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Débat institutionnel : Boubacar Boris Diop, Pierre Sané et 141 intellectuels publient un manifeste pour l’adoption de la nouvelle Constitution

Alors que les appels au report ou au retrait de la proposition de loi n° 17/2026 portant révision de la Constitution se multiplient, un collectif de 143 personnalités issues du monde universitaire, culturel, médical et politique a publié un manifeste vigoureux pour exiger l’adoption immédiate du texte. Face aux demandes de renégociation ou de nouveaux cadres d’échanges, les signataires dénoncent ce qu’ils considèrent comme une paralysie politique, affirmant que le débat constitutionnel est l’un des plus nobles dans une démocratie, mais qu’ils refusent que ce débat « devienne une stratégie permanente de l’ajournement ».

Le collectif rappelle que cette réforme n’est pas une « initiative improvisée » mais représente plutôt « l’aboutissement de près de vingt années de réflexion collective » intégrant les Assises nationales de 2009, la Commission nationale de réforme des institutions, les Assises de la Justice de 2024 ainsi que le Dialogue national de 2025. Défendant la pleine légitimité des députés face aux contestations, le texte pose une question directe aux opposants à la réforme qui semblent découvrir qu’il faudrait repousser encore leur examen : « Nous posons une question simple : attendre quoi ? ».

Sur le fond, les promoteurs du manifeste rejettent l’idée d’un texte visant à verrouiller ou concentrer les prérogatives de l’Exécutif. Selon eux, le projet de loi apporte des garanties institutionnelles majeures car « il renforce les pouvoirs de contrôle de l’Assemblée nationale, modernise la justice constitutionnelle par la création d’une Cour constitutionnelle, protège davantage le pluralisme politique en reconnaissant explicitement le rôle de l’opposition ».

La tribune souligne que la véritable force de cette révision réside dans sa dimension sociale et novatrice, affirmant que pour la première fois avec une telle ampleur, la Constitution cesse d’être uniquement un texte organisant les pouvoirs publics pour « devenir également un projet de société ». L’introduction de droits-créances inédits y est présentée comme une avancée historique pour le pays, la réforme introduisant notamment « le droit de savoir lire et écrire, le droit à l’inclusion numérique, le droit à un environnement sain ou encore l’accès universel aux communications électroniques ». Ces nouveaux principes s’avèrent majeurs puisqu’ils « obligent désormais la puissance publique à créer les conditions concrètes permettant à chacun d’exercer effectivement ses libertés ».

Un appel à rejeter l’immobilisme parlementaire

Conscients des débats qui entourent la charte fondamentale, les signataires rappellent qu’aucun document juridique n’est figé, mais qu’il est temps d’acter les transformations après deux décennies de diagnostics et de consultations. Ils invitent les députés à prendre leurs responsabilités devant l’histoire en examinant cette proposition avec la rigueur qu’exige une loi fondamentale, à l’amender lorsqu’ils le jugent utile, mais surtout « à ne pas céder à la tentation de l’immobilisme ». Pour ce collectif, après vingt ans de recommandations, le temps n’est plus aux atermoiements et il est venu le moment de donner au Sénégal des institutions plus équilibrées.

Parmi les 143 citoyens engagés derrière cet appel, on retrouve des figures majeures de la vie intellectuelle, culturelle et académique sénégalaise. L’écrivain Boubacar Boris Diop ouvre cette liste, suivi par le Docteur Seynabou Sougoufara, chercheure à l’University of Warwick, et le cinéaste-réalisateur Moussa Sene Absa. Pierre Sané, ancien secrétaire général d’Amnesty International et ancien sous-secrétaire général de l’UNESCO, figure également parmi les premiers soutiens aux côtés d’Oumar Dia, maître de conférences titulaire à l’UCAD, du médecin Félix Atchadé et de l’historien Docteur Mamadou Diallo.

Le monde du droit est fortement représenté en tête de liste par Abdoul Aziz Diouf, professeur titulaire et agrégé des facultés de droit à l’UCAD, El Hadji Samba Ndiaye, professeur assimilé à la FJSP de l’UCAD, ainsi que Sidy Alpha Ndiaye, professeur titulaire et agrégé des facultés de droit à l’UCAD. Enfin, le groupe des quinze premiers signataires est complété par Daouda Ngom, professeur titulaire à l’UCAD, le professeur Youssouph Mbargane Guissé, philosophe et anthropologue à l’UCAD, le professeur Mouhamed Abdallah Ly, sociolinguiste à l’IFAN, Ousmane Sané, expert-juriste et consultant international, et Abdourahmane Seck, anthropologue et historien à l’UGB.

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