Une affaire de vol systématique et organisé, qui s’est déroulée durant plusieurs mois sur un chantier de construction situé à proximité du rond-point de la gare de Dakar, vient de connaître un dénouement judiciaire avec l’interpellation de cinq individus. Deux vigiles, un troisième gardien, un receleur et un ferrailleur ont été mis en cause dans le vol de 32 unités extérieures de climatisation, pour un préjudice total estimé à plus de 70 000 000 F CFA.
C’est par la lettre plainte n°3595/SU, en date du 2 septembre 2026, que la Sûreté urbaine du commissariat central de Dakar a été saisie de ces faits de vol. Selon les déclarations recueillies auprès de P. Leprince, responsable de la sécurité du chantier, c’est le magasinier du site qui avait donné l’alerte après avoir constaté la disparition de plusieurs unités extérieures de climatisation.
Un inventaire a ensuite été réalisé, confirmant la disparition frauduleuse de ces équipements, dont la valeur unitaire dépasse les 2 000 000 F CFA.
Le mode opératoire révélé par la vidéosurveillance
L’exploitation des images des caméras de surveillance installées sur le chantier a permis aux enquêteurs d’identifier le vigile P. M. Ndiaye en train de recouvrir les caméras avec des vêtements, empêchant ainsi tout enregistrement au moment des faits.
Un transport sur les lieux a alors été effectué par les enquêteurs. L’exploitation approfondie des vidéosurveillances d’une société mitoyenne a permis de reconstituer le modus operandi présumé des auteurs.
Un individu présenté comme un receleur pénétrait dans le chantier avec un pousse-pousse utilisé pour transporter les unités extérieures dérobées. Une fois l’opération achevée, les vêtements servant à masquer les caméras étaient retirés selon des sources de Seneweb.
C’est dans ces circonstances que les deux vigiles ont été interpellés au moment de leur prise de service pour la garde de nuit. Il s’agit de P. M. Ndiaye (26 ans), domicilié à ZAC Mbao et A. Camara (32 ans) domicilié à Grand-Yoff.
Entendu, P. M. Ndiaye a reconnu les faits. Il a détaillé les stratégies mises en place avec un autre gardien, H. Aïdara, pour commettre les vols, précisant que ces derniers auraient débuté depuis plusieurs mois. Selon ses déclarations, le receleur présumé était contacté par téléphone afin qu’il se présente, tard dans la nuit, sur le chantier pour récupérer les unités dérobées à des prix compris entre 20 000 F CFA et 25 000 F CFA l’unité. Un montant sans commune mesure avec la valeur réelle de plus de 2 000 000 F CFA par appareil.
De son côté, A. Camara a nié toute implication dans ces vols. Les enquêteurs relèvent toutefois que les circonstances de l’enquête laissent supposer qu’il pourrait détenir des informations utiles sur les agissements de ses collègues, compte tenu de la répétition des vols commis sur le chantier.
Les deux suspects ont été placés en garde à vue après notification de leurs droits, notamment celui de se faire assister par un avocat. A. Camara, ressortissant guinéen, a été libéré par la police.
Dans la poursuite des investigations, un troisième vigile, H. Aidara (21 ans), domicilié à Lansar, a été aussi interpellé. Il a reconnu son implication totale dans le vol des unités extérieures, affirmant avoir toujours reçu sa part du butin.
La poursuite des recherches a permis d’interpeller le receleur présumé A. K. Mbaye (46 ans), sans domicile fixe. Interrogé, il a avoué s’être rendu sur les lieux avec son pousse-pousse avec lequel il a transporté quatre unités extérieures volées dans la nuit du 2 septembre 2026, avant de dénoncer la personne à qui il avait revendu la marchandise.
Sur ses indications, un transport effectué à Bel Air a permis d’interpeller le ferrailleur B. Bakayako, né au Mali (24 ans) et étudiant domicilié au lac Rose . Sur place, il a été constaté que celui-ci avait déjà découpé les unités en morceaux et récupéré le cuivre conditionné dans quatre sacs. Il a déclaré avoir acheté ces quatre unités extérieures pour la somme de 150 000 F CFA auprès d’A.K. Mbaye.
Les quatre sacs contenant le cuivre récupéré ont été saisis et consignés en vue d’être placés sous scellés.
Après notification de leur droit à l’assistance d’un avocat, les mis en cause ont été placés en garde à vue pour association de malfaiteurs, vols multiples commis en réunion la nuit avec usage d’un moyen roulant, et complicité et recel de ces faits.
À ce stade de l’enquête, cinq personnes, dont quatre Sénégalais et un Malien, ont été interpellées. Les recherches se poursuivent en vue d’identifier et d’interpeller d’éventuels autres suspects impliqués dans ces faits.
Au total, ce sont 32 unités extérieures de climatisation qui ont disparu du chantier, pour un préjudice global estimé à plus de 70 000 000 F CFA, soit plus de 2 000 000 F CFA par unité. Des équipements revendus par les présumés voleurs à vils prix : entre 20 000 F CFA et 25 000 F CFA l’unité au stade du recel.
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