Troisième mandat en 2024 – Le why not de Macky Sall?

Si on juge le président par ses promesses électorales, on peut facilement dire qu’il briguera un troisième mandat. Il a fait le contraire de tout ce qu’il avait promis, donc pourquoi croire que sa promesse de ne pas briguer un troisième mandat ne changera pas ?  

Si dans les années 90 le vent de la démocratie semblait souffler sur le continent africain, de nos jours, c’est le vent de la modification des constitutions qui souffle sur notre continent. Toutes ces modifications ont le même dénominateur commun, celui de modifier la constitution pour s’éterniser au pouvoir, souvent par peur de répondre aux crimes financiers.

A chaque fois qu’il y a de possibles manipulations de la constitution, cela laisse sous-entendre des faiblesses majeures et le manque de précisions sur les lois constitutionnelles. Combien de fois des présidents africains ont refusé d’organiser des élections sous différents prétextes, comme sécuritaire ou sanitaire ? Avec la pandémie du Covid 19, on n’a même entendu le président américain suggérer le report des élections de Novembre de cette année, à cause de la crise sanitaire. Néanmoins, cette suggestion a créé un tollé dans les deux camps.

Sous l’ancienne constitution du Sénégal, il n’y avait pas de limite sur le nombre de mandat de la fonction de président. En 2001, le Sénégal a adopté une nouvelle constitution qui a introduit une limite de deux mandats consécutifs pour la présidence. Cependant, cette loi n’a pas été appliquée rétroactivement au premier mandat de Wade parce qu’il était élu avant l’entrée en vigueur de la nouvelle constitution. Sachant qu’il était devenu impopulaire et que c’était peu probable qu’il puisse gagner les 50 % nécessaires pour éviter la nécessité d’un second tour, il a décidé d’introduire une réforme de la Constitution pour baisser à 25 % le nombre de voix nécessaires pour être élu au premier tour avec un vice-président.

C’est avec surprise que nous avons tous entendu l’actuel président de la Côte d’Ivoire annoncer être officiellement candidat à un troisième mandat. Cette annonce vient après la mort de son dauphin, Amadou Gon Coulibaly, ce qui lui a poussé à invoquer un « cas de force majeure ». Ancien Premier ministre et président du parti Rassemblement des Républicains, ADO était un homme très mesuré, qui, malheureusement sortira par la petite porte.

La parole donnée est sacrée

Quant au président Sall, ne disait-il pas que la taille du gouvernement était trop grande que les fonds publics étaient mal gérés ? Il disait aussi que son parti allait revitaliser le caractère républicain de l’Etat, renforcer la séparation des pouvoirs. Il avait promis de revitaliser l’agriculture et de réorienter les projets d’infrastructures hors de Dakar.

En tant que martyr, il disait être pour un système monocaméral avec une forte présidence où l’Assemblée nationale est autorisée à faire son travail. Il ajoutait en disant que la multiplicité des agences épuise les ressources de l’Etat et devaient être réduites, tout comme le nombre d’ambassades que nous avons.

En ce qui concerne les infrastructures, il disait aussi qu’il fallait plus d’investissement dans le sud et le nord-ouest et que certaines routes vitales ont été laissées dans un état de délabrement total. Ne misait-il pas sur l’agriculture afin de créer des emplois ?

Le président Macky Sall disait que « pendant plusieurs décennies, des politiques et stratégies ont été mises en œuvre au Sénégal, sans une amélioration conséquente de la situation économique et sociale des populations. (…) Préserver dans cette voie aurait accentué le malaise social et hypothèque toute perspective de décollage économique. Il poursuit en disant « j’ai décidé de rompre avec les schémas classiques, pour positionner le pays dans la voie de la modernité et impulser un nouveau modèle de développement économique ».

Le président Sall s’est dédit sur beaucoup de choses. La première promesse la plus flagrante qui a été trahie est la réduction de son mandat même si je crois fermement que le conseil constitutionnel est la seule institution compétente à se prononcer là-dessus. L’erreur commise a été de promettre une chose sans en savoir sa faisabilité. Il avait aussi promis de ne jamais mêler sa famille aux affaires de l’État surtout avec ce qui s’est passé entre Père Wade et fils, cette promesse a aussi été trahie.

Il avait promis de réduire le nombre de ministres à 25 ce qu’il a fait pendant quelques mois avant d’augmenter ce nombre et de nommer une flopée de ministres conseillers. J’étais fier du président Sall quand il disait qu’il ne protégera personne : « à tous ceux qui assument une part de responsabilité dans la gestion des deniers publics, je tiens à préciser que je ne protégerai personne. Je dis bien personne ». Il en a tellement protégé que l’exception en est devenue la règle. Une seule personne est jugée et condamnée par la CREI sur une liste de 25 personnes.

Pire, quand la justice a demandé à Ousmane Ngom de ne pas sortir du territoire, le président Sall l’amena avec lui en voyage en Guinée Conakry. Le président Sall avait promis une indépendance de la justice mais rien de concret n’a été fait dans ce sens.

Tous ces propos ont été tenus avant 2012 et il a fallu le second mandat en main pour commencer à parler de fast-track et de rationalisation des dépenses. Gouverner, c’est prévoir. Si on avait orientée les dépenses somptuaires dans les infrastructures sanitaires, on serait mieux préparé pour gérer cette pandémie. Je puis vous assurer que certains choix politiques sont la raison que des centaines de citoyens mourront de cette pandémie.

On dit souvent qu’une personne est digne de confiance que si l’acte est en conformité avec la parole donnée. A vous de juger !

Mohamed Dia

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