L’Etat va vendre de l’essence

L’Etat n’entend guère laisser le marché de la distribution des produits pétroliers aux multinationales et aux privés nationaux. Dans le sillage des premiers barils attendus en 2023, il va, à travers la Holding Petrosen éclatée en trois entités — Pétrosen Holding, Pétrosen Aval (distribution) et Petrosen E&P Amont (exploration) — développer un réseau de distribution de stations service à travers le territoire national.

En réalité, ce projet réactive une vision développée par Petrosen depuis le magistère du président Abdoulaye Wade. L’idée que l’Etat se positionne dans le segment de vente et de distribution de produits pétroliers. Comme en Côte d’Ivoire (Petroci), au Ghana (Ghana National Petroleum Corporation GNPC), en Arabie Saoudite (Saudi Arabian oil Company ou Aramco), en Malaisie (Petroliam Nasional Berhad), en Angola (Sonangol) voire en Algérie (Sonatrach), le Sénégal cherche à mettre en place sa propre société nationale à côté des majors.

Histoire de ne pas laisser aux mains des multinationales et des privés nationaux la manne pétrolière et gazière découverte dans notre pays. Surtout que rien qu’en 2017, la facture d’importation pétrolière du Sénégal était estimée à 856 milliards F CFA soit 60 % des importation et 10% du PIB. Pour donc concrétiser cette vision, Petrosen avait même fini de construire une première station service sise à Diamnadio, sur la route de Mbour. le projet sera cependant stoppé par Karim Wade qui, alors ministre de l’Energie, avait contraint Petrosen à céder cette unique station à Touba oil créée en 2007.

Dans le même sillage, l’ancien ministre « du Ciel et de la terre » avait stoppé le projet de Petrosen de développement du segment stockage, où elle avait des parts dans la société dénommée Sen-Stock avec le privé sénégalais, Cheikh Mbacké Sèye de Touba oil. Aujourd’hui la capacité de stockage de produits finis tourne autour de 500.000m3 pour les produits liquides, 18.350 tonnes pour le gaz butane et 200.000 m3 pour le pétrole brut. Dans le raffinage, Petrosen était entré dans le capital de la Société africaine de raffinage (SAr), où la société détient pour le compte de l’Etat du Sénégal, la majorité des parts.

Seulement voilà, dans la perspective des premiers barils de pétrole et de gaz attendus en 2023, soit dans trois ans, l’Etat cherche à augmenter et diversifier ses revenus. le ministre du Pétrole et de l’Energie Makhtar Cissé développe jusqu’ici de nouveaux paradigmes dans tous les domaines pour que le Sénégal soit prêt à accompagner cette véritable aventure pétrolière et gazière. Dans le cadre des projets d’exploitation du gaz et du pétrole, les autorités avaient engagé depuis octobre une phase de restructuration de la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen). Cette phase a évolué avec la nomination le 20 janvier dernier, en Conseil des ministres, de deux nouveaux directeurs généraux de deux nouvelles filiales : « Petrosen E&P » S.A. et «Petrosen Aval » S.A. la première sera dirigée par M. Joseph Oufam Medou.

Ingénieur géologue, il était jusqu’à sa nomination le numéro deux de la Société des pétroles du Sénégal. Homme du sérail, il a passé des années dans l’exploration. Il dirige aujourd’hui tout ce qui est aspect technique dans ce domaine à Petrosen. Avec l’avènement de «Petrosen E&P» S.A., les activités d’exploration et de production pétrolière et gazière seront renforcées, car, depuis sa création en 1981, Petrosen, qui est l’instrument d’application de la politique pétrolière de l’Etat, ne s’était concentrée que sur la promotion du bassin sédimentaire.

Quant à la deuxième filiale, « Petrosen Aval » S.A., elle sera pilotée par M. El Hadj Manar Sall. Ce diplômé de HEC Paris, lui aussi, connaît bien le secteur car, selon les acteurs du secteur, il a passé plus d’une trentaine d’années dans les grandes compagnies pétrolières. Depuis deux ans, M. Sall accompagne le ministère du Pétrole et des Energies au niveau de l’aval. le renforcement de ce département devrait permettre de lancer les réseaux de distribution et créer toute une série d’industries liées au pétrole et au gaz.

Une dizaine de stations vont être lancées

Depuis quelques semaines, Pétrosen est en train de mettre en place les nouvelles structures dirigeantes de ces deux nouvelles filiales. Si pour Petrosen E&P S.A., il n’y aura pas de grands soucis pour la dotation en ressources humaines puisque autant le Dg Joseph Oufam Medou que les autres cadres de la boite ont capitalisé énormément d’expérience dans le domaine de la recherche et de l’exploration, ce ne sera pas le cas pour Petrosen Aval S.A dirigé par El Hadj Manar Sall. Ce dernier devra aller chercher des compétences dans le domaine de la distribution au sein de la diaspora et dans les grandes compagnies pétrolières. la tâche sera facile puisque le Sénégal concentre énormément de compétences nationales évoluant dans les plus grandes compagnies internationales.

D’ailleurs, le ministre Makhtar Cissé a réussi récemment à les réunir à Dakar pour un Brain Storming sur la gestion de nos ressources pétrolières et gazières. tout compte fait, la machine est lancée. Et dans une perspective pas lointaine, les Sénégalais verront de nouvelles stations d’essence estampillées Petrosen dans leur environnement. Notre source explique que les majors sont inquiètes par la perspective d’être concurrencés par une chaîne de distribution étatique. Seulement voilà, l’Etat ne peut pas non plus laisser ces multinationales faire n’importe quoi notamment dans la détermination de l’offre et des prix dès lors que la manne n’est plus importée et qu’elle sera produite sur place. Une nouvelle configuration qui appelle de nouveaux paradigmes pour éviter la malédiction du pétrole.

Pour le moment, la première station d’essence dans la capitale sera construite dans la banlieue. Les autres seront éparpillées sur l’ensemble du territoire, conformément à la politique d’équité territoriale très chère au président Macky Sall. la volonté des autorités est qu’il y ait un maillage réel du territoire en offre de produits pétroliers et gaziers. Ce qui fait que les zones comme les régions de Casamance, de Kolda, de Tambacounda, de Kédougou, qui ne sont pas réellement prises en charge par les multinationales régissant le secteur de la distribution dans notre pays, seront ciblées. Notre source ne précise pas les formats de stations, mais indique que le projet est très avancé.

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