Prenant la parole lors d’une séance plénière sous haute tension, le ministre de l’Intérieur, Bamba Cissé, a apporté une défense appuyée à la proposition de loi n°11/2026 modifiant le Code électoral. Face aux vives critiques de l’opposition, il a plaidé pour une réforme qu’il juge « nécessaire pour faire avancer la démocratie sénégalaise ».
« Ne plus éliminer des candidats »
Dans son intervention, le ministre a insisté sur un principe qu’il juge fondamental : la démocratie ne doit pas servir à exclure arbitrairement des citoyens du jeu électoral. Selon lui, certaines dispositions antérieures du Code ont permis d’écarter des candidatures pour des motifs disproportionnés. « Il est temps que le Sénégal dépasse une situation où l’on peut éliminer un candidat pour une simple condamnation pécuniaire », a-t-il soutenu, prônant une ouverture du champ politique.
Répondant aux accusations récurrentes d’une loi « taillée sur mesure », le ministre a fermement rejeté cette lecture. Il estime que la réforme ne vise aucune personne en particulier, notamment Ousmane Sonko, dont le nom sature les débats. Selon lui, la question de l’éligibilité ne se pose pas dans les termes avancés par ses détracteurs, rappelant que toute personne régulièrement inscrite sur les listes électorales dispose déjà de droits garantis par la loi.
Un débat replacé dans son contexte historique
Bamba Cissé a également rappelé des précédents législatifs, évoquant des réformes passées adoptées sans consensus sous d’anciennes majorités. Il a cité des textes ayant permis à certaines figures politiques de recouvrer leurs droits civiques, jugeant les critiques actuelles incohérentes. Dans ce sens, il a indirectement interpellé Me Aïssata Tall Sall, soulignant que des initiatives comparables avaient été portées par le passé au nom de l’apaisement politique.
Le risque d’exclusion pointé du doigt
Le ministre a mis en garde contre les conséquences d’une exclusion perçue comme injuste par une partie de la population. Selon lui, les crises récentes ont prouvé que le sentiment d’élimination politique pouvait engendrer de graves tensions sociales. Il appelle ainsi à tirer les leçons du passé pour éviter de nouveaux épisodes de violence.
Sur le fond, Bamba Cissé a précisé que la réforme maintient des restrictions strictes pour les infractions liées à la gestion publique (corruption, détournement de deniers publics, blanchiment). La philosophie du texte est, selon lui, limpide : exclure les auteurs d’infractions graves envers l’État, tout en garantissant aux autres citoyens une pleine participation à la vie démocratique.
La question de la rétroactivité assumée
Abordant le point le plus controversé, le ministre a défendu la rétroactivité de la loi, l’estimant juridiquement fondée en dehors du champ strictement pénal. Il rappelle que le législateur dispose de la souveraineté nécessaire pour définir les conditions d’application des lois dans le temps. Pour Bamba Cissé, cette réforme constitue une étape indispensable vers des élections plus inclusives, permettant au Sénégal de « dépasser les logiques d’exclusion ».





