Sens du Magal : Pourquoi célébrer le départ en exil du Cheikh

Sens du Magal : Pourquoi célébrer le départ en exil du Cheikh

-Célébrer le 18 Safar du calendrier musulman, le Magal de Touba marquant le départ en exil de Cheikhoul Khadim, reste l’événement le plus important de la communauté mouride et même musulmane du pays. Ordonné par le Cheikh lui-même, le Magal de cette année sera marqué par des innovations de taille.

A l’époque, tout le monde, ou presque, y percevait une pénitence, une punition à sa résistance pacifique à l’autorité coloniale. Mais, lui, le fils de Sokhna Mame Diarra Bousso et de Mame Mor Anta Sally, y voyait la grâce d’Allah et la bénédiction du Sceau des Prophètes, Mouhamed (Psl). Homme de Dieu, érudit hors pair, Serigne Touba ne posait pas un acte sans l’aval de Son Seigneur. Le 18 Safar 1313 de l’hégire (10 août 1895), le saint homme reçut enfin l’ordre divin d’aller répondre à la convocation du Colon, après plusieurs commandements. Ce jour, sacrant son érection au rang de «Khadimoul Rassoul (le Serviteur du Prophète)», est, pour lui, une heureuse investiture, contrairement à la pensée populaire. Dans son carnet de voyage «Jaza’u Sakûr (les dons du digne de reconnaissance)», le Cheikh dit que la date du 18 Safar est celle à l’occasion de laquelle, «Dieu a décrété la mission en l’an 1313 de l’hégire (1895). Ce qui, dans mon cœur, fut déjà mon ambition en 1301 de l’hégire (1883).» Et d’ajouter : «Dieu seul a inspiré le dessein d’internement dans le cœur de ceux qui furent les auteurs en cette année de l’exil lointain dans des horizons où j’ai obtenu des grâces au-dessus de la sonde de toute exploration.» Donc, le 18 Safar est un jour d’action de grâce. Et pour le Cheikh, si la communauté mouride devait avoir sa fête, jour ne pouvait être plus mémorable que la date de son départ en exil. Car, les conditions nécessaires et suffisantes pour qu’il y ait une raison de célébrer le Magal de Touba sont remplies : le succès, l’honneur, la particularité, l’investiture, la mémorabilité…

Les raisons des réjouissances

Les Musulmans ont l’Aïd al-Adha (Tabaski), signifiant la fête du sacrifice ou l’Aïd el-Kébir (la grande fête) par opposition à l’Aïd el-Fitr (la petite fête) communément appelé «Korité», marquant la fin du mois de Ramadan. Ces deux événements, les plus importants des fêtes islamiques, sont des moments de sacrifice pour rendre grâce à Allah. Si l’Islam a fait du sacrifice une simple forme de piété à l’égard de Dieu, une manifestation d’obéissance à ses ordres, un aveu de gratitude pour les bienfaits qu’Il prodigue à ses fidèles, Serigne Touba a fait du Magal un jour de grâce pour glorifier le Seigneur et Lui témoigner sa reconnaissance. «Je m’évertue à rendre grâce à Dieu sur mon terroir après la belle patience dont j’ai fait preuve durant mon exil», ainsi parlait Cheikhoul Khadim. Le Magal, qui marque le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba, le 10 août 1895, après de multiples péripéties dans sa confrontation avec l’autorité coloniale, «est donc un jour de grâce pour glorifier le Seigneur, lui témoigner sa reconnaissance», rappelle le président de la Commission culture et communication du Magal, Serigne Abdoul Ahad Mbacké Gaïndé Fatma. Non sans faire savoir que le Cheikh avait dit que sa seule personne ne suffit pas pour le faire autant qu’il le voudrait. Raison pour laquelle, le Cheikh a invité la «Umma» à s’associer à lui pour rendre grâce à Dieu. «C’est pour ça que tous les mourides et, par delà, la communauté musulmane célèbrent cette journée conformément aux vœux du Cheikh», explique Serigne Abdoul Ahad Mbacké Gaïndé Fatma.

En recommandant de célébrer son départ en exil, Serigne Touba avait dit : «Tout individu que l’occasion de ce jour trouve quelque part, est prié d’y consacrer toute la mesure de ses possibilités sans restriction et ce, du sacrifice des espèces allant de la poule au chameau. Chaque ‘’talibé (fidèle)’’, individuellement avec les moyens qu’il dispose, est prié de fêter ce jour mémorable.» Une recommandation du Cheikh confirmée par son cinquième Khalife. Serigne Saliou Mbacké, défunt Khalife général des Mourides, lors de son sermon prononcé à l’occasion du Magal de 1990 correspondant à l’année 1411 de l’hégire, avait donné des éclaircissements sur les modalités du sacrifice pour le Magal. Serigne Saliou Mbacké : «S’agissant du sacrifice allant de la poule au chameau que Serigne Touba recommanda à chacun de faire pour lui, selon ses moyens, il ne faudrait pas que l’on comprenne qu’il veuille que l’on immole systématiquement poule et chameau. Pour la fête du sacrifice dont il a fait référence, chacun sait que les sacrifices du mouton, de la chèvre et du bœuf y sont au-dessus de celui du chameau, et considérez-le au même titre que la fête du sacrifice. Ce n’est donc pas qu’il recommande qu’on y sacrifie poule et chameau. Le rituel de la fête du sacrifice est certes connu de tous. Mais, on peut comprendre qu’à l’époque, la poule était la moindre des espèces dans cet holocauste et le chameau la plus grosse. C’est dire qu’il ne minimise ni n’est impressionné par ce qui en est l’apport de chacun, selon ses moyens. Voilà l’explication d’une telle allusion.»

Le directeur de la «Bibliothèque Serigne Bassirou Mbacké», Serigne Moustapha Dieng, en ajoute une couche. D’une voix teintée de piété, Serigne Moustapha Dieng souligne que, quand le Cheikh demandait aux fidèles de sacrifier poule, chèvre, mouton, bœuf ou chameau, c’est de le faire au nom de la gloire d’Allah et sa dévotion à Serigne Touba.

Les touches des différents Khalifes

Le Magal marque alors le jour où Cheikh Ahmadou Bamba a tourné le dos à sa famille et ses fidèles pour aller répondre à la convocation du Colonisateur. La célébration du départ en exil, d’après Serigne Moustapha Dieng, montre que c’est une épreuve qui marque la victoire éclatante du Cheikh sur le Colonisateur et l’obtention de grade élevé auprès de Son Seigneur. Le Cheikh a ainsi commencé la célébration du Magal au début des années 1920, à Diourbel, où il était en résidence surveillée. Il avait recommandé aux fidèles de célébrer le 18 Safar partout où ils se trouvent en glorifiant le Seigneur. Serigne Cheikh Abdourahmane Mbacké, président de la sous-commission culture du Magal : «Deux dates sont avancées sur le début de la célébration du Magal. D’après des écrits de Serigne Habibou Mbacké, le Cheikh a commencé à célébrer le Magal dans sa résidence à Diourbel en 1918, avant qu’il ordonne aux talibés de le fêter où qu’ils se trouvent. Des écrits de Serigne Moulaye Bousso avancent la date de 1921. Cela peut-être compréhensible et retenir la date de 1918, parce qu’à ce moment, Serigne Moulaye n’était pas encore à Diourbel.» Mieux, ce petit-fils de Bamba fait savoir qu’il ne faut pas confondre le jour du départ en exil du Cheikh et le début de la célébration du Magal en 1918 dans la résidence de Serigne Touba à Diourbel, avant qu’il ne demande trois ans plus tard, en 1921, à chaque fidèle de le célébrer là où il se trouve. Cette manière de célébrer le Magal fut maintenue jusqu’en 1947, année durant laquelle, le deuxième Khalife des mourides, Serigne Fallou Mbacké, a demandé à tous les fidèles de venir célébrer le Magal à Touba. Ses successeurs au Khalifat ont maintenu ce grand rassemblement dans la cité religieuse de Touba, même si chacun y a laissé son empreinte.

Après la disparition de Serigne Touba en 1927, c’est Cheikh Mouhamadou Moustapha qui est porté au Khalifat. Il fut un grand rassembleur et continua l’œuvre laissée par son illustre père. Il avait ainsi laissé les fidèles célébrer le Magal dans leurs lieux d’origine, comme indiquait par Serigne Touba. A son rappel à Dieu en 1945, le deuxième Khalife des mourides, Serigne Fallilou Mbacké, ordonna le rassemblement à Touba pour permettre aux fidèles de bénéficier des grâces de la cité religieuse, de consolider l’unité de la communauté mouride, de délivrer des messages importants ayant trait à la bonne marche du Mouridisme et convoyer les autres fidèles à la célébration. Il a également instauré la tenue de la cérémonie officielle en présence des autorités administratives. «Après la disparition de Serigne Mouhamadou Moustapha en 1945, Serigne Fallou le succède, mais c’est en 1947 que le grand rassemblement du Magal est organisé pour la première fois à Touba», ajoute Serigne Cheikh Abdourahmane Mbacké.

Le troisième Khalife, Cheikh Aboul Ahad Mbacké, y a apporté une touche particulière en portant les jours du Magal à trois. Il a élargi la célébration du 18 Safar en demandant aux fidèles de venir un jour avant et de repartir un jour après, soit trois jours. En plus du gouvernement, il invitait les ambassadeurs et les autres représentants diplomatiques à assister à la cérémonie officielle. Son successeur, Serigne Abdou Khadre Mbacké, a maintenu la même forme de célébration durant son année de Khalifat.

Avec l’arrivée du cinquième Khalife, Serigne Saliou Mbacké, le Magal a pris une autre dimension. «Sous le Khalifat de Serigne Saliou, la mobilisation est sans commune mesure avec ce qu’on connaissait. La médiatisation a également pris une certaine ampleur. L’ère de Serigne Bara et Cheikh Sidy Mokhtar marquent la modernisation et la professionnalisation de l’organisation, avec la mise en place d’un Comité d’organisation composé de commissions techniques. L’aspect scientifique est mis en avant. Les Nouvelles technologies de l’information et de la communication (Ntic) sont mises en contribution ainsi que les directs dans les télévisions. Les dimensions économiques, diplomatiques et spatiales (temps et espaces) sont davantage mises en exergue», souligne le président de la Commission culture et communication du Magal.

Les grandes innovations prévues cette année

A chacun sa touche. Si ses prédécesseurs ont marqué de par leurs empreintes la célébration du Magal, Serigne Mountakha Ibn Serigne Bassirou Mbacké veut porter le flambeau plus haut. Sous la houlette du président du Comité d’organisation du Magal, Serigne Bass Abdou Khadre, pour cette année, les innovations portent sur la vision de Serigne Mountakha dans le domaine de l’éducation et de la recherche : Faire de Touba une ville lumière, un abreuvoir des assoiffés du savoir. Serigne Abdoul Ahad Mbacké Gaïndé Fatma : «Avant de quitter ce bas monde, Serigne Touba avait laissé derrière lui trois vœux : Aller au pèlerinage, construire une Grande Mosquée à Touba et faire de Touba une cité du savoir. La mosquée a été entamée par Serigne Cheikh Mouhamadou Moustapha et le pèlerinage accompli par Serigne Fallou, Cheikh Anta et d’autres fidèles. Il reste la Cité du savoir. C’est ce troisième vœu que l’actuel Khalife, Serigne Mountakha, veut réaliser en lançant les travaux de la grande Université de Touba. Des manifestations seront donc organisées dans toutes les régions durant le mois de Safar ainsi que des conférences dans divers endroits. Des documentaires réalisés portant sur l’œuvre du Cheikh, les différents Khalifes, la spécificité de Cheikh Mountakha, ainsi les pôles de développement spirituel et économique créés depuis la naissance du Mouridisme.»

IGFM-

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Moussa Cissé : En tant que passionné de sociologie, je vous fais découvrir mes réflexions et études sur la vie des gens, je fais aussi des analyses sur les événements marquants de l’actualité au Senegal

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