Près de 20 ans d’ancienneté cumulée, un nouvel audit contesté, un précédent contrôle de l’ARCOP invoqué et des comptes bancaires qui auraient été gelés. Trois cadres de Sénégal Numérique SA contestent la procédure ayant conduit à leur licenciement.
L’affaire suscite de nombreuses interrogations au sein de Sénégal Numérique SA, l’ancienne ADIE. Trois hauts cadres (Wack Ndiaye, Ibrahima Fall et Thiendella Kébé) ont été licenciés à l’issue d’une procédure qu’ils jugent irrégulière. Au cœur de leur contestation : un audit commandité par l’actuelle direction générale, dont ils contestent les conditions de réalisation et l’utilisation comme fondement des licenciements.
Les intéressés affirment notamment ne pas avoir été entendus sur les griefs retenus et dénoncent un délai de 24 heures pour répondre à certaines demandes d’explications.
Deux audits, deux lectures du même dossier ?
Le principal point de friction concerne un projet exécuté sous l’ancienne direction de Cheikh Bakhoum, avec Bécaye Touré comme directeur administratif et financier.
Selon les trois cadres, un précédent contrôle de l’ARCOP avait conclu à la conformité technique globale des travaux et n’avait épinglé aucun des acteurs concernés.
Ils affirment pourtant que les licenciements actuels reposent sur un nouvel audit commandité par l’actuelle direction générale, avec des griefs qu’ils estiment différents de ceux évoqués dans les premières demandes d’explications.Une situation qui soulève une question centrale : comment expliquer l’écart entre les conclusions du précédent contrôle et celles du nouvel audit ?
Les intéressés mettent également en avant le fait que Bécaye Touré, alors directeur administratif et financier, est toujours en fonction au sein de Sénégal Numérique SA.Ces éléments devront être confrontés aux rapports d’audit et aux explications de la direction.
Le marché Liteyca au centre des responsabilités
Le dossier porte notamment sur un marché attribué à l’entreprise Liteyca, auquel serait liée une perte financière estimée à plusieurs centaines de millions de francs CFA. Les cadres contestent que cette perte puisse leur être personnellement imputée. Ils soutiennent que le contrat avait été initié et signé par l’ancienne direction générale et que leur intervention relevait essentiellement de la supervision technique.
Ils estiment que la chaîne de responsabilités doit être examinée dans son ensemble : négociation du contrat, validation, exécution des prestations, contrôle des factures et ordonnancement des paiements.
Des cadres qui dénoncent une mise à l’écart
Avant leur licenciement, les trois responsables affirment avoir été progressivement privés de responsabilités.
Wack Ndiaye, le coordonnateur technique, compte environ 20 ans d’ancienneté. Il affirme avoir été rétrogradé au rang d’agent simple puis nommé conseiller technique sans mission clairement définie.
Ibrahima Fall, ancien directeur de la logistique, totalise une dizaine d’années dans l’entreprise et affirme avoir été nommé chef de projet transversal sans mission après sa rétrogradation.
Thiendella Kébé, ancien chef de division Télécom, compte 18 ans d’ancienneté et affirme avoir connu une situation similaire.
Tous trois dénoncent une forme de « mise à l’écart administrative », affirmant avoir continué à se présenter au travail sans disposer de missions précises.
Licenciements rapides et comptes bancaires gelés
Les intéressés affirment également que leurs accès aux messageries professionnelles, serveurs, outils de travail et badges ont été désactivés au moment de leur éviction. Plus sensible encore, ils soutiennent que leurs comptes bancaires et cartes auraient été bloqués dans les heures ayant suivi les licenciements.
Cette affirmation reste à vérifier auprès des établissements concernés et des autorités compétentes.
L’un des cadres, Wack Ndiaye, affirme par ailleurs avoir appris son licenciement alors qu’il se trouvait en congé en France, avant d’en recevoir personnellement notification.
Une affaire qui pose la question de la gouvernance
Au-delà du sort de ces trois cadres, l’affaire soulève des interrogations sur les procédures disciplinaires, la valeur des audits dans les décisions de licenciement et la répartition des responsabilités dans les marchés publics ou assimilés.
Les intéressés demandent aux autorités compétentes de vérifier les conditions de réalisation du nouvel audit, le respect du principe du contradictoire, la chaîne de responsabilités dans le dossier Liteyca ainsi que les circonstances du gel allégué de leurs comptes.
La direction de Sénégal Numérique SA devra désormais apporter sa version sur ces différents points, afin de permettre d’établir les faits et de déterminer les responsabilités éventuelles.
Avec Seneweb


