Macky Sall est-il un surdoué en politique? (Par Papa Ibrahima Diassé)

Par ses actes conjugués, le timing millimétrique déployé, l’empoutrerie levée, les combinaisons imposées et les profils déclinés, Macky Sall vient de prouver haut la main, sa haute technicité politique, pour ne pas dire ténacité rappelant une certaine pugnacité qui était de légion chez certains de nos héros nationaux, d’où sa très haute lecture intelligente des événements du moment. Sa posture de leader aux prédispositions incontestables et incontournables ne peut plus souffrir de remise en cause passagère ou d’une quelconque contestation éternelle.

Le signe indien de la politique sénégalaise qui s’entêtait depuis toujours semble être vaillamment vaincu et s’écroule devant les nombreuses et insupportables manœuvres d’un tacticien infatigable. On aurait dit qu’il passe en revue les acteurs politiques condamnés à le suivre quel que soit leur rang parce qu’ayant lui-même modelé à sa guise l’atmosphère politique de sorte que tout roule exclusivement en sa faveur. Il ne reste plus que les honneurs lui soient rendus et que sa stratégie puisse profiter au Sénégal. Ses stratagèmes ne laissent de fait pas de place aux supputations approximatives. Rigoureuse est sa démarche, ferme sa volonté, précis sont ces calculs.

En effet Macky Sall s’est mué en fin profileur digne d’un titre d’un film tout droit sorti de la magie d’Hollywood, a pu réduire la scène politique en un « lieu de crime » ou « scène d’infraction encerclée », inaccessible où il est le seul à devoir mener ses enquêtes loin des profanes. C’est tout simplement pour lui, une zone conquise et depuis acquise.

La preuve: opposition neutralisée, alliés politiques fauchés et laissés pour compte, partisans tenus au repli sur soi et au profil bas, voilà l’ambiance morose et à la fois morne préférée par le grand chef pour propulser son nouveau gouvernement ces derniers jours, cet attelage des équations, des énigmes et des incongruités dont il sera la pierre angulaire: celui de qui, tout part et à qui, tout revient.

En atteste les traits de contours donnés à la nouvelle équipe « politique » qu’il vient de mettre en place basée sur une réorganisation profonde et un renouvellement stratégique portés par des profils distincts.

Contre toute attente le PR se renforce politiquement en se faisant entourer de ses hommes de confiance et surtout en se faisant représenter dans tous les 14 régions du pays. Un vrai coup de maitre pour donner à sa vision politique une forme et son projet de société plus d’efficacité et de lisibilité.

Alors seul maître d’œuvre de ce chantier gigantesque, Macky Sall n’a voulu donner aucune chance ni faire de faveur à qui que ce soit comme quoi, les désireux de gloire, les aspirants en quête perpétuelle et les prétentieux qui auraient voulu profiter de sa couverture pour émerger, vont déchanter, sinon travailler dur pour se frayer un chemin au prix du suffrage universel. L’ascenseur ne s’appellera jamais Macky Sall, qui logiquement s’inscrit dans la durée.

Je veux dire, investir dans le long terme. C’est pourquoi il brise toutes ses ramifications éloignées hors de contrôle qui pourraient se retourner contre lui, en s’offrant dorénavant un tableau de bord aux entrées limitées et aux données limpides qui d’un seul coup d’œil lui renseignent du niveau d’évolution, d’exécution des projets mais surtout de conduite et de comportement de ses hommes.

Pour se tranquilliser d’emblée, il s’est évité toute possibilité de bicéphalisme en envisageant la suppression du poste de premier ministre pour tout concentrer autour de la présidence pour ne pas dire sa personne.

C’est dire que sa confiance est mise à rude épreuve, et la mériteront que ceux qui demeureront sur la ligne de conduite qu’il aura indiquée. Du coup ce à quoi il faut s’attendre le plus durant ce quinquennat : défaut de remaniement profond, ce sont des réajustements organiques et des permutations en à finir qui auront pour but soit de corriger d’éventuelles erreurs soit de répondre à un besoin pressant par soucis de conformité au contexte évolutif.

Les ministres seront donc mis hors d’état de nuire et seront à l’épreuve de la loyauté du PR dont les marges de tolérance des erreurs du passé à ses hommes sont très réduites désormais.

En réalité il n’y pas de véritable gouvernement mais juste un collège de ministres sous la coupole du PR, surveillé comme du lait sur le feu dans l’exécution de leur mission de « servitude » du peuple, à sa tête, son excellence le PR.

Leur champ de compétences sera borné et leurs actions n’auront plus de poids individuel ; elles seront calquées plutôt dans une démarche participative qui ressortira et mettra en avant le dénominateur commun à savoir l’image de marque du président qui va à coup sûr, imprimer sa méthode sur leur esprit de travail et même leurs faits et gestes.

Tous les ministres seront donc obligés d’avoir en ligne de mire celui qui a les prérogatives de les dégommer à la minute qui suit, en cas de tentative de rébellion, d’insoumission ou de désobéissance pouvant influer sur la mission qui leur est assignée. Ce qui va sans nul doute influer sur leur comportement au quotidien.

En définitive, le président de la République dans tous les cas est en train de poser les jalons de nouveaux horizons pour un Sénégal de ses rêves bien conscient des enjeux du futur aussi bien politiques, stratégiques et de développement.

Papa Ibrahima Diassé

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