Deux mois après la menace d’Ousmane Sonko de faire tomber le gouvernement si sa ligne politique changeait, Pastef a choisi une réponse moins frontale après le discours du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô.
Les députés et le chef du gouvernement n’ont pas engagé de vote de confiance, une procédure qui aurait exposé l’exécutif à une motion de censure. Comme le rapporte Yahoo, les divergences restent pourtant profondes au sein du pouvoir.
Cette tension renvoie à une fragilité ancienne de la fonction de Premier ministre au Sénégal : sa relation structurellement ambiguë avec la présidence. Depuis l’indépendance, tous les chefs d’État sénégalais, à l’exception d’Abdoulaye Wade, ont tenté de supprimer le poste, en 1962, en 1983 ou en 2019. Les rapports de force entre présidence, gouvernement et parti au pouvoir ont régulièrement mis à l’épreuve les amitiés comme les carrières, jusqu’à faire du poste un lieu de rivalité autant que de coordination.
Ousmane Sonko, devenu président de l’Assemblée nationale après avoir quitté la Primature, a écarté l’idée d’une « hostilité permanente ». Il a plutôt appelé à un dialogue loyal Pastef président avec Bassirou Diomaye Faye, son ancien allié au sein du parti. « L’État n’a pas besoin d’institutions alignées mais d’institutions debout », a-t-il déclaré. Cette position illustre le dilemme d’un Premier ministre placé entre l’autorité présidentielle et les exigences de la majorité parlementaire.
L’histoire du poste rappelle aussi le prix politique de cette position intermédiaire. Habib Thiam évoquait ainsi l’« enfer du neuvième étage du Building administratif », image d’une fonction où la proximité avec le chef de l’État peut rapidement se transformer en exposition directe aux tensions du pouvoir.
Le prochain test se jouera autour de la loi de finances rectificative pour 2026. Les députés devront examiner, modifier puis approuver ou non ce texte, qui doit intégrer les engagements pris par le Sénégal envers le Fonds monétaire international en échange d’un prêt de 2,2 milliards de dollars.
Selon l’analyste politique Moussa Diaw, Pastef veut conserver le dernier mot sur la gestion de la dette. Le coût social de cette trajectoire financière pour les Sénégalais pèsera dans l’examen parlementaire.
Ahmadou Al Aminou Lô avait présenté son programme devant l’Assemblée nationale à Dakar après sa nomination au poste de Premier ministre, le 25 mai, par Bassirou Diomaye Faye.
Senego





