M. S. Diallo, pisciculteur, a été jugé devant la chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Mbour. Il est poursuivi pour trafic international de drogue et importation sans déclaration. Le parquet a requis dix ans de réclusion criminelle ainsi qu’une amende de quatre millions de francs CFA.
Lors d’un contrôle effectué le 5 novembre 2024 par des agents des douanes de l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD), un colis en provenance du Canada a été suspecté. Le paquet contenait un produit présenté sous forme végétale. Il était indiqué que c’étaient des appareils Bluetooth. Mais cela a attiré l’attention des services de contrôle. Les analyses ont confirmé qu’il s’agissait de cannabis.
À la barre, l’accusé a reconnu avoir effectué une commande sur le dark web. Selon ses déclarations, il souhaitait acquérir 100 grammes de cannabis destinés à sa consommation personnelle. Il affirme cependant avoir commis une erreur lors du paiement en crypto-monnaie, ce qui aurait conduit à la livraison de près de deux kilogrammes de cannabis.
« Depuis l’âge de 16 ans, je consomme du cannabis », a-t-il déclaré à la présidente de la chambre. Né au Sénégal mais parti vivre au Canada à l’âge de deux ans, il explique souffrir d’une dépendance ancienne qu’il a tenté de combattre à plusieurs reprises.
« C’est un vice. J’ai consulté beaucoup de marabouts pour arrêter », a-t-il confié, promettant de ne plus jamais retomber dans cette pratique.
L’accusé a également évoqué les lourdes conséquences de cette affaire sur sa vie personnelle et familiale. Endetté et privé de revenus, il affirme que ses amis contribuent aujourd’hui à la prise en charge de ses épouses et de sa famille.
Dans son réquisitoire, le procureur Camara a estimé que les faits caractérisent clairement un trafic international de drogue. Il a souligné que l’accusé avait volontairement utilisé le dark web, « un espace notoirement illicite », et procédé au paiement via cryptomonnaie, ce qui démontrerait selon lui sa parfaite connaissance de l’origine frauduleuse du produit.
Le représentant du ministère public a toutefois demandé une requalification du chef de contrebande en importation sans déclaration. Considérant les éléments du dossier suffisamment établis, il a requis dix ans de réclusion criminelle assortis d’une amende totale de quatre millions de francs CFA, dont trois millions pour le trafic de drogue et un million pour l’importation sans déclaration.
Pour la défense, les avocats ont plaidé l’absence d’intention criminelle. Me Oumar Sène a insisté sur la constance des déclarations de son client concernant la quantité réellement commandée. Selon lui, son client n’a jamais varié dans ses déclarations et a toujours reconnu avoir passé une commande portant sur seulement 100 grammes de cannabis.
L’avocat a également soutenu que son client ne pouvait connaître ni l’itinéraire exact du colis ni son point d’entrée sur le territoire sénégalais. « Rien dans le dossier ne prouve qu’il savait d’où provenait la drogue », a-t-il plaidé, sollicitant son acquittement pour les faits de contrebande.
Dans la même veine, Me Moïse Ndior a demandé l’acquittement de son client des chefs de trafic international de drogue et de contrebande. Il a mis en avant les déclarations « circonstanciées et cohérentes » de l’accusé ainsi que les conséquences dramatiques de cette procédure sur sa famille.
« C’est toute une famille qui vole en éclats. Donnez-lui une seconde chance », a plaidé l’avocat, estimant que son client serait davantage utile à la société en poursuivant son activité de pisciculture et en assumant ses responsabilités familiales.
La Chambre criminelle a mis l’affaire en délibéré au 17 juillet 2026 prochain.



