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« Un étudiant, un ordinateur » : Daouda Ngom dénonce une gestion « catastrophique » et justifie le versement de 250 000 F CFA

L’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, Daouda Ngom, a vivement critiqué la gestion du projet « Un étudiant, un ordinateur », lors de son audition à l’Assemblée nationale. Il dénonce huit années d’exécution en marge du Code des marchés publics et défend le choix de remplacer, à titre exceptionnel, la distribution d’ordinateurs par une dotation forfaitaire de 250 000 F CFA. 

Selon lui, cette solution a permis de ramener le coût de l’opération à 4,766 milliards F CFA pour 19 064 étudiants. Devant les députés, Daouda Ngom n’a pas mâché ses mots sur la gestion du projet « Un étudiant, un ordinateur ». 

Pour l’ancien ministre, le constat est sans appel : « La gestion de ce projet a été catastrophique. » Une appréciation qui résume ses réserves sur un programme destiné à faciliter l’accès des étudiants aux outils numériques, mais dont l’exécution soulève, selon lui, de sérieuses interrogations. 

Daouda Ngom rappelle que la mise à disposition d’ordinateurs répond à un besoin réel, particulièrement dans le contexte du développement de l’enseignement à distance. Avec la création de l’Université virtuelle du Sénégal, devenue l’université numérique Cheikh Hamidou Kane, l’accès à un équipement informatique constitue, à ses yeux, une condition essentielle pour permettre aux étudiants de suivre correctement leurs enseignements. 

« Si les étudiants viennent, il faut leur donner des ordinateurs pour qu’ils puissent étudier correctement », soutient-il. Mais cette nécessité pédagogique ne saurait, selon lui, justifier les dysfonctionnements relevés dans la conduite du programme.

Huit années d’exécution en marge du Code des marchés publics

L’ancien ministre s’étonne notamment des conditions dans lesquelles le projet a été exécuté entre 2017 et 2025. Il affirme qu’un programme financé exclusivement sur le budget national, pour un montant de 6 milliards F CFA, a été mis en œuvre en marge du Code des marchés publics. « Pendant huit ans, on vous demande d’exécuter, de mettre en œuvre un projet de 6 milliards F CFA pris exclusivement sur le budget du Sénégal, et vous le faites en marge du Code des marchés publics », déplore-t-il. 

Face à cette situation, des démarches ont été engagées pour faire examiner le dossier par les organes de contrôle. Daouda Ngom indique que des demandes d’audit ont été adressées à la Cour des comptes et à l’Inspection générale d’État (IGE). 

L’ancien ministre explique également avoir demandé à son directeur de cabinet d’approfondir l’examen du dossier. Cette démarche aurait permis de constater que d’autres structures de contrôle, notamment l’Inspection générale des enquêtes économiques, n’avaient pas été sollicitées.

250 000 F CFA par étudiant au lieu d’un ordinateur

C’est dans ce contexte que le ministère de l’Enseignement supérieur a proposé de modifier exceptionnellement le mécanisme de distribution. En accord avec le ministère des Finances, il a été décidé de remplacer l’achat direct des ordinateurs par le versement d’une dotation forfaitaire d’équipement de 250 000 F CFA à chaque étudiant bénéficiaire. Daouda Ngom insiste sur le caractère exceptionnel de cette mesure. Il précise qu’il ne s’agissait pas de remettre en cause durablement le principe de distribution des équipements informatiques, mais de trouver une solution adaptée à une situation particulière. 

Dans les échanges qu’il rapporte, les services compétents de la Direction générale du Budget et de la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor devaient accompagner le ministère dans la mise en œuvre de cette nouvelle formule.

Un communiqué publié le 23 avril a officialisé la décision. Le gouvernement y expliquait vouloir garantir l’accès aux outils de travail aux étudiants de la promotion 13 de l’université numérique Cheikh Hamidou Kane.La dotation devait être versée directement aux bénéficiaires identifiés par la Direction des bourses, chargée de maîtriser le fichier des étudiants et d’assurer la traçabilité des paiements.

Une opération ramenée à 4,766 milliards F CFA

L’ancien ministre met particulièrement en avant les économies réalisées grâce à cette réorientation. Selon ses explications, le Trésor public lui a notifié, le 22 mai, le déblocage d’un montant de 4,766 milliards F CFA destiné à financer les dotations. Cette enveloppe correspond au versement de 250 000 F CFA à chacun des 19 064 étudiants concernés. Le calcul est le suivant : 19 064 étudiants multipliés par 250 000 F CFA, soit exactement 4,766 milliards F CFA. Daouda Ngom oppose ce montant à une dépense potentielle de 5,704 milliards F CFA si le dispositif avait été poursuivi selon les modalités initialement envisagées. 

Il défend ainsi une opération qu’il présente comme plus maîtrisée sur le plan budgétaire. L’ancien ministre rappelle également qu’un contrat de 6,25 milliards F CFA avait été conclu l’année précédente, avant son arrivée au ministère, pour l’acquisition des seuls ordinateurs. Cette somme ne prenait en compte ni les modems ni les frais de connexion, selon ses déclarations. Il estime que le coût global du dispositif devait être apprécié au-delà du seul prix des équipements, en tenant compte des dépenses supplémentaires nécessaires pour rendre les outils effectivement utilisables.

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