Le renvoi du procès de l’ancien ministre de la Justice, Ismaïla Madior Fall, devant la Haute Cour de justice n’a pas seulement permis à la défense d’obtenir un délai de préparation. Il a aussi donné lieu à une vive charge de Me Ciré Clédor Ly contre le fonctionnement de la juridiction.
Réagissant après l’audience face à Seneweb, l’un des conseils de l’ancien Garde des Sceaux a d’abord justifié la contestation du bracelet électronique. Selon lui, « la loi est claire » : son port ne peut excéder un an. Assimilé à une détention provisoire, son maintien au-delà du délai légal constituerait, à ses yeux, « une détention doublement arbitraire ».
L’avocat a ensuite dénoncé la manière dont l’incident de procédure a été traité. D’après lui, les débats n’étaient pas encore ouverts et la demande devait impérativement être examinée in limine litis, avant toute discussion sur le fond. Il estime que la décision ne pouvait être prise par le seul président de la Cour.
Face à ce qu’il considère comme une entorse aux règles de procédure, Me Ciré Clédor Ly dit avoir interpellé les députés siégeant à la Haute Cour : « Bougez ! On ne peut pas décider à votre place. Vous êtes des juges, pas des figurines. Il faut voter », a-t-il lancé.
Selon lui, cette intervention a conduit la Cour à soumettre la question au vote. Les députés ont finalement accordé le renvoi sollicité par la défense, permettant à Ismaïla Madior Fall de disposer d’un délai de huit jours pour préparer son procès.
« On ne peut pas dire à quelqu’un : « On vous juge aujourd’hui », sans lui laisser le temps de se concerter avec ses avocats », a insisté Me Ly, rappelant que les droits de la défense sont protégés par la loi, le Code de procédure pénale et les conventions internationales.
L’avocat estime qu’un refus de renvoi aurait constitué une violation des droits de la défense et porté atteinte à l’image du Sénégal sur le plan international. Il a enfin exhorté les députés de la Haute Cour de justice à exercer pleinement leur rôle de magistrats, en statuant « en leur âme et conscience », loin de toute considération politique.


