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« 2029 nous obsède alors que 2026 nous attend » : L’alerte de Babacar Diagne face aux urgences oubliées du présent !

Alors que le calendrier électoral fixe la prochaine échéance présidentielle à 2029, le débat public sénégalais semble déjà totalement hypnotisé par cette échéance future. Dans une réflexion incisive sur l’état de la vie politique nationale, l’ancien Directeur général de la RTS et ancien président du CNRA, Babacar Diagne, pose un diagnostic sans complaisance sur ce décalage temporel. Il observe une scène politique obsédée par la succession alors que le pays fait face à des défis économiques et sociaux immédiats.

​D’emblée, l’ancien ambassadeur s’étonne de cette frénésie précoce qui étouffe le temps présent. « Nous sommes en 2026. Et pourtant, à entendre les conversations, à observer les positionnements et à suivre les spéculations politiques, nous avons déjà un pied en 2029 », constate-t-il. Cette projection constante dans les calculs d’appareils et les guerres de positionnement finit par masquer les urgences quotidiennes des citoyens.

Le péril d’un horizon électoraliste au détriment des réalités sociales

​Cette obsession électorale prématurée constitue, selon Babacar Diagne, un véritable « red flag sur notre rapport au temps public ». En concentrant l’attention collective sur des spéculations à trois ans, le débat politique prend le risque de se détacher des urgences du quotidien. Le quotidien de la population reste en effet marqué par des difficultés concrètes : monde rural en détresse, tensions dans les secteurs de l’éducation et de la santé, et surtout le drame persistant de l’émigration irrégulière.

​Analysant ce phénomène, le journaliste souligne le paradoxe majeur de la période actuelle en affirmant que « 2029 nous obsède alors que 2026 nous attend ». Le danger réside dans le fait de transformer chaque décision publique, chaque rupture ou chaque prise de parole en une simple grille de lecture électorale, réduisant ainsi l’action de l’État à un calcul de campagne permanente.

​Au-delà de la critique du calendrier politique, l’analyse de Babacar Diagne interroge la nature même du débat démocratique. Si la préparation des échéances et l’expression des ambitions restent légitimes dans une république, elles ne sauraient remplacer l’élaboration d’une vision collective. Le diplomate regrette que la focalisation se fasse sur les personnes plutôt que sur le modèle de développement souhaité pour le pays.

​Il rappelle à ce titre que les nombreux documents stratégiques ou plans de développement à l’horizon 2035 ou 2050 restent souvent déconnectés des aspirations profondes de la population. Faisant le lien avec la détresse de la jeunesse qui tente la traversée de l’Atlantique, il note qu’un jeune qui prend la mer « part peut-être surtout parce qu’il ne voit pas suffisamment clairement sa place dans le Sénégal que nous lui promettons ». Pour l’analyste, un projet national ne prend de valeur que lorsqu’il devienne une ambition partagée et lisible par tous.

​En conclusion de son plaidoyer, l’ancien président du CNRA invite la classe politique et la société civile à inverser l’ordre des priorités avant d’aborder la compétition électorale. Réduire l’échéance à venir à une simple course au pouvoir reviendrait à passer à côté de l’essentiel. Il résume l’enjeu fondamental de ce moment politique à travers une interrogation centrale : « La question la plus importante n’est pas : « Mais qui va donc gagner l’élection présidentielle ? », mais bien : « Qu’allons-nous faire du Sénégal d’ici là ? » ».

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