[CHRONIQUE] Pour Assane Diouf et les autres

[CHRONIQUE] Pour Assane Diouf et les autres

Wade avait « son » Jules Diop. Et Macky, « ses » Ouley Mané, Ami Collé, Penda Bâ et last but not least, son « As de cœur », Assane Diouf, le web-man-show que le pouvoir refuse de voir. Pas même en photomontage… Malgré l’apparente gravité des accusations, savoir raison garder, dépassionner le débat. Et surtout, relativiser les faits.

La sentence est déjà tombée. Rapatrié avant le boarding. Jugé avant son procès. Condamné avant lecture du verdict. Lynché dans les médias réputés proches du pouvoir, qui le présentent tantôt comme un vulgaire sympathisant de Daesh, tantôt comme un fugitif de guerre qui mériterait la loi martiale. La coupe est pleine. Assane, le « Mal dominant » qui cloue le pouvoir au pilori du web, a commis un crime de « Lèse-Mackyesté », passible d’une pendaison à un croc de boucher, dans l’entendement des hauts responsables du parti au pouvoir, adeptes de la méthode forte pour bâillonner un adversaire gênant.

Mais que lui reproche-t-on concrètement ? Il est évident que dans ce dossier, le pouvoir a pêché et usé de moyens disproportionnés pour obtenir le rapatriement de l’activiste du web, malgré les démentis ridicules. Pour y arriver, il aura fallu entretenir un amalgame, et activer le levier diplomatique pour des faits qui se sont produits, curieusement, aux États-Unis, donc hors du territoire sénégalais.

Du fait du principe de la territorialité, Assane Diouf ne pourrait être poursuivi pour offense au chef de l’Etat, au Sénégal. C’est donc relater une lapalissade que de dire que les cours et tribunaux sénégalais, dans ce cas précis, sont compétents pour des faits qui sont commis au Sénégal. Pas à mille lieues de nos frontières.

S’il est avéré que le « tragi-comique » d’un genre nouveau a commis des maladresses notoires parfois inexcusables, Assane Diouf n’en est pas moins un citoyen sénégalais, qui use et sans doute abuse de la liberté d’expression. Liberté d’insulter, de calomnier, dira le Palais.

Mais le plus décevant et non moins préoccupant dans cette affaire qui empeste le mensonge d’Etat, demeure les accusations de terrorisme. D’apologie du terrorisme, volontairement entretenue par l’Etat sénégalais et les médias du Palais. L’imam Alioune Ndao dont le dossier est en instruction, jouit de la présomption d’innocence, laquelle présomption est travestie, sous Macky Sall, en présomption de culpabilité. Mensonge d’Etat. Recours à l’entraide entre le Sénégal et l’Oncle Sam : excessif est un euphémisme lorsque les opposants à Macky Sall sont assimilés à des terroristes. Ridicule ! Parce que les cellules de lutte contre le terrorisme, des cellules stratégiques, ne doivent, en aucun cas servir à des fins de règlements de comptes politiques. Ce que le président Macky Sall n’est pas censé ignorer. Y recourir relève de la faiblesse d’un Etat alarmiste qui, sans scrupule et sans retenue, foule au pied le droit à l’information en instrumentalisent les forces de l’ordre qui doivent mériter le respect des citoyens en toutes circonstances. Car rien ne justifie la brutalité perpétrée contre des hommes de médias hier (mercredi) à l’aéroport et ailleurs avant-hier. A ce jour, aucun arrêté ministériel n’interdit de filmer aux abords de l’aéroport de Dakar…

Savoir raison garder et faire montre de lucidité. Les priorités de l’Etat doivent être ailleurs. Pas dans l’abattage du bourreau Assane qui, en dépit de tout ce qui pourrait lui être reproché, est en passe de devenir une victime, un détenu politique, un symbole. Il est l’arbre qui cache la forêt verte et sinueuse des atteintes à la liberté d’expression, à la liberté d’association et surtout au droit à l’information. Mais on peut se demander : que gagne le Président Macky Sall à obtenir le placement en détention d’une personne qui vit déjà dans une prison : sa conscience ?

 

PS : Ce texte a été rédigé avant la libération d’Assane Diouf.

 

Auteur: Par Momar Mbaye

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