Les clés du succès du lycée Limamou Laye au Concours général

Comme à chaque année, le lycée Seydina Limamou Laye de Guédiawaye s’est encore affiché sur le podium du Concours général. Cet établissement implanté dans la banlieue dakaroise arrive aussi à avoir de bons résultats au baccalauréat. Une situation rendue possible par un esprit d’engagement et d’encadrement du corps professoral combiné à la motivation des élèves.

L’ambiance de lycée en fin d’année. Très décontractés, élèves et professeurs viennent qui pour récupérer les bulletins, qui pour prendre des nouvelles de ses protégés. Dans la cour du lycée Limamou Laye, les élèves devisent en aparté. Joseph Ndiane et Matalibé Sow, deux enseignants de l’école, commentent les résultats du baccalauréat avec des élèves venus les saluer. « Il paraît que vous avez cassé la baraque », plaisante Matalibé Sow à l’endroit du groupe de jeunes filles. Pourtant, ce lycée, connu pour ses résultats excellents, évolue dans un environnement particulier. Niché au cœur de Guédiawaye, il est entouré d’habitats et d’un marché qui créent un environnement peu propice au travail scolaire. Dans l’enceinte du lycée, les bâtiments, des préfabriqués, sont toujours là, fidèles à accompagner la marche de l’établissement malgré leur âge et état. Peints en jaune, ces bâtiments représentent l’identité et la marque du lycée. Certains présentent quelques usures avec le temps, mais tiennent toujours.

Limamou Laye symbolise ainsi cette autre face de la banlieue avec de bons et constants résultats scolaires dans les concours et examens. Pour cette année, la série S1 (sciences fondamentales) du lycée qui avait  42  élèves a fait 100 % au baccalauréat avec 5  mentions « Bien » et 17 « Assez-Bien ». Ce qui fait encore la fierté du proviseur Mbaye Sarr. De la fierté, ce lycée a en toujours.

Depuis sa création, dans les textes, en 1978, à son ouverture officielle, en 1979, il continue de se positionner comme l’un des meilleurs établissements du Sénégal malgré son environnement spécial. Cette année encore, en dehors de ces excellents résultats au baccalauréat, le lycée Seydina Limamou Laye est arrivé deuxième au Concours général qui récompense les meilleurs du Sénégal, avec 15 distinctions. « En 2009, 2010 et 2011, nous étions premiers du Concours général », dit fièrement le proviseur. Ces bons résultats sont devenus une banalité dans cet établissement.

Engagement et encadrement
Devant l’un des bâtiments, Joseph Ndiane, professeur de sciences de la vie et la terre, et son collègue Matalibé Sow, un enseignant des sciences physiques, continuent de discuter avec leurs élèves qui viennent de décrocher leur baccalauréat. « Que vous soyez à l’université ou partout ailleurs, ce sera la même chose. Continuez à travailler comme vous le faites. Souvenez-vous toujours que vous venez de Limamou Laye, un lycée d’excellence », conseillent-ils à ces jeunes filles qui sont désormais leurs anciennes élèves.

Cette scène de discussion, empreinte de proximité et de cordialité, renseigne sur l’état des relations entre les élèves et leurs enseignants et l’esprit de fierté dans ce lycée. Une relation de confiance et de solidarité, marque de fabrique de l’établissement, est l’un des clés du succès de Limamou Laye en matière de résultats scolaires. Encadreur pendant plus de 10 ans dans le Concours général, Joseph Ndiane qui vient de boucler 24 ans dans ce lycée affirme avoir réussi à remporter 14 prix. Leur secret dans cette réussite ? « L’engagement et l’encadrement du corps professoral et de l’administration », répond M. Ndiane. Ainsi, pour préparer le Concours général, « chaque cellule d’enseignants qui regroupe les professeurs de chaque discipline choisit quatre encadreurs pour préparer les élèves », informe le proviseur Mbaye Sarr. « Nous commençons les encadrements déjà en septembre avant même l’ouverture des classes, précise Joseph Ndiane. Nous nous retrouvons, avec les élèves sélectionnés pour le Concours général, les jours fériés, les samedis et les mercredis, pour des cours de renforcement. Des deux côtés, enseignants comme apprenants, il y a une grande motivation pour faire de bons résultats au Concours général. En plus de l’accompagnement de l’administration ».

Un esprit d’émulation et de compétition inculqué aux élèves qui permet au lycée de se maintenir sur le podium du Concours général. Jeune professeur d’histoire et de géographie, Amadou Moctar Ndao n’est pas ancien comme ses collègues Ndiane et Sow qui totalisent, chacun, plus de vingtaine d’années dans le lycée. A Limamou Laye depuis quatre ans, Ndao n’en demeure pas moin inscrit dans cette dynamique d’excellence qu’il a trouvée au lycée. Un lycée que va quitter, cette année, Mamadou Diop, un des lauréats du Concours général de cette année. 4ème accessit en Economie, Mamadou Diop qui vient d’avoir son baccalauréat garde une belle image de Limamou Laye.  « Un lycée d’excellence qui veut continuer à faire la fierté de la banlieue », dit-il.

Reportage de Oumar NDIAYE (textes) et Assane SOW (photos)

« Cantinisation » de la devanture du lycée  : Une menace pour la sécurité
Sur la grande porte d’entrée du lycée, les travaux du mur continuent toujours. Mais à côté, d’autres travaux attirent l’attention. Ce sont des cantines qui sont en train d’être construites le long de la devanture du lycée. Ce qui soulève des inquiétudes au niveau des élèves, parents, professeurs et administration. « Une cantinisation » qui avait même soulevé une polémique entre le lycée et la mairie de Ndiarème Limamou Laye.

Pour le proviseur, la construction de ces cantines après le déguerpissement des marchands qui ceinturaient le lycée risque de produire les mêmes effets qu’auparavant. « C’est vrai que le mur qui était un problème de sécurité est en train d’être construit, mais les cantines qui sont prévues devant présentent les mêmes difficultés aussi. C’est une situation que nous n’allons pas accepter », prévient  le professeur Amadou Moctar Ndao.  

Mbaye Sarr, proviseur : « Quitter le lycée la tête haute »
mbaye sarrMbaye Sarr est un proviseur occupé quand arrive la fin de l’année. Il est partagé entre tenue de conseils de classe, distribution de bulletins… De son bureau aux salles attenantes, il valse entre les pièces du grand bâtiment qui abrite l’administration de l’école.

Kaftan bleu et écharpe blanche autour du cou, Mbaye Sarr est dans sa dernière année au lycée. L’ancien professeur de sciences physiques part à la retraite cette année, mais cela ne l’empêche pas de mener à bien ses activités de fin d’année. Arrivé au lycée Seydina Limamou Laye en 2005, en remplacement de Souleymane Diop « qui, a-t-il dit, a beaucoup fait pour l’établissement », Mbaye Sarr y a passé 11 années durant lesquelles il est arrivé à tenir le flambeau de l’excellence de cette école.

En débarquant à la tête du lycée, ce fils de Ngoye, dans la région de Diourbel, en plein Baol, venait de quitter le lycée d’application Seydou Nourou Tall où il a passé une quinzaine d’années. C’est dans ce lycée même qu’il a eu l’expérience la plus marquante de sa longue carrière d’enseignant. « C’est quand j’ai eu, une première fois, une Terminale C avec 26 élèves qui font 100 % au bac avec les cinq premiers du jury, avec des mentions « Très Bien » et « Bien », se rappelle-t-il avec fierté. Comment aussi ne pas être marqué par la gestion de Limamou Laye pendant plus de 11 années ? « Je crois que depuis que je suis ici, j’ai apporté un plus chaque année », dit-il. « Ce qui a permis cela, j’ai trouvé une équipe unie et dynamique que j’ai intégré sans problème. Depuis que je suis là, à chaque rentrée scolaire, je fais le tour de toutes les classes pour tenir un discours aux élèves et leur rappeler l’esprit de Limamou Laye, qui est un esprit de motivation et d’engagement », ajoute M. Sarr.

Après une riche carrière d’enseignant démarrée en octobre 1981, comme il se le rappelle, au lycée Djignabo de Ziguinchor, Mbaye Sarr qui va quitter l’établissement cette année avait comme objectif, dès son arrivée à Limamou Laye, « de faire la même chose ou même plus » que son prédécesseur, Souleymane Diop, qui est considéré comme l’artisan  de cette place de leader du lycée. 

Soutien de la ville et de la commune
L’éducation est une compétence transférée. La ville de Guédiawaye et la commune de Ndiarème l’ont bien compris. Elles ne ménagent aucun effort pour répondre, à la mesure de leurs possibilités, aux besoins du lycée.

Les autorités municipales de Guédiawaye n’ont pas été indifférentes à la lourdeur des charges qui pèsent sur le lycée d’excellence qui a bâti sa réputation sur les résultats encourageants qu’il récolte annuellement à travers les examens classiques et les concours.

A commencer par la commune de Ndiarème Limamou Laye que dirige le maire Beïdy Sèye. En effet, même si le lycée n’est pas sous sa responsabilité (mais plutôt sous celle du département), la commune de Ndiarème Limamou Laye a toujours prêté une attention à l’établissement en consentant notamment à des initiatives à sa portée de bourse.

Conseiller technique du maire de la commune, Abdoulaye Bâ a trouvé normal que la municipalité ne soit pas en reste par rapport à l’objectif de maintenir le lycée dans un état propice à l’acquisition du savoir pour les élèves et favorable à des conditions de travail optimales pour les enseignants. « Le lycée Limamou Laye, établissement technique construit sur un site commercial, à proximité du marché de Ndiarème, subit les agressions du marché hebdomadaire qui ont fini par transformer le site en un milieu commercial.

Une situation empirée par une tendance à la « cantinisation » de cet espace scolaire », a-t-il affirmé.  A l’en croire, la commune, appuyée par la ville, a initié des opérations de déguerpissement qui ont restauré l’image originelle de cet établissement scolaire.

En outre, il a révélé que la commune a construit des magasins devant accueillir les élèves de la filière technique.

Du côté de la ville de Guédiawaye, c’est un soutien non négligeable que la mairie de la ville a toujours apporté au lycée.

Notamment, la reconstruction, par le passé, d’un mur de clôture et des soutiens didactiques. La ville a aussi l’habitude de soutenir l’établissement dans le cadre de l’organisation de fêtes de fin d’année. Secrétaire général de la ville de Guédiawaye, Ibrahima Traoré a rappelé que mêmes les activités du gouvernement scolaire sont financièrement appuyées par la ville. « Imaginez le nombre que ça fait si chaque élève est doté de sept cahiers », a-t-il expliqué, pour dire que ce sont « des milliers de cahiers » que la commune de Guédiawaye mobilise pour les élèves du lycée. De la même manière, la ville prend en charge certains éléments du personnel du lycée, tels que des assistants. Ibrahima Traoré a aussi révélé que la commune envisage, dès l’année prochaine, d’offrir des fascicules aux élèves de Limamou Laye comme elle l’a fait cette année avec ceux du lycée Issa Rohou Lahi (ex-lycée des Parcelles assainies). La mairie de ville a aussi décidé de doter l’établissement en tables-bancs dès la prochaine rentrée des classes.

Abdou DIOP

Mamadou Talla, ministre de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Artisanat : « 500 millions de FCfa pour réhabiliter et remettre à neuf le lycée »
mamadou tallaLe lycée Limamou Laye de Guédiawaye se fait remarquer, chaque année, lors du Concours général sénégalais. Il est toujours parmi les trois premiers. Pourtant, cet établissement énorme par son effectif (5.600 élèves) et polyvalent (parce que regroupant le général, le technique…) évolue dans un milieu pas du tout favorable. Ceinturé par un marché, il est aussi en préfabriqués qui ont fait leur temps et nécessitent une réhabilitation. Toute chose prise en charge par l’Etat, comme l’affirme l’ancien du lycée et actuel ministre de la Formation professionnelle, de l’Apprentissage et de l’Artisanat, Mamadou Talla. A l’en croire, 500 millions de FCfa sont nécessaires pour réhabiliter et remettre à neuf le lycée.

En tant qu’ancien du lycée Limamou Laye, comment appréciez-vous les performances de l’établissement au niveau des résultats scolaires et du Concours général ?
Limamou Laye est un lycée d’excellence. C’est un établissement qui a formé beaucoup de cadres scientifiques et techniques. Je peux en citer mon ami et collègue Aly Ngouille Ndiaye qui était avec moi dans la même classe, le conseiller technique du président de la République Boubacar Mbodj qui a eu le Bac série E (mathématiques, sciences, fabrication et construction mécanique) comme moi. Depuis, plusieurs jeunes sont sortis de cette école et sont devenus ingénieurs. C’est une école qui fait notre fierté pour plusieurs raisons.

D’abord, pour les résultats. Cela fait très longtemps que cet établissement scolaire est au-dessus sur les résultats du baccalauréat et présent au Concours général. Deuxièmement, il est dans la banlieue. Aussi, c’est un lycée où il n’y a pas de sélection par rapport aux élèves qui y entrent et il n’y a pas de nombre réduit sur les effectifs. Ce sont 5.600 élèves contrairement à ces écoles qui ont de bons résultats au Concours général et qui ont quand même une bonne sélection à l’entrée, avec des effectifs réduits dans les classes. L’encadrement devient facile.

Etant dans la banlieue, un lycée d’excellence, dans ces conditions, mérite des félicitations, une attention particulière. Il y avait des préfabriqués quand nous y étions. Il y a trois ans, quand j’arrivais dans ce ministère, nous avons injecté beaucoup d’argent pour réhabiliter les bâtiments. Le président de la République a décidé, pendant le Conseil des ministres décentralisé, d’accompagner encore ce lycée dans la réhabilitation et surtout dans la construction du mur. Il y a un grand mur qui entoure le lycée et derrière, un autre pour le terrain de sport. En un certain moment, c’était le sable du terrain de sport qui attirait les charretiers. Cela avait même créé un problème. Chaque année, il y a un problème avec ce mur.  Nous avons voulu définitivement régler ce problème.

C’est ce qui fait que nous avons mis une somme de 500 millions de FCfa dans ce lycée pour le réhabiliter et le remettre à neuf. 
 
En quoi consistent les travaux de réhabilitation et quelle somme est prévue ? 
Il y a d’abord le mur qui entoure tout le lycée et en même temps, toute la partie qui entoure le terrain de sport, là où les élèves font les activités sportives. Il y a déjà un mur autour de ce terrain et les équipements sportifs, football, volley-ball, basket, hand-ball, plus deux autres bâtiments à l’intérieur du lycée qu’il faut réhabiliter afin de compléter la première partie des travaux, sans compter l’équipement. Naturellement, chaque année, nous injectons de l’argent pour le renouvèlement de tout ce qui est machine, appareils et appareillage pour les apprentissages dans de bonnes conditions. Il y a eu une première réhabilitation qui est terminée depuis deux ans.

Nous démarrons, cette année, une autre partie avec le mur d’abord. Devant ce lycée, il y a le marché et beaucoup de commerçants. Nous sommes en train de réfléchir, avec le préfet et le maire, pour voir comment trouver un bon climat qui correspond à une bonne ambiance de travail. C’est un ensemble de travail qu’il faut faire dans cette école. Donc, ce sont 500 millions de FCfa que le président de la République a décidé d’octroyer, cette année, pour sa réhabilitation.

Qu’en est-il de la partie technique et commerciale ? 
Ce lycée est un peu particulier parce qu’il est polyvalent. Il y a la partie générale, celle technique et la formation professionnelle.

C’est ce qui explique le nombre élevé d’élèves. Comme au niveau de l’enseignement technique il faut des équipements, des machines, des professeurs particuliers, le plus facile, c’était au niveau de l’enseignement général. C’est là où nous avons beaucoup d’élèves. Nous sommes en train d’inverser la tendance pour augmenter les élèves dans l’enseignement technique, professionnel et scientifique. Dans ce lycée, nous formons jusqu’au Bts.

Quels souvenirs gardez-vous de votre passage dans ce lycée ?
Je garde de Limamou Laye d’excellents souvenirs. Quand j’y entrais, en 1980, le lycée venait presque d’ouvrir. C’était en préfabriqués. Nous nous disions comment est ce lycée ? Là-bas, nous avons trouvé des machines de haut niveau. Mais aujourd’hui, nous allons tout changé. Nous avons surtout trouvé une bonne ambiance de travail. C’est un lycée où il y a un mélange. Tout le monde vient. Des enfants de riches, de la banlieue, tous ont accès à l’éducation. A notre époque, il y avait des manifestations qui permettaient une vraie symbiose, un mélange entre les formateurs, les élèves, l’équipe d’encadrement. On était devenu une famille. C’est cette famille qui nous suit jusqu’à présent. J’ai parlé du ministre Aly Ngouille Ndiaye, un ancien du lycée, qui est le parrain de la cérémonie de remise de diplômes le 30 juillet prochain. Il y a cette dynamique qui fait que les anciens de Limamou Laye se retrouvent fréquemment. Tout est parti de ce lycée qui a fait la fierté de toute la banlieue. C’est cela que nous gardons de Limamou Laye. A chaque fois que je passe là-bas, je fais un tour pour voir les labos, les ateliers. Nous tenons à ce que cette flamme continue pour en faire un lycée d’excellence qui fait notre fierté. J’ai fréquenté le lycée de 1980 à 1983. C’était une belle période et nous avons eu de bons résultats à cette époque. C’est ce qui continue toujours avec le Concours général.

Que pensez-vous de la polémique entre le lycée et la Maison d’éducation Mariama Bâ ? 
Cette polémique entre Limamou Laye et la Maison d’éducation Mariama Bâ de Gorée qui n’est pas importante, parce que ce sont tous des établissements publics. Et c’est tout à l’honneur de Limamou Laye de terminer deuxième. Un lycée public, dans la banlieue, où l’accès est libre, sans sélection à l’entrée et, chaque année, être dans les trois premiers du Concours général, c’est un exploit ! Il faut l’accompagner. C’est cela la décision du président de la République.

Propos recueillis par Oumar NDIAYE

 

Auteur: lesoleil

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