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L’union sacrée autour des Lions n’impose pas le silence complice

Abdoulaye Fall
Abdoulaye Fall

Depuis quelque temps, la tanière des Lions est secouée aux États-Unis par des informations sur les conditions de vie des joueurs, les primes qui leur sont dues et le contrat du sélectionneur Pape Thiaw. Face à cette situation, des Sénégalais ont estimé qu’il faut taire cette polémique et créer l’union sacrée autour de l’équipe afin de gagner le match contre la Norvège et garder toutes les chances de qualification pour le second tour.

Certes, il est important et même essentiel de se regrouper autour des Lions, de leur apporter tout le soutien nécessaire pour leur permettre d’aller aussi loin que possible dans cette compétition. Après la défaite contre la France, l’équipe a plus que jamais besoin de sentir le peuple derrière elle pour la pousser à la victoire.

Cependant, cet impératif patriotique ne saurait occulter le devoir de vérité. Pour participer à cette compétition, tout le Sénégal s’est mobilisé et des personnes ont été responsabilisées pour mener à bien cette mission. Il s’agit essentiellement des membres de la Fédération sénégalaise de football. Cette instance a une mission au même titre que les Lions.

Or, dans l’équipe, malgré l’union sacrée, les joueurs qui ratent leur match sont critiqués, parfois attaqués de façon virulente, et mis sur le banc au besoin. L’équipe, dans sa totalité, a plusieurs fois fait l’objet de critiques acerbes. Pourquoi alors les membres de la Fédération échapperaient-ils à cette exigence ? L’union sacrée n’est pas la politique de l’autruche, elle n’est pas l’hypocrisie. Au contraire, elle exige responsabilité, transparence, rigueur et redevabilité dans la gestion de la délégation de la part de la Fédération.

La vérité, ici, est que la Fédération a fait preuve de légèreté dans la gestion de cette compétition. La dernière illustration de ce management chaotique est le recrutement, il y a deux jours, de Cheikhou Kouyaté et de l’analyste vidéo Abdoulaye Seck. Comment une équipe qui se veut compétitive peut-elle se permettre d’oublier de se doter d’un analyste vidéo pour s’en souvenir en pleine compétition ? Si Cheikhou Kouyaté était si important, pourquoi ne l’a-t-on pas pris bien avant le démarrage de la Coupe du monde ? Tout ceci confirme l’amateurisme et le pilotage à vue au sein de cette délégation sénégalaise.

Il est d’autant plus important de dénoncer ces errements qu’ils n’étaient plus connus dans l’équipe ces dernières années. Durant les dernières campagnes, une ambiance saine a régné dans le groupe parce que le nécessaire a été fait, et les victoires ont suivi. On croyait alors en avoir fini avec les histoires de primes non payées, de conditions d’hébergement et autres. Et voilà que tout cet amateurisme est de retour avec le Mondial : primes, nourriture, contrat du sélectionneur, recrutement de dernière minute, familles de fédéraux… Le tableau est complet pour une campagne.

Et cela ne se limite pas à la Fédération. Le Sénégal a failli renoncer à participer aux Jeux africains de la jeunesse, en décembre 2025, en Angola, alors qu’il accueille les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) en 2026. On se demande encore comment un pays qui abrite un événement aussi important que les JOJ peut se permettre de ne pas envoyer ses athlètes se préparer dans les autres compétitions, à moins que le seul défi ne soit celui de l’organisation, comme c’est le cas dans beaucoup de pays africains. Finalement, il a fallu qu’une polémique éclate pour que les athlètes quittent Dakar le 9 décembre, alors que la compétition démarrait le lendemain, 10 décembre.

Aujourd’hui encore, à quelques mois des JOJ, on a du mal à identifier les infrastructures sportives déjà prêtes, en dehors du stade Léopold Sédar Senghor.

Tout ceci montre qu’il y a certaines légèretés dans la gestion de nos sports. Malheureusement, tant que le football (seniors et juniors) fait des performances, on oublie tout le reste. On attend toujours la contre-performance des Lions pour mettre les scandales sur la table. Problème : le mal est déjà fait.

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