Accueil Societé Dette, FMI, liquidités : trois risques majeurs après le rejet du PLFR

Dette, FMI, liquidités : trois risques majeurs après le rejet du PLFR

L’Assemblée nationale a donc rejeté le projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026. Une décision qui intervient à un moment particulièrement délicat pour les finances publiques, alors que le gouvernement semblait entrevoir une issue avec la conclusion d’un accord au niveau des services du Fonds monétaire international (FMI).

Pourtant, jeudi dernier, l’institution de Bretton Woods, par la voix de sa porte-parole, avait déjà fait passer un message clair. Elle suivait de près les discussions qui se déroulaient à la place Soweto.

« Nous suivons de près les discussions »

« Nous suivons de près les discussions à l’Assemblée nationale sur la loi de finances rectificative de 2026 et le projet de loi de finances pour 2027 », avait déclaré jeudi Julie Kozack, directrice du département de la communication du FMI.

Lors de son point de presse, elle avait souligné qu’« un budget conforme aux paramètres convenus dans le cadre de l’accord au niveau des services et aligné sur les objectifs de cet accord, qui sont, bien entendu, ceux du Sénégal, est essentiel ».

Ce qu’attendait le FMI du PLFR

Parmi ces objectifs figurent le rétablissement de la viabilité budgétaire, la protection des ménages vulnérables et la préservation des dépenses publiques prioritaires. « Un budget qui préserve ces objectifs sera essentiel pour permettre au Sénégal de poursuivre son programme avec le FMI », avait insisté Julie Kozack.

Le rejet du PLFR 2026 risque donc de compliquer davantage le processus devant conduire à la validation définitive du programme conclu au niveau des services.

Le programme du FMI sous pression

Moody’s avait d’ailleurs déjà tiré la sonnette d’alarme le 29 octobre dernier. En dégradant la note souveraine du Sénégal, l’agence de notation avait notamment averti que l’absence d’approbation parlementaire des principales mesures du programme du FMI pourrait retarder son approbation définitive ainsi que les décaissements. Une situation susceptible d’accentuer les tensions sur le financement de l’État.

« Le soutien parlementaire limité aux politiques gouvernementales, notamment la restructuration de la dette, risque de compliquer sa capacité à satisfaire aux principales conditions préalables du programme du FMI, telles que l’adoption de la loi de finances. Ceci accroît le risque de retards dans la conclusion d’un accord formel avec le FMI et dans le versement des décaissements ultérieurs », alertait l’agence.

Des risques de tensions de liquidité

Le programme avec le FMI n’est pas le seul enjeu. Le 29 octobre dernier, Moody’s prévenait également que de tels retards pourraient accentuer les tensions de liquidité à court et à moyen terme pour le gouvernement sénégalais. Celui-ci doit déjà mobiliser des ressources sur le marché financier régional à des taux élevés.

Finalement, le PLFR a été combattu par la majorité parlementaire Pastef, qui a pesé de tout son poids pour en obtenir le rejet. L’obtention du programme de 2,2 milliards de dollars conclu avec le FMI est-elle désormais compromise ?

« Un signal d’incapacité de l’État à tenir ses engagements »

Économiste financier, analyste quantitatif et doctorant en économie publique, Seydou Sow s’est voulu clair sur le signal que ce rejet envoie aux partenaires, aux créanciers et aux bailleurs de fonds. Pour lui, il s’agit d’« un signal d’incapacité de l’État à tenir ses propres engagements budgétaires ». Et ce, au pire moment possible.

Il a tenu à rappeler que l’accord technique conclu le 1er septembre avec le FMI n’est pas un chèque en blanc. Celui-ci est « conditionné à des mesures correctives préalables et à l’obtention d’assurances de financement auprès des partenaires », souligne-t-il.

Les créanciers et le traitement de la dette

Ce rejet pourrait également avoir des répercussions sur l’opération de traitement de la dette engagée par le Sénégal. L’économiste explique que, dans une restructuration, les créanciers accordent une grande importance à la trajectoire budgétaire du pays.

« Ils veulent un cadrage budgétaire chiffré, voté et exécutable. La LFR en est la pièce maîtresse pour 2026. La rejeter, c’est leur dire que les chiffres sur lesquels ils doivent s’appuyer n’ont pas de base légale au Sénégal même », explique-t-il.

Avec le rejet du PLFR, le Sénégal se retrouve ainsi dans une situation d’incertitude budgétaire, même si des instruments juridiques offrent au chef de l’État la possibilité de dépasser cette difficulté. Mais le vote de la majorité parlementaire envoie déjà un signal aux différents acteurs impliqués dans le dossier sénégalais.

seneweb

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