Confronté à un gouffre financier de 1 000 milliards de FCFA suite au mis-reporting de 2025 et à la fermeture consécutive des marchés internationaux, l’État du Sénégal a dû arbitrer dans l’urgence. Auditionné par la Commission d’enquête parlementaire, le Directeur général de la Comptabilité publique et du Trésor (DGCPT), Amadou Tidiane Gaye, a défendu le recours aux opérations de Total Return Swap (TRS). Selon lui, ces montages à taux attractif de 7 % ont permis d’éviter un risque de faillite systémique du secteur bancaire local tout en bouclant le budget national.
Pourquoi l’État du Sénégal a-t-il privilégié les opérations de type Total Return Swap (TRS) en 2025 au lieu de s’appuyer sur les émissions habituelles de titres publics sur le marché régional ? Et ces montages complexes devaient-ils obligatoirement faire l’objet d’un avis préalable du Comité national de la dette publique (CNDP) ? Répondant aux députés de la Commission d’enquête parlementaire, le Directeur général de la Comptabilité publique et du Trésor (DGCPT), Amadou Tidiane Gaye, a apporté un éclairage technique et macroéconomique sur les arbitrages financiers de l’exécutif.
Sur l’encadrement institutionnel, le responsable du Trésor a recadré le débat en invitant à raisonner en « catégories de dette » plutôt qu’en instruments financiers isolés. Selon lui, le CNDP valide avant tout la stratégie d’endettement à moyen terme et le plan annuel de financement. Dès lors que le volume global des émissions sur le marché intérieur est approuvé, la structuration technique fine de type TCN ou TRS relève davantage d’une expertise ponctuelle que d’un blocage réglementaire.
Le mis-reporting et l’impasse financière des 1 000 milliards de FCFA
Pour justifier ces choix contestés, Amadou Tidiane Gaye est revenu sur le choc financier subi par le Sénégal en 2025. La révélation du mis-reporting a brutalement gelé les négociations en vue d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI), privant le pays d’un appui budgétaire direct d’au moins 300 milliards de FCFA. Cet effet domino a fermé l’accès aux marchés obligataires internationaux, créant un déficit de financement colossal estimé à 1 000 milliards de FCFA. « Un gap de 1 000 milliards, il fallait le combler au risque d’avoir des difficultés à boucler l’année », a révélé le patron du Trésor devant les commissaires.
Éviter le risque d’étranglement du secteur bancaire local
À la question de savoir pourquoi l’État n’a pas simplement sollicité davantage le marché financier régional de l’UMOA, Amadou Tidiane Gaye a invoqué la protection de l’économie nationale. Les banques locales étant déjà massivement exposées sur la dette souveraine sénégalaise, une sollicitation supplémentaire aurait pu assécher le crédit au secteur privé et déclencher une crise bancaire systémique. « Nous étions sûrs que si on augmentait les montants prévus à mobiliser sur le marché intérieur, on allait mettre en difficulté le système bancaire », a-t-il averti.
Des taux à 7 % contre des exigences internationales à 15 %
Face à des marchés internationaux exigeant des rendements prohibitifs avoisinant les 15 %, le ministère des Finances a opté pour la proposition de bailleurs privés offrant des ressources à un taux effectif moyen de 7 %, moyennant des garanties supplémentaires. « Quel choix alternatif meilleur qu’on aurait eu que cette offre-là ? », s’est interrogé Amadou Tidiane Gaye.
Toutefois, la commission d’enquête entend dépasser l’argument du taux apparent pour analyser l’ensemble des frais de structuration, commissions et garanties immobilisées. L’exploitation prochaine des pièces justificatives bancaires et des écritures comptables permettra d’établir si les procédures de contrôle ont été rigoureusement respectées au regard du contexte financier exceptionnel de 2025.



