Accueil Actualité Débat sur la dette : Pourquoi la sortie d’Ousmane Sonko n’est pas...

Débat sur la dette : Pourquoi la sortie d’Ousmane Sonko n’est pas un reniement (économiste)

Les vagues de réactions suscitées par le grand oral d’Ousmane Sonko sur RFI et France 24 se déplacent désormais sur le terrain de l’analyse universitaire. Face aux multiples interprétations et aux accusations de revirement politique qui circulent, le Professeur Amath Ndiaye, enseignant à la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (FASEG-UCAD), a publié une mise au point rigoureuse. L’universitaire y décortique les subtilités sémantiques et institutionnelles du discours du Président de l’Assemblée nationale, démontrant que ses propos ne constituent en rien un reniement de ses convictions passées, mais traduisent plutôt l’épreuve des réalités du pouvoir.

D’emblée, l’analyse du Pr Amath Ndiaye balaie les rumeurs selon lesquelles le leader politique aurait cherché à édulcorer les conclusions des récents contrôles des finances publiques.

L’universitaire clarifie ce premier point essentiel en rappelant qu’« Ousmane Sonko n’a pas nié l’existence de la dette cachée ». Il souligne qu’« au cours de l’entretien, il n’a à aucun moment contesté l’existence de la dette cachée révélée par les audits et les investigations menés par les autorités compétentes ». Selon l’enseignant de la FASEG, il est donc faux de prétendre que le leader de Pastef a fait marche arrière, puisque « ses déclarations n’ont pas remis en cause les constats relatifs aux irrégularités relevées dans la gestion et la comptabilisation de la dette publique ».

Sur la question très controversée de la dette dite « odieuse », théorisée en droit international pour désigner des emprunts contractés contre les intérêts du peuple, le professeur d’économie estime qu’Ousmane Sonko est resté en parfaite cohérence avec sa ligne idéologique.

L’universitaire rappelle ainsi qu’« il a rappelé ses prises de position antérieures sur la dette odieuse ». Interrogé sur cette notion, « Ousmane Sonko a indiqué qu’il s’était prononcé à une ou deux reprises sur cette question lorsqu’il était chef de parti politique ». Loin d’avoir abandonné cette grille de lecture devant les caméras internationales, « il a affirmé qu’il pensait qu’une partie de la dette était odieuse » et, par conséquent, « il n’a donc pas rejeté cette notion ni renoncé à l’analyse qu’il avait précédemment développée sur certaines composantes de l’endettement public ».

Le nœud gordien de l’explication universitaire réside dans la distinction fondamentale entre la posture d’opposant et les charges réelles de chef du gouvernement. Si la proposition d’annulation n’a pas été retenue lorsqu’il dirigeait le gouvernement, cela s’explique par des contraintes structurelles majeures.

Le Pr Amath Ndiaye met en lumière les justifications de l’homme d’État en rapportant qu’« il a expliqué qu’en tant que Premier ministre, il ne disposait pas de tous les leviers pour aller plus loin ». L’ancien chef du gouvernement a ainsi précisé qu’« une fois devenu « simple Premier ministre », il ne disposait pas de tous les leviers nécessaires pour aller plus loin dans cette démarche ». Pour l’enseignant de l’UCAD, « cette déclaration a mis en évidence les limites institutionnelles auxquelles il estimait être confronté dans l’exercice de ses fonctions, notamment lorsqu’il s’agit d’engager l’État sur des questions ayant des implications juridiques, financières et diplomatiques majeures ».

La rigueur de la nuance contre le procès en reniement

En conclusion, le Pr Amath Ndiaye rejette fermement la thèse de la capitulation politique ou du double discours souvent brandie par les détracteurs du régime.

Pour lui, il est clair que « ses propos n’ont donc pas constitué un reniement ». Contrairement à certaines interprétations malveillantes, « ses déclarations n’ont pas constitué un reniement de ses positions passées », mais « elles ont plutôt traduit la différence entre la liberté de parole d’un chef de parti politique et les contraintes qui s’imposent à un responsable gouvernemental ».

L’universitaire conclut son analyse en insistant sur le fait qu’Ousmane Sonko « a maintenu son analyse sur le caractère potentiellement odieux d’une partie de la dette tout en reconnaissant les limites de son pouvoir d’action dans le cadre de ses fonctions de Premier ministre ». Pour l’économiste, une formulation rigoureuse exige de distinguer trois éléments indissociables : « la reconnaissance de la dette cachée, la conviction qu’une partie de la dette était odieuse, et l’absence de leviers suffisants pour agir davantage en tant que Premier ministre ».

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici