Après s’être longtemps emmuré dans le silence pour ne pas nuire à ses camarades détenus au Maroc, El Hadji Ndongo Hann, membre du « 12e Gaïndé », a choisi de briser le silence. Se confiant à L’Observateur, il lève enfin le voile sur les violences survenues lors de la finale, décrivant un basculement brutal, là où « rien ne laissait présager qu’il y aurait les événements qu’on a connus ».
L’étincelle : des scènes troublantes derrière les buts de Mendy
Le climat aurait dégénéré dès le début de la rencontre, en raison d’actes jugés suspects impliquant des ramasseurs de balles marocains derrière les buts d’Édouard Mendy. Le supporter raconte : « Un jeune marocain est entré carrément dans les buts pour y subtiliser quelque chose qu’il a masqué avec un ballon. »
La tension monte d’un cran lorsque les ramasseurs de balles tentent de s’emparer des serviettes du gardien sénégalais. En voulant s’y opposer, le portier remplaçant, Yehvann Diouf, est violemment pris à partie. « Les voir traîner au sol le second gardien de but sénégalais nous a fendu le cœur », gémit-il.
L’escalade : la violence des stadiers
Face à ces incidents, la réaction des supporters sénégalais se heurte, selon lui, à une répression brutale. El Hadji Ndongo Hann décrit une scène de chaos où un stadier s’en prend à un autre supporter : « Il lui a porté un violent coup de poing à la figure avant de tenter de l’assommer en lui jetant une chaise. »
Loin de calmer le jeu, les forces de l’ordre marocaines ont alors prêté main-forte aux stadiers. Les supporters ayant tenté d’intervenir ont été « traînés par terre et copieusement battus », alors même qu’ils appelaient au calme en criant : « Arrêtez ça, nous sommes des frères. »
Le but d’Ismaïla Sarr : le point de non-retour
C’est au moment du but d’Ismaïla Sarr (finalement annulé) que la situation est devenue incontrôlable. Selon le récit recueilli par L’Observateur, les forces de l’ordre ont profité de la confusion pour entamer « une sorte de purge dans les rangs des supporters sénégalais ».
Des centaines de policiers « tous encagoulés » ont alors chargé la tribune. El Hadji Ndongo lui-même n’a pas été épargné : « J’ai reçu un coup de pied au flanc. Lorsqu’ils m’ont traîné pour tenter de m’immobiliser, j’ai réussi à me remettre sur pied par instinct de survie ». À cet instant précis, la tribune était devenue un champ de bataille : « Nous étions plus occupés à nous opposer aux forces de l’ordre qu’à regarder le terrain ».
Une victoire au goût de cendre
Malgré le dénouement sportif favorable grâce au but de Pape Gueye, l’interlocuteur du quotidien du Groupe futurs médias rapporte que le retour au pays s’est fait dans la retenue. Par respect pour les 18 compatriotes détenus au Maroc, les supporters ont pris une décision radicale à leur arrivée à l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD) de Diass : « Ne pas participer aux festivités en l’honneur des Lions par solidarité. »

