Les ministres Cheikh Diba et son collègue chargé du Budget ont vivement contesté la fidélité du rapport remis par la Commission des finances sur le projet de loi de finances rectificative 2026. Dénonçant des propos attribués à tort, des dénaturation de débats sur les fonds spéciaux et les subventions énergétiques, ainsi que de faux engagements sur la transmission d’un nouveau mémorandum, l’Exécutif exige des corrections immédiates avant tout vote. Une vive passe d’armes qui illustre la bataille pour le contrôle du récit parlementaire.
Les ministres chargés des Finances et du Budget dénoncent des propos qui leur sont attribués à tort, des passages qui ne reflètent pas la réalité des débats et des engagements qu’ils affirment n’avoir jamais pris devant la représentation nationale. Des rectifications substantielles sont réclamées sur plusieurs pages du document, notamment concernant les fonds spéciaux, les subventions à l’énergie, les amendements parlementaires et la prétendue promesse de transmission d’un nouveau mémorandum.
En effet, lors de la séance plénière de ce mardi à l’Assemblée nationale consacrée à l’examen du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026, Cheikh Diba et son collègue en charge du Budget ont refusé de laisser passer plusieurs formulations retenues par la Commission des finances et du contrôle budgétaire. Devant les députés, les représentants de l’Exécutif ont formulé une série de réserves musclées sur le rapport, estimant que le texte dénature la teneur exacte des échanges tenus en commission.
Prenant la parole le premier, le ministre des Finances et de l’Économie, Cheikh Diba, a soulevé trois points majeurs de désaccord. Le premier concerne les projets hospitaliers de Bakel, Saint-Louis, Gour, Ziguinchor et Kaolack, évoqués à la page 12 du rapport. Selon le ministre, la situation de ces infrastructures n’a jamais constitué une préoccupation formulée par les commissaires lors des travaux. La seule évocation relevée portait, précise-t-il, sur le cadrage des crédits de paiement et des autorisations d’engagement à hauteur de 429 milliards de francs CFA.
Deuxième point de friction : la gestion des fonds spéciaux. Se référant aux pages 16 et 17, Cheikh Diba conteste formellement des propos attribués aux commissaires faisant état d’une volonté d’introduire, dans une loi organique, une référence à un autre texte législatif pour encadrer ces matières financières sensibles. « Ces aspects n’ont jamais été discutés », a-t-il tranché, remettant en cause la fidélité de la retranscription.
Le troisième point porte sur la question des amendements. À la page 18, le rapport laisse entendre que le gouvernement aurait considéré que les éclaircissements apportés dans ses réponses au mémorandum justifiaient l’architecture de la LFR 2026, rendant inutile tout amendement. Le ministre a martelé que cette formulation traduit mal les échanges et rappelé que le gouvernement n’avait pris aucun engagement de cette nature.
Le ministère du Budget réclame une révision en profondeur du document
Le ministre chargé du Budget a, de son côté, égrené une série d’objections précises. Il pointe des erreurs d’attribution, des fautes de retranscription et des passages entiers qui, selon ses déclarations, n’ont jamais été prononcés au cours des travaux en commission.
À la page 14, il exige une clarification sur la dotation initiale de 250 milliards de francs CFA, déplorant que les explications techniques fournies par le gouvernement aient été improprement attribuées aux commissaires. À la page 15, il conteste la présentation faite des débats sur les subventions énergétiques et le ciblage des aides publiques, affirmant que les citations figurant dans le rapport provenaient en réalité du mémorandum du gouvernement ou de sa propre intervention. Plus loin, le ministre récuse des développements relatifs à l’efficacité des mesures de lutte contre la vie chère, à l’allocation des bourses de sécurité familiale et à la prétendue insuffisance du ciblage des politiques publiques. Il a également indiqué ne conserver aucun souvenir d’échanges en commission sur un éventuel accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pour faciliter l’accès à des financements concessionnels.
D’autres rectifications ciblées ont été sollicitées par l’Exécutif. À la page 18, le ministre du Budget a rejoint son collègue des Finances pour réaffirmer que le sujet des amendements n’avait pas été débattu. À la page 22, il exige la correction de la référence topographique liée à l’axe ferroviaire Tambacounda-Kédougou. À la page 25, il insiste sur un réajustement sémantique d’importance concernant la fiscalité sur les transferts d’argent et la contribution de solidarité économique : le gouvernement a décidé de proposer une modification de cette taxe, et non simplement exprimé une vague disposition à la faire évoluer.
Enfin, à la page 26, le ministre rejette catégoriquement la mention d’un engagement à transmettre un nouveau mémorandum à l’Assemblée nationale, assurant qu’une telle promesse n’a jamais été formulée devant les parlementaires. Au terme de leurs interventions respectives, les deux membres du gouvernement ont exigé que l’intégralité de ces rectificatifs soit intégrée dans la version définitive du rapport. Cette vive contestation met en lumière, au-delà des arbitrages de fond sur la LFR 2026, une bataille rangée sur la rigueur et la sincérité des comptes rendus parlementaires.





