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Sénégal : l’eau potable, une ressource objet de toutes les attentions

Cet été, l’actualité sénégalaise est dominée par la gestion des fortes inondations qui touchent le pays, et à la réponse apportée par l’État. Au-delà de cet épisode dramatique, c’est bien l’eau potable qui est au centre de toutes les attentions des décideurs. Facteurs de bien-être humain et de développement économique, son assainissement et sa distribution ont fait un bond de géant en 10 ans. Mais beaucoup de choses restent à faire.

L’année 2025 marque l’heure du bilan pour la gestion de l’eau au Sénégal. D’abord à travers le bilan des cinq premières années d’opérations de SEN’EAU – l’entreprise qui a pris le relais de la Sénégalaise des Eaux en 2020 –, ensuite à travers les projets actuellement sur la table et qui vont nécessiter beaucoup de maîtrise technique et des investissements dans les 25 prochaines années.  « SEN’EAU vient de fêter ses cinq ans. Il est bon de faire le point, de voir tout ce que nous avons fait durant ces cinq années et de le montrer à nos pairs africains, s’est exclamé Magatte Niang, le directeur général de SEN’EAU à Kampala (Ouganda), à l’occasion du 22e Congrès international de l’Association africaine de l’eau et de l’assainissement (AAEA) en février dernier. Aujourd’hui, presque 98% des Dakarois ont de l’eau 24h sur 24. Quand on a pris le contrat, près de 300 quartiers avaient des problèmes. Aujourd’hui, nous n’en sommes plus qu’à cinq quartiers qui ont ces problèmes de manque d’eau. Ça, c’est une grande fierté pour ce qu’on a pu réaliser grâce aux technologies utilisées dans le processus de distribution d’eau aux populations. » SEN’EAU peut être fière : l’entreprise créée en 2020 par l’État du Sénégal (via le Fonds souverain d’investissements stratégiques) et l’entreprise française Suez (filiale du fonds d’investissement Meridiam) est désormais l’un des fleurons du secteur en Afrique.

Servir de modèle

SEN’EAU a relevé son pari : devenir un modèle de développement et de réussite de partenariat public-privé (PPP). Une réussite d’ailleurs couronnée en mai dernier lors du 9e Forum international des Partenariats Public Privé de la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe (CEE-ONU) qui s’est tenu en Serbie, à Belgrade. SEN’EAU a en effet le premier prix des PPP. « Nous sommes très fiers d’avoir reçu ce 1er prix, d’autant que SEN’EAU était le seul projet africain retenu parmi 60 initiatives au niveau mondial, s’est réjoui Pierre Pauliac, co-directeur général par intérim et directeur Division Eau chez Suez. C’est une belle reconnaissance pour le travail accompli par les équipes de SEN’EAU et de Suez, et nous remercions l’État du Sénégal pour sa confiance. Les résultats obtenus en cinq ans peuvent servir de modèle à d’autres pays, parce que le partenariat mis en œuvre au Sénégal est reproductible et adaptable aux besoins locaux, tout en restant fidèle aux principes de l’écologie, de transition numérique, d’intégration locale et de souveraineté, promus par l’ONU. Nous sommes déterminés à continuer à travailler avec nos partenaires africains pour développer ce schéma de partenariat public-privé. » Servir de modèle, voici désormais l’ambition du gouvernement sénégalais.

Cette expertise va en effet pouvoir profiter à plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest : en juillet par exemple, les représentants du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Sénégal ont lancé une charte de coopération pour la mise en place de la plate-forme ouest africaine des directions en charge de l’Assainissement, dont le Sénégal va prendre la présidence du Comité des directeurs pour un mandat de deux ans. À ce titre, Omar Sène, directeur de l’Assainissement au sein du ministère sénégalais de l’Hydraulique et de l’Assainissement, a promis à ses pairs « un cadre de collaboration, de benchmarking et d’échanges techniques entre pays pour susciter le partage d’expériences, mutualiser les efforts, inspirer les réformes et réfléchir ensemble sur des stratégies communes d’accélération des progrès ». Nul doute que l’exemple de SEN’EAU servira de boussole à d’autres entreprises dans la sous-région ouest-africaine.

Un secteur modernisé et performant

Les chiffres ne mentent pas : aujourd’hui, SEN’EAU compte 6 usines de traitement d’eau de surface et 9 usines de traitement d’eau souterraine. La production d’eau potable au Sénégal est sur une trajectoire ascendante : 96,3 millions de m3 en 1996, 185,6 millions en 2017 (selon la Sénégalaise des Eaux), et 225 millions de m3 en 2022 selon les derniers chiffres disponibles. Désormais, comme le disait le directeur général de SEN’EAU, les habitants de Dakar et des zones périurbaines reçoivent 24h sur 24 de l’eau obéissant aux normes de qualité de l’OMS, grâce à désinfection des ressources locales par électro-chloration. Plus de 200000m3 d’eau sont ainsi disponibles chaque jour dans le réseau alimentant la capitale, réseau désormais piloté en temps réel grâce à la digitalisation du système de gestion.

Si Dakar et sa région ont concentré les efforts de SEN’EAU ces cinq dernières années, il reste des efforts à faire pour assurer le même niveau de prestation de service à l’ensemble du territoire. De nombreux dossiers sont d’ailleurs sur le bureau du ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Cheikh Tidiane Dièye. En novembre 2024, il a par exemple signé un nouveau contrat avec Sinohydro (filiale du groupe Power-China), pour le projet de Grand Transfert d’Eau (GTE) du Lac de Guiers vers Dakar, Mbour, Thiès et Touba, dont l’objectif est de fournir de l’eau potable à 11 millions d’habitants d’ici 2050. « Avec ce projet, le Sénégal résout, pour les 30 prochaines années, le problème d’approvisionnement en eau pour ses plus grandes villes et son cœur horticole : la zone des Niayes, assure Babacar Gning, directeur général du Fonds souverain d’investissements stratégiques (FONSIS). Il s’agit d’une véritable autoroute de l’eau, car elle permet de transporter l’eau des zones où elle est disponible en abondance vers celles en déficit. » Et ce n’est pas le seul projet sur la table.

Après plusieurs mois de renégociation du contrat controversé de l’usine de dessalement de la Grande Côte, l’État sénégalais a trouvé un compromis avec l’entreprise saoudienne Acwa Power. « Le dessalement étant une option qui prend de l’importance, la SONES bénéficiera de la renommée d’Acwa Power, s’est félicité Cheikh Tidiane Dièye. Dans ce nouveau contrat, nous avons réussi à doubler la capacité de production d’énergie solaire et à faire de la SONES et de la SENELEC des actionnaires des deux sociétés de gestion de l’usine Spv-Eau et des deux centrales solaires, Spv-Énergie. Les dividendes générés seront réinvestis dans l’eau dessalée pour maintenir le coût dans des proportions supportables pour le consommateur. » Essentiel à l’accès à l’eau potable dans le triangle Dakar-Mbour-Thiès (DMT), ce projet stratégique avait été mis sur pause afin de renégocier les termes d’un contrat signé à la va-vite par le précédent président, et contraire aux intérêts du Sénégal (coût trop élevé pour l’État, tarif du m3 d’eau dessalée trop élevé, absence de véritable contenu local…).

La question de l’énergie et de l’alimentation électrique des grandes installations est d’ailleurs au centre de tous les projets en cours. C’est pour cela que l’État sénégalais a signé en 2024 un protocole d’accord pour la construction de deux centrales photovoltaïques de grande capacité avec Suez, le principal actionnaire privé de SEN’EAU. Ces deux centrales (de 20MW) permettront d’alimenter les usines de SEN’EAU à Keur Momar Sarr et à Mékhé (région de Thiès), et devraient couvrir un tiers de leur consommation électrique.

Si le gouvernement d’Ousmane Sonko peut se réjouir des projets en cours et des contrats renégocié en sa faveur, il sait aussi qu’il ne pourra pas se reposer sur ses lauriers. Car la demande en eau potable va continuer de s’accroitre, que ce soit dans les grandes agglomérations ou les zones rurales. Le Sénégal compte aujourd’hui 19,5 millions d’habitants, et devrait atteindre 35 millions d’hommes et de femmes d’ici 2050. Un paramètre essentiel à prendre en compte dans cette course contre la montre. Malgré les bons chiffres actuels et les projets en cours, la ruée vers l’eau potable n’est pas terminée. Loin de là.

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