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Djirèye Clotilde Coly, Ministre de la Jeunesse et des Sports : « La France a une belle équipe, mais les Lions ont démontré qu’ils peuvent répondre présents lors des grands rendez-vous »

De ses souvenirs encore vifs de l’exploit des Lions en 2002 à son engagement pour la réussite des JOJ Dakar 2026, la ministre de la Jeunesse et des Sports livre un entretien entre passion, fierté nationale et ambition pour le développement du sport sénégalais.

Madame la ministre, le Sénégal entre en lice ce mardi 16 juin 2026 en Coupe du monde face à la France, un rendez-vous historique et très attendu. Quel dispositif concret l’État a-t-il mis en place pour permettre aux Lions de préparer cette compétition dans les meilleures conditions, tant sur les plans sportif, médical que logistique ?

Effectivement, nous nous préparons tous à ce rendez-vous historique avec beaucoup d’enthousiasme et de responsabilité. Comme vous le savez, l’État délègue à la Fédération sénégalaise de football une mission de service public consistant à administrer, promouvoir, réglementer et développer la pratique du football sur l’ensemble du territoire national. Dans ce cadre, la Fédération, en collaboration avec l’encadrement technique, définit les modalités de préparation et de participation de l’équipe nationale à travers une feuille de route et un programme opérationnel précis. L’État apporte un accompagnement financier important, notamment pour les regroupements à Dakar, les frais d’entraînement, le transport aérien, les primes et l’ensemble des besoins liés à la préparation.

À travers le ministère, nous veillons également au suivi de tous les aspects permettant d’assurer aux Lions les meilleures conditions de performance : la logistique, l’hébergement, le suivi médical, la qualité des installations et le programme d’entraînement. Nous restons par ailleurs en étroite liaison avec le sélectionneur et l’encadrement de l’équipe nationale afin de garantir une parfaite coordination et un alignement sur les objectifs fixés. J’ai d’ailleurs effectué une visite sur le site d’hébergement des Lions le 14 juin afin de m’enquérir personnellement de leurs conditions de séjour, de leur état d’esprit et du moral du groupe.

Aujourd’hui, nous avons confiance : toutes les dispositions nécessaires ont été prises pour permettre à notre équipe nationale d’aborder cette Coupe du monde dans les meilleures conditions.

Djirèye C. Coly, Ministre de la Jeunesse et des Sports

Comment voyez-vous ce match Sénégal-France ?

La France possède une très belle équipe, avec des attaquants de grande qualité. Mais les Lions ont déjà démontré qu’ils savent répondre présents lors des grands rendez-vous. Ils doivent aborder cette rencontre avec confiance, sans complexe, en restant fidèles à nos valeurs de fit, jom, foula ak fayda. Dieu fera le reste.

Que représente pour vous personnellement la Coupe du monde de football ? En tant que ministre des Sports, mais aussi en tant que Sénégalaise, quel regard portez-vous sur cette compétition qui rassemble tout un peuple ?

Dans un environnement marqué par des crises politiques et économiques qui cristallisent les attentions et favorisent parfois le repli sur soi, la Coupe du monde représente, pour moi, une formidable opportunité de rassembler les peuples, sans distinction de race, de culture ou de puissance, autour du sport, et plus particulièrement du football. C’est ce moment unique où les énergies convergent vers une passion commune : pour certains, le sentiment d’appartenance à une nation ; pour d’autres, notamment les binationaux, le partage entre deux patries ; ou tout simplement l’admiration devant la performance et le dépassement de soi dont les grands athlètes sont capables.

La Coupe du monde constitue également une vitrine exceptionnelle pour les nations. Elle est un puissant levier de soft power, capable de mettre en lumière des pays qui, malgré des moyens économiques ou militaires limités, peuvent rayonner grâce au sport. Elle est aussi un outil diplomatique important, car elle rapproche non seulement les peuples, mais aussi les États et leurs dirigeants. L’organisation conjointe par le Canada, les États-Unis et le Mexique en est une illustration : au-delà des divergences qui peuvent exister, cet événement favorise une dynamique de rapprochement culturel entre ces pays.

En marge du mondial, j’ai d’ailleurs participé au Forum « Senegal Rek » qui est une excellente initiative pour développer les opportunités d’affaires autour du sport, de la jeunesse, de la culture et globalement attirer des investisseurs.  Je félicite les organisateurs. J’y ai défendu ma vision des domaines de mon département mais plus généralement l’opportunité que représente le Sénégal en raison de sa situation géographique, sa stabilité politique et sa jeunesse qui ne doit pas être vue seulement comme un problème à régler mais comme un levier de développement.

Le Sénégal garde un souvenir impérissable de l’épopée des Lions lors de la Coupe du monde 2002. Quels souvenirs gardez-vous de cette aventure qui a marqué toute une génération de Sénégalais ?

J’ai l’impression que c’était hier tant cette victoire est restée gravée dans ma mémoire et dans mon cœur, comme pour beaucoup de Sénégalais. Comme pour tous les grands moments qui marquent une vie, je me souviens encore de ce que je faisais ce jour-là : j’étais au travail, mais j’arborais fièrement les couleurs de mon pays. Le temps a passé, les équipes ont changé, mais cet exploit nous rappelle que tout est possible lorsque l’on travaille, que l’on se donne les moyens de ses ambitions et, bien sûr, avec la grâce de Dieu. Je revois avec beaucoup de fierté cette génération de 2002 : Pape Thiaw, Aliou Cissé, Khalilou Fadiga, El Hadji Diouf et tant d’autres. Je suis heureuse de les voir aujourd’hui accompagner leurs jeunes frères et je leur dis : « Am ngeen sunu ngërëm ».

Vous êtes une passionnée de sport. Quels sont les grands événements sportifs, au Sénégal ou à l’international, qui vous ont le plus marquée au cours de votre vie ?

Sans avoir été athlète de haut niveau, j’ai pratiqué le basketball, que j’ai malheureusement dû arrêter parce qu’il fallait choisir entre le sport et les études, un dilemme auquel beaucoup de jeunes Africains sont encore confrontés. Le premier grand événement sportif que je garde en mémoire, même si j’étais très jeune, est la CAN Sénégal 1992. Cette compétition, organisée pour la première fois dans notre pays, a démontré notre capacité à accueillir de grands rendez-vous sportifs internationaux.

Par la suite, plusieurs événements ont contribué à faire rayonner d’autres disciplines au-delà du football : le Championnat d’Afrique féminin de handball en 2022, les tournois de qualification olympique de taekwondo et de boxe organisés à Dakar, ou encore le Sport Impact Summit en 2023, premier grand sommet africain consacré au lien entre sport et développement. Au-delà de ces événements, je suis avec beaucoup d’intérêt l’Afrobasket féminin et je suis également une grande passionnée de tennis, même si je ne l’ai jamais pratiqué.

La présence des supporters est un élément essentiel dans une Coupe du monde. Pouvez-vous faire le point sur les mesures prises pour accompagner les supporters des Lions ?

Effectivement, le volet relatif au déplacement et à la mobilisation des supporters restera certainement l’un des grands défis de cette Coupe du monde. La première contrainte a concerné l’obtention des visas pour les pays organisateurs, notamment les États-Unis. Malgré les efforts déployés par le ministère pour accompagner les demandes, notre 12ᵉ Gaïndé en a malheureusement subi les conséquences et nous n’avons pas pu assurer la mobilisation espérée depuis le Sénégal. Cependant, les Sénégalais étant fortement représentés dans les pays organisateurs, le ministère a privilégié une solution alternative, en collaboration avec nos représentations diplomatiques : mobiliser notre diaspora. Cette mobilisation est déjà à l’œuvre et je tiens à saluer l’engagement ainsi que l’enthousiasme de nos compatriotes de l’étranger.

Au-delà de l’organisation des fan zones, l’État a appuyé cette mobilisation par la mise à disposition de 400 billets par match. Le ministère a estimé qu’il était plus pertinent de laisser les représentations diplomatiques échanger avec les associations de supporters afin de définir les modalités de répartition les plus adaptées. Nous avons néanmoins validé le mécanisme retenu, qui nous a semblé cohérent.

Avec la Fédération, nous avons également veillé à ce que les supporters présents au stade puissent être regroupés dans une même tribune afin de renforcer leur ferveur et permettre aux Lions de mieux ressentir leur soutien.

Djirèye C. Coly, Ministre de la Jeunesse et des Sports

Après cette Coupe du monde, le Sénégal aura un autre rendez-vous majeur avec les Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026. Où en sont les préparatifs ?

J’ai récemment reçu une délégation du COJOJ et je peux dire que nous sommes sur la bonne trajectoire. La préparation est sous contrôle. Nous avons passé en revue l’ensemble des volets : infrastructures, logistique, sécurité, médical, mobilisation et tests opérationnels. Je viens de prendre les rênes de ce ministère et cet événement constitue l’une de mes plus grandes priorités. C’est un rendez-vous historique pour le Sénégal, pour l’Afrique et surtout pour notre jeunesse. Nous n’avons pas d’autre choix que de le réussir. Pour rappel, les Jeux olympiques de la jeunesse se tiendront pendant 13 jours à partir du 31 octobre 2026. J’irai personnellement constater l’état d’avancement des infrastructures.

Les principaux défis, à mon sens, sont les suivants : l’adhésion et la mobilisation de la population ; l’anticipation des difficultés éventuelles, même si j’ai une totale confiance dans les équipes engagées ; l’inclusion, car cet événement doit être celui de tous les Sénégalais, de Dakar à Matam, de Saint-Louis à Ziguinchor, et l’expérience mémorable que nous devons offrir à tous les participants et visiteurs, d’où qu’ils viennent.

Quelle est votre vision pour le sport sénégalais des prochaines années ?

J’aime rappeler qu’il s’agit du ministère de la Jeunesse et des Sports. Comme je l’ai indiqué lors de ma passation de service, ma feuille de route est claire et nos priorités sont déjà définies. Pour la jeunesse : l’autonomisation des jeunes, afin de leur offrir de véritables perspectives d’avenir ; le renforcement du civisme et des valeurs citoyennes.

Concernant le sport : les infrastructures de proximité, afin de rendre la pratique sportive accessible à tous et partout ; une gestion rigoureuse et durable des infrastructures de compétition. Les JOJ représentent une formidable opportunité de doter notre pays d’équipements de haut niveau qui constitueront un héritage à préserver et à valoriser ; le sport d’élite et la reconversion des athlètes, afin d’accompagner nos champions vers l’excellence et de préparer leur avenir après leur carrière ; le sport-santé, avec la promotion de l’activité physique comme véritable enjeu de santé publique.

Je compte beaucoup sur l’adhésion des Sénégalais, mais également sur le partenariat public-privé, pour réussir cette ambition au service de notre jeunesse et du rayonnement du sport sénégalais.

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