Pratique bien ancrée dans la tradition mouride, le « madial » consiste à collecter des contributions destinées au « adiya » ou au financement des dépenses liées à une cérémonie religieuse. À l’approche du 18 Safar, cette pratique prend de l’ampleur dans plusieurs localités.
Mais à Thiès, des individus peu scrupuleux profitent de cette ferveur religieuse pour soutirer de l’argent aux fidèles et remplir leurs propres poches.
Vêtu d’une tenue de « Baye Fall », une calebasse à la main, un homme arpente les rues du quartier Carrière de Thiès. Au son des zikrs, il interpelle automobilistes et passants en répétant : « Barkéloulen ci Safar Serigne Touba bi » (Participez au Safar de Serigne Touba.).
Touchées par cet appel, de nombreuses personnes glissent des pièces ou des billets dans son récipient, convaincues de contribuer au financement du Safar organisé dans le quartier.
Pendant ce temps, les véritables organisateurs s’activent à préparer le café Touba et les repas destinés aux fidèles. Du matin au soir, sous une chaleur accablante, l’homme poursuit sa collecte, sans éveiller les soupçons.
C’est au moment qu’il disparait avec l’argent que les organisateurs comprennent qu’il n’agit pas pour leur compte. « Lorsque nous l’avons vu faire le ‘madial’ aux alentours du site de notre Safar, nous pensions qu’il faisait partie de notre groupe. Nous étions convaincus qu’il collectait les contributions pour notre cérémonie. C’est lorsqu’il est parti avec l’argent que nous avons compris qu’il agissait pour son propre intérêt », raconte Ibrahima.
Pour lui, ce comportement est regrettable. « Cet homme fait partie des gens qui ternissent l’image des Baye Fall. Un véritable mouride ne se comporte pas ainsi », déplore-t-il.
Des intrus qui profitent de la générosité des fidèles
À quelques jours du Grand Magal de Touba, les cérémonies de Safar se multiplient dans les quartiers. Thiants, récitals de xassidas, distribution de café Touba et de repas rythment le quotidien des disciples mourides.
Pour financer ces activités, certains groupes cotisent entre eux, tandis que d’autres recourent au « madial », une collecte destinée à couvrir les dépenses de la journée.
Mais selon plusieurs témoignages, cette pratique est aujourd’hui détournée par des individus sans scrupules qui se font passer pour des disciples afin de récupérer les contributions.
Au quartier Dixième, les disciples célèbrent le Safar chaque soir depuis le début du mois de Safar. Certains sillonnent les alentours pour solliciter des contributions pendant que d’autres préparent le café Touba.
Dans son grand boubou multicolore, Mor participe activement à cette collecte. « Le premier jour, nous avons financé le Safar grâce à nos propres cotisations. Ensuite, nous avons eu recours au ‘madial’ pour pouvoir organiser les cérémonies chaque jour. Tout l’argent recueilli est destiné exclusivement au Safar », explique-t-il.
Mais là aussi, des personnes malintentionnées ont tenté de profiter de leur organisation. « Un inconnu est venu nous rejoindre. Ce qui l’intéressait surtout, c’était le ‘madial’. Après plusieurs heures de collecte, il a discrètement disparu avec tout l’argent. Depuis ce jour, nous faisons très attention aux personnes que nous ne connaissons pas », confie-t-il.
Une vigilance accrue chez les populations
À Thiès, cette pratique est désormais bien connue de nombreux habitants, qui préfèrent faire preuve de prudence. Assis devant son domicile, Abib voit arriver un homme arborant une tenue « Baye Fall ». Après quelques zikrs, celui-ci lui tend son bonnet pour solliciter un « adiya ». Peu convaincu de ses intentions, il choisit de ne pas donner suite.
« Cet homme ne m’inspire pas confiance. Beaucoup de ceux qui pratiquent seuls le « madial » cherchent simplement à remplir leurs poches. C’est pourquoi je ne leur donne jamais mon argent », affirme Abib.
Pour de nombreux disciples mourides, le « madial » reste avant tout un acte de solidarité et de partage destiné à soutenir les cérémonies religieuses. Ils regrettent cependant que certains individus détournent cette tradition pour leur propre intérêt, au risque de ternir une pratique fondée sur la foi et la générosité.


