Le débat sur la réforme constitutionnelle reste lié, selon Boubacar Boris Diop, à la question du rééquilibrage des pouvoirs entre l’Exécutif et le Parlement. L’essayiste estime que certaines propositions portées par Pastef auraient pu ouvrir la voie à une évolution du système institutionnel sénégalais.
Interrogé sur la censure de la loi relative à la déclaration de patrimoine et de celle qui devait rompre le lien entre la fonction présidentielle et la direction d’un parti politique, Boubacar Boris Diop approuve le principe de ces réformes.
« Entièrement d’accord. Il n’appartient par exemple pas à des individualités de dire à la place des députés ou de l’Exécutif quel article de la Constitution devrait être abrogé ou réaménagé mais l’un de ces articles est assez choquant au pays de Cheikh Anta Diop et c’est celui qui stipule que pour pouvoir être candidat à la présidence de la République du Sénégal, il faut savoir lire, écrire et parler français. Je pense qu’il doit purement et simplement disparaître de notre Loi fondamentale », déclare-t-il.
L’essayiste regrette aussi que le débat sur les propositions constitutionnelles de Pastef ait été, selon lui, davantage marqué par les réactions de certains acteurs que par une discussion sur le contenu des textes. Il estime que plusieurs dispositions proposées relevaient d’une orientation progressiste. Il considère également que certaines critiques auraient dû donner lieu à un débat direct sur les propositions elles-mêmes.
La question de l’hyper-présidentialisme a été abordée lors de cet entretien. Face à la perspective d’une Assemblée nationale dominée par Pastef, Boubacar Boris Diop estime que le président Bassirou Diomaye Faye devra composer avec une majorité parlementaire qui dispose d’un poids politique important.
« Sonko n’est pas du genre à se résigner à une telle impuissance. Diomaye ne fera certes pas de cadeaux aux députés de la majorité et c’est de bonne guerre mais il aura fort à faire avec cette Assemblée nationale archi-dominée par Pastef », affirme-t-il.
La possibilité d’une dissolution de l’Assemblée nationale constitue un autre volet de l’entretien. Selon Boubacar Boris Diop, cette hypothèse est désormais régulièrement évoquée.
« La dissolution de l’Assemblée nationale est de plus en plus à l’ordre du jour et cela se comprend. Si elle advient, ce sera l’heure de vérité pour Diomaye et son nouveau parti », analyse-t-il. Il estime que des élections législatives constitueraient une épreuve importante pour le nouveau parti présidentiel, Kiiraay-Les Patriotes Républicains. Pour l’essayiste, le chef de l’État devrait alors obtenir des résultats électoraux suffisants pour modifier le rapport de forces actuel. Il considère toutefois que le calendrier politique laisse peu de temps au président avant la présidentielle de 2029.
« Il lui faudra absolument renverser la vapeur car rien n’est plus désagréable que d’être un Président que l’on définit par sa seule illégitimité. Peut-être se satisferait-il d’un nombre d’élus lui permettant de rester malgré tout dans le jeu politique ? », avance-t-il.
Boubacar Boris Diop estime enfin que le temps disponible avant la prochaine présidentielle constitue une contrainte importante. Il considère que les électeurs susceptibles de déterminer le résultat du scrutin disposent d’une conscience accrue de la fragilité politique du pouvoir.



