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Jeux olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026 : faire du sport un secteur générateur d’emplois

À moins de cent jours de la cérémonie d’ouverture, Dakar 2026 entre désormais dans sa phase finale. Du 31 octobre au 13 novembre, environ 2 700 jeunes athlètes participeront au premier événement olympique organisé sur le continent africain. Mais, pour le Sénégal, l’intérêt de cette séquence dépasse largement les deux semaines de compétition. Les Jeux concentrent au même moment des investissements, des formations, des commandes publiques et privées, des besoins logistiques et une attention internationale rarement réunis autour du sport sénégalais.

Lors du sommet Africa Forward, co-organisé par la France et le Kenya, le président Bassirou Diomaye Faye avait participé, aux côtés de ses homologues kényan, français et botswanais, à un panel consacré au sport et au développement. Après avoir rappelé sous les applaudissements que le Sénégal était champion d’Afrique, il avait surtout défendu une idée moins symbolique : le sport doit être considéré comme un secteur économique nécessitant des investissements capables de créer durablement de la croissance, des emplois et de la cohésion sociale.

De Nairobi à Dakar, une doctrine économique du sport

Dakar 2026 donne aujourd’hui une traduction concrète à ce discours. Le Sénégal ne part plus seulement de la popularité du football, des performances de ses champions ou de la ferveur du public. Il commence à identifier les métiers, les infrastructures, les entreprises et les compétences qui composent une économie du sport.

Une étude réalisée avec le ministère chargé de la Formation professionnelle et l’Union européenne a ainsi recensé 210 métiers liés au sport et à l’organisation des Jeux. La liste va bien au-delà des athlètes et des entraîneurs : événementiel, santé, sécurité, communication, restauration, entretien, transport, audiovisuel, technologies numériques ou gestion des équipements. L’initiative FIT Sénégal, soutenue par plusieurs partenaires européens dont la France, doit permettre de rapprocher ces besoins des dispositifs de formation et d’insertion.

La Learning Academy poursuit une logique comparable en visant la formation et le recrutement de plus de 400 jeunes professionnels sénégalais et africains dans les métiers de l’organisation des Jeux.

L’intérêt de ces programmes dépendra toutefois de leur prolongement. Une expérience acquise pendant Dakar 2026 doit pouvoir être reconnue et réutilisée après novembre. Les jeunes formés devront être en mesure de travailler pour des fédérations, des collectivités, des médias, des hôtels, des entreprises événementielles ou de futurs organisateurs de compétitions. Autrement, une partie du savoir-faire accumulé risque de se disperser avec la dissolution progressive des équipes olympiques.

Des équipements qui doivent entrer dans la vie quotidienne

La même logique s’applique aux infrastructures. Un financement de 60 millions d’euros accordé par l’Agence française de développement a notamment contribué à la réhabilitation du stade Iba-Mar-Diop, de la piscine olympique de Dakar et à la construction d’une dizaine d’équipements sportifs de proximité à Dakar, Diamniadio et Saly.

La question mérite d’être posée dès maintenant : qui exploitera ces infrastructures après les Jeux, avec quelles ressources et selon quelles obligations de service ? Un stade rénové peut devenir une charge budgétaire lorsqu’il reste fermé ou sous-utilisé. Il devient un actif économique lorsqu’il accueille des compétitions, des formations, des activités scolaires, des événements culturels et une pratique sportive régulière.

Il faudra donc pouvoir suivre quelques indicateurs très concrets après 2026 : la fréquentation des sites, leur coût de fonctionnement, le nombre de compétitions accueillies, les revenus générés, les créneaux accessibles au public et la part des activités réservée au sport de proximité.

Une coopération utile lorsqu’elle laisse des capacités au Sénégal

La coopération avec la France trouve ici une expression relativement concrète. Outre le financement des infrastructures, l’Alliance Dioko, nouée entre Paris 2024 et Dakar 2026 sous l’égide du CIO, a permis le déploiement de volontaires, la formation de cadres et d’athlètes ainsi que le partage de méthodes d’organisation.

Cette coopération sera utile si elle ne se limite pas à importer temporairement une expertise. Sa valeur réside dans la capacité des équipes sénégalaises à s’approprier les méthodes, à les adapter aux réalités locales et à les transmettre à leur tour. Un partenariat réussi ne crée pas une dépendance supplémentaire : il permet au bénéficiaire d’organiser demain un événement avec davantage d’autonomie.

Les prestataires mobilisés dans la restauration, le transport, la communication, la sécurité, le tourisme ou la production audiovisuelle pourront notamment utiliser leur participation aux Jeux comme une référence pour conquérir d’autres marchés. Encore faut-il que leur contribution soit documentée et que les compétences acquises ne disparaissent pas une fois l’événement terminé.

Pour Sokhna Dia, l’héritage de Dakar 2026 n’est pas une formule inscrite dans un dossier institutionnel. À 25 ans, après avoir accepté un emploi d’agente d’entretien dans les bureaux du comité d’organisation, la jeune Sénégalaise a intégré la Learning Academy des Jeux et rejoint l’équipe chargée de préparer l’événement olympique. Son parcours, mis en lumière par le Comité international olympique, raconte à petite échelle ce que ces Jeux peuvent produire : une compétence acquise, une responsabilité nouvelle et une trajectoire professionnelle qui s’ouvre.

Dakar 2026 offrira au Sénégal une exposition historique. Son apport le plus profond pourrait être plus discret : contribuer à faire du sport un secteur organisé, avec ses professionnels, ses entreprises et ses perspectives d’emploi.

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