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Dette « cachée » et désaccord avec le FMI : Ousmane Sonko pose ses conditions

L’entretien du leader de Pastef Ousmane Sonko avec Al Jazeera English a également porté sur la situation économique du Sénégal

Questionné sur la dette croissante et la suspension des décaissements du Fonds monétaire international (FMI), le président de l’Assemblée nationale a d’abord rappelé l’héritage laissé par le précédent régime. « Je l’ai toujours affirmé. Le seul véritable défi auquel nous sommes confrontés aujourd’hui est d’ordre économique, notamment en ce qui concerne les finances publiques et le budget. Pourquoi ? Parce que nous avons hérité d’un pays déjà lourdement endetté. À notre arrivée au pouvoir, le ratio dette/PIB avoisinait les 74 %, dépassant déjà le seuil de convergence de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Nous avons ensuite procédé à un audit des finances publiques et découvert l’existence d’une dette cachée », a-t-il affirmé.

« (…), mais une dette cachée dont une part importante des fonds ne peut être justifiée est bel et bien odieuse »

Pour autant, il a tenu à clarifier sa position sur la notion de « dette odieuse ». «Je tiens à être très clair à ce sujet, car une partie de l’opposition a adopté une attitude extrêmement immature, faisant de la désinformation sa principale stratégie politique. Parler de “dette odieuse” n’exclut pas l’existence d’une dette cachée. En fait, pour qu’une dette soit qualifiée d’odieuse, elle doit d’abord être cachée. Toute dette cachée n’est pas nécessairement odieuse, mais une dette cachée dont une part importante des fonds ne peut être justifiée est bel et bien odieuse ». Puis, il continue : « Comme je l’ai expliqué récemment, nous avons identifié des milliards de dette cachée. Par “dette cachée”, nous entendons une dette qui n’a jamais été autorisée par l’Assemblée nationale. Chaque année, l’Assemblée nationale approuve le budget national, autorisant à la fois la perception des impôts et le plafond d’emprunt autorisé pour le Président de la République. Si des emprunts sont contractés en dehors de ce cadre légal et sans l’aval du Parlement, il s’agit alors de dettes occultes. »

Ousmane Sonko a assuré que l’existence de ces dettes ne fait plus débat. « Nous continuerons d’agir de manière responsable et ne chercherons jamais à paralyser le gouvernement, mais une plus grande transparence est désormais indispensable. L’existence de dettes occultes ne fait plus débat. Le FMI l’a confirmé », a-t-il déclaré.

« C’est inacceptable. Le peuple sénégalais mérite mieux »

Invité à s’exprimer sur les négociations avec le FMI, il a fait savoir : « Oui, je considère le FMI comme un partenaire avec lequel nous collaborons. J’ai toujours soutenu qu’il partageait une part de responsabilité, et je crois qu’il l’a reconnu dans une certaine mesure. Il a mené son propre examen interne, identifié les personnes impliquées en son sein et pris les mesures correctives nécessaires. Le Sénégal, en revanche, n’en a pas fait assez. Ce sont, pour l’essentiel, les mêmes personnes qui continuent de gérer ce dossier, ce qui soulève inévitablement des questions de transparence. »

Cependant, il a déploré une approche politique du dossier. Il argue : « Là encore, toutefois, nous avons traîné les pieds. Pourquoi ? Sur ces questions, je rejoins la position du FMI. On ne peut pas dire au peuple sénégalais que certains individus ont manqué à leurs obligations constitutionnelles et plongé le pays dans cette situation, pour ensuite refuser d’identifier les responsables. Malheureusement, ce dossier est traité sous un angle politique, voire motivé par des considérations politiques. Certaines personnes semblent prêtes à tout ignorer, pourvu que les responsables acceptent de rejoindre une coalition politique ou un parti donné. C’est inacceptable. Le peuple sénégalais mérite mieux. »

« Je suis en désaccord avec le FMI lorsqu’il cherche à imposer des politiques nous obligeant à… »

Le leader de Pastef a, de plus, exprimé ses désaccords avec le FMI. « Tant que ce manque de transparence perdurera et qu’aucun effort sérieux ne sera fait pour identifier les responsables et les amener à rendre des comptes, il est déraisonnable de continuer à demander au peuple sénégalais de consentir des sacrifices tout en sollicitant un nouveau programme du FMI. Sur ces points, je suis tout à fait d’accord avec cette institution », précise-t-il.

 En revanche, Sonko signale : « je suis en désaccord avec le FMI lorsqu’il cherche à imposer des politiques nous obligeant à abandonner nos priorités de développement, nos programmes sociaux et notre agenda national, simplement pour consacrer toutes les ressources disponibles au remboursement d’une dette dont une partie est odieuse. Je suis également en désaccord lorsqu’un pays qui a tout mis en œuvre, comme nous l’avons fait durant mon mandat de Premier ministre, ne reçoit pas le soutien qu’il mérite ».

« Nous avons mis en place un plan de relance. Nous avons honoré tous les engagements pris envers nos créanciers. Le FMI a lui-même reconnu que, dans de telles circonstances, c’est précisément le moment où il doit jouer son rôle de prêteur en dernier ressort. Il s’agit donc, en réalité, d’une question de dette et de justice », fait-il remarquer.

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