Les militants de Pastef-Les Patriotes, Mandoumbé Diop alias Lamignou Darou, Magueye Diaw dit Oustaz Thiep et Moustapha Ndiaye alias Ndiaye Touba, placés sous mandat de dépôt jeudi dernier, ont comparu ce mercredi devant le tribunal des flagrants délits de Dakar. Ils sont poursuivis pour offense au chef de l’État et discours contraire aux bonnes mœurs, à la suite de leur interpellation par la Division spéciale de cybersécurité (DSC).
Selon les faits, les trois prévenus ont diffusé une vidéo dans laquelle ils qualifient le président de la République de « traître » et formulent à son encontre des vœux de maladie, notamment un AVC, allant jusqu’à souhaiter sa mort.
À la barre, Mandoumbé Diop, 36 ans, commerçant, a reconnu être l’auteur des vidéos projetées à l’audience. Déjà condamné en octobre dernier pour discours contraire aux bonnes mœurs, il comparaît de nouveau pour des faits similaires. Magueye Diaw, 36 ans, et Moustapha Ndiaye, 35 ans, tous deux commerçants, ont également reconnu avoir participé à la première vidéo, tout en contestant les infractions qui leur sont reprochées.
Les juges ont projeté deux vidéos à l’écran. La première a été réalisée par les trois prévenus lors du Magal de « Mbacké Bari ». Dans cette séquence, ils évoquent un « traître » sans citer explicitement le nom du président de la République, mais tiennent des propos dans lesquels ils lui souhaitent une maladie et même la mort. Interrogés par le président du tribunal, ils ont confirmé que cette vidéo avait été enregistrée le 18 juillet 2026 à Mbacké Bari après la première.
La seconde vidéo met en scène le seul Lamignou Darou. Dans cet enregistrement, il critique directement le chef de l’État, qu’il accuse de manquer de courage, affirmant éprouver de la pitié pour lui parce qu’il aurait été « marabouté ». Il déclare également ne pas souhaiter la réussite du président et revient sur le discours prononcé par Bassirou Diomaye Faye lors du lancement de son parti Kiiraay, au cours duquel le chef de l’État avait employé l’expression « sa fitna ». Selon lui, le président manque de courage de prononcer le nom d’Ousmane Sonko. Dans la même vidéo, Lamignou Darou a affirmé n’avoir « pas peur de dire sa pensée » à l’égard du président et ne pas envisager de quitter le pays durant son mandat.
Mais, au fil des débats d’audience, il a fait un revirement de 180 degrés (ou de 360 degrés), soutenant qu’il ne faisait que commenter l’actualité et qu’il ne s’adressait pas directement au président de la République.
De son côté, Magueye Diaw, alias Oustaz Thiep, a insisté sur le fait que le président « a un nom » et qu’aucun nom n’avait été cité dans leur vidéo. Moustapha Ndiaye, alias Ndiaye Touba, a, lui aussi, soutenu que leurs propos ne visaient personne en particulier. Ils faisaient de la comédie comme ils ont l’habitude de le faire.
Au cours de son interrogatoire, le procureur de la République a demandé aux prévenus à qui étaient destinés les vœux exprimés dans la première vidéo. Lamignou Darou a répondu qu’ils n’avaient « aucun destinataire ». S’agissant de la seconde vidéo, le représentant du parquet lui a demandé qui était le président de la République. « Il s’appelle Diomaye », a répondu le prévenu. Le procureur lui a alors rétorqué qu’il s’adressait bien au chef de l’État. À cette observation, Lamignou Darou a lancé : « Non, je ne fais pas partie du Sénégal », le public s’éclate de rire.
Interrogés par leurs avocats, les trois prévenus ont maintenu qu’ils n’avaient cité ni le nom du président ni une quelconque institution de la République.
Dans son réquisitoire, le procureur Babacar Bèye a estimé que les propos tenus portent atteinte à l’institution présidentielle. Selon lui, même si les prévenus tentent aujourd’hui de minimiser leurs déclarations, « tout le monde sait qui est le véritable destinataire » de leurs propos. Il a également souligné que Lamignou Darou n’avait manifestement tiré aucune leçon de sa précédente condamnation. Le ministère public a requis 6 mois d’emprisonnement, dont trois mois ferme, assortis d’une amende de 500 000 FCFA contre Oustaz Thiep et Ndiaye Touba. Pour Lamignou Darou, il a demandé un an d’emprisonnement, dont 6 mois ferme, ainsi qu’une amende de 500 000 FCFA.
Pour la défense, Me Abdoulaye Tall a dénoncé « une procédure scandaleuse », estimant qu’aucune infraction n’était constituée dans ce dossier. Selon lui, les éléments retenus par le parquet ne permettent pas de caractériser les délits d’offense au chef de l’État et de discours contraire aux bonnes mœurs. Il a plaidé le renvoi des fins de la poursuite. Me Famara Faty dira que le discours contraire aux bonnes mœurs n’a pas été caractérisé. Les poursuites sont très légères, car ses clients faisaient une vidéo comédie. Me Takha Cissé plaide une tentative d’intimidation. Selon lui, aucune infraction ne peut être retenue à l’encontre des prévenus pour plaider la relaxe pure et simple.
Me Théophile Kaossy dit que le ministère public cherche à museler les prévenus. C’est un procès politique initié par le procureur de la République. À sa suite, Me Abdy Nar Ndiaye dit que techniquement il n’y a pas d’infraction dans les faits de l’espèce. Me Youssoupha Camara soutient qu’il n’y a aucun mot déplacé dans les discours des prévenus. Ils ont exprimé un ressenti. Il a sollicité qu’ils soient relaxés. Me Ibamar Diop s’est rapporté à la plaidoirie de ses confrères.
En rendant son jugement, le tribunal a déclaré les prévenus coupables des faits qui leur sont reprochés. Lamignou Darou a écopé d’une peine de 3 mois avec une amende de 500 000 FCFA. Oustaz Thiep et Ndiaye Touba sont condamnés à 2 mois ferme et 500 000 FCFA d’amende.

