériques, la poursuite des recrutements dans la limite des
capacités de l’État. Le renforcement de la formation initiale et
continue s’avère aussi nécessaire afin d’accompagner l’émergence de
nouveaux contentieux, dans les domaines du numérique, des technologies
émergentes, de l’environnement, des mines, des investissements, de la
criminalité financière et de la coopération judiciaire internationale.
Cette volonté de modernisation s’accompagne d’une évolution
profonde de la méthode de gouvernance de la Chancellerie. Dès ma prise
de fonctions, j’ai fait le choix d’une administration davantage fondée sur
l’écoute, la proximité et la recherche de solutions concrètes. Je suis
persuadéque l’autorité de la Chancellerie se renforce lorsqu’elle est proche
des juridictions et attentive à leurs préoccupations réelles. C’est
cette approche qui guide désormais notre action.
Dès ma prise de fonctions, j’ai tenu à recevoir le Bureau exécutif
de l’UMS afin d’être à l’écoute de ses préoccupations. À cette occasion,
plusieurs questions essentielles ont été portées à mon attention, notamment
celle de l’assiette foncière et les disparités de traitement au sein de la
magistrature.
Concernant le site de Déni, une procédure
de mainlevée est engagée par l’État. Toutefois, sur le lotde cinq
hectares, il y a plusieurs empiètements rendant présentement impossible
une prise de possession des attributaires.
Cependant, l’État s’engage à proposer une solution avant la fin de
l’année.
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Enfin, concernant les disparités de traitement, je suis conscient de
l’importance de cette préoccupation. J’aurai l’occasion d’en échanger avec
l’Autorité afin d’envisager, dans un esprit de dialogue, les solutions
susceptibles de répondre aux attentes exprimées.
C’est dans cet esprit que j’ai aussi entrepris une série de visites dans
les juridictions et les services judiciaires, non pour accomplir un simple
exercice protocolaire, mais pour prendre la pleine mesure des réalités du
terrain, écouter les acteurs de justice, et identifier, avec eux, les réponses
les plus appropriées aux difficultés rencontrées.
Ces visites ont déjà permis d’engager plusieurs actions concrètes,
notamment en matière d’amélioration des conditions matérielles de travail,
de réhabilitation de certaines salles d’audience, de sécurisation des
juridictions et de traitement prioritaire de plusieurs difficultés identifiées
sur le terrain.
Dans la même dynamique, nousavons engagéune concertation avec le
ministère en charge des Infrastructures pour établir un diagnostic exhaustif
de l’état de nos édifices judiciaires et programmer les interventions
nécessaires à leur réhabilitation, leur extension et leur modernisation.
Notre objectif est clair : offrir aux magistrats, aux personnels de justice et
aux justiciables un environnement de travail plus fonctionnel, plus sécurisé
et plus conforme aux exigences d’un service public de qualité.
Mais la modernisation de la justice ne saurait se limiter aux
infrastructures et aux équipements. Elle suppose également une attention
constante portée aux femmes et aux hommes qui la servent.
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Les magistrats accomplissent une mission essentielle au nom du
peuple sénégalais : ils disent le droit, protègent les libertés, garantissent les
droits des citoyens et contribuent, par leurs décisions, à la stabilité des
institutions ainsi qu’à la préservation de la paix sociale.
Cette responsabilité exceptionnelle exige un engagement
irréprochable de leur part ; elle impose également à l’État de leur assurer
des conditions d’exercice à la hauteur de la confiance que la Nation place
en eux. C’est cette exigence qui inspire l’action de la Chancellerie.
Je veux vous assurer, avec solennité, que l’Union des Magistrats
Sénégalais peut compter sur le Garde des Sceaux comme un interlocuteur
disponible, un partenaire loyal et un défenseur constant des intérêts
supérieurs du service public de la justice.
Les responsabilités qui sont les nôtres sont certes différentes, mais
elles convergent vers une même finalité : renforcer l’institution judiciaire
et permettre aux magistrats d’accomplir leur mission dans les meilleures
conditions possibles.
Au-delà des investissements et de ces
transformations organisationnelles, la réussite des réformes suppose
également une gouvernance fondée sur le dialogue.
Aucune réforme durable ne peut être construite sans l’adhésion de
ceux qui la mettent quotidiennement en œuvre.
À cet égard, je tiens à réaffirmer que la Chancellerie restera un
partenaire attentif et disponible.
Le dialogue avec l’Union des Magistrats Sénégalais, partenaire
privilégié, constitue un élément essentiel de cette démarche.
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Nos échanges peuvent parfois être exigeants et révéler des sensibilités
différentes, mais ils demeureront toujours guidés par un but unique :
l’amélioration du service public de la justice.
Cette vision commune est plus forte que nos éventuelles divergences
d’appréciation.
Nous poursuivons le même objectif : bâtir une justice indépendante,
moderne et efficace au bénéfice exclusif de nos concitoyens.
Mesdames et Messieurs
Permettez-moi, à ce stade, de partager une conviction :
L’histoire retiendra moins les difficultés auxquelles nous avons été
confrontés que notre capacité collective à les dépasser.
Nous avons aujourd’hui l’opportunité historiqued’engager une
nouvelle étape dans la modernisation de notre justice.
Cette vision exige des investissements de l’État, l’engagement
renouvelé des magistrats, la contribution des partenaires de justice et la
confiance des citoyens.
Ensemble, faisons de notre justice une institution plus performante,
plus proche des justiciables, plus transparente et davantage tournée vers
l’avenir.
Une justice qui rassure, protège et s’impose par sa crédibilité.
Une justice qui demeure, pour chaque Sénégalais, la plus belle
incarnation de l’État de droit.
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Notre pays peut être fier de sa magistrature. Compétente, engagée et
profondément attachée aux valeurs de la République, elle constitue l’un
des piliers les plus solides de notre démocratie.
L’État a le devoir de préserver ce capital humain, de le renforcer et de
lui donner les moyens de poursuivre sa mission dans les meilleures
conditions possibles. Car derrière chaque décision rendue, il y ades
femmes et des hommes qui servent la République avec rigueur, souvent
dans la discrétion, toujours au nom du peuple sénégalais.
C’est en confortant cette magistrature que nous continuerons à bâtir
une justice forte, condition essentielle d’un État fort.
Je suis convaincu que les travaux de votre Assemblée générale
apporteront une contribution précieuse à cette dynamique nationale.
Je vous souhaite d’excellents travaux et forme le vœu que les
recommandations qui en seront issues nourrissent utilement les politiques
publiques de modernisation de notre système judiciaire.
En vous renouvelant l’engagement constant de la Chancellerie à vos
côtés pour poursuivre, ensemble, la construction d’une justice plus forte,
plus moderne, plus proche des citoyens et plus digne de la confiance que
le peuple sénégalais place en elle, je déclare ouverts les travaux de
l’Assemblée générale de l’Union des Magistrats Sénégalais.
Je vous remercie de votre aimable attention.

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