« Apprendre à Vivre avec le virus » : Quand les Sénégalais « flirtent » avec corona

En déroulant la longue liste de la série de mesures d’assouplissement de l’état d’urgence à savoir : la levée des restrictions sur les transports interurbains, l’ouverture des salles de sports, des casinos et des restaurants, le ministre de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye était, sans le savoir, en train de confiner physiquement et mentalement, les Sénégalais. Appréciée des uns et critiquée des autres, la gestion de la crise sanitaire liée à la Covid-19 qui semblait faire l’unanimité au départ, a fini de diviser l’opinion notamment sur les choix jugés parfois peu pertinents. Seneweb a donné la parole aux Sénégalais.

« Tout fermer avec moins de 100 cas, et tout rouvrir avec plus de 4000 cas… »

Le mythe Covid-19 est tombé. Il a été décapité par une série de mesures d’assouplissement lancée par le gouvernement. Désormais « corona » comme on le surnomme ne fait plus peur et n’empêche plus les Sénégalais de dormir tranquillement. Ce monstre viral qui jadis avait créé la panique et la psychose est devenu inoffensif, en apparence. Ce, après que le chef de l’Etat a demandé à ses compatriotes d’apprendre à vivre avec.

« La levée des restrictions par l’Etat du Sénégal laisse entendre que le virus est en train de disparaître. Il ne représente plus un danger », minimise Sisi Mbaye, un jeune de 30 ans spécialisé dans la vente de véhicules.

De la Sicap à Grand-Dakar, en passant par Niary Tally, Hlm et benne Tally où Seneweb a fait un tour, le relâchement est total. Les gestes barrières aux oubliettes, la distanciation sociale foulée aux pieds. Pire, les personnes âgées ont repris les « grand’places », et les plus jeunes ont dépoussiéré leurs godasses pour rejoindre les terrains de football. A Niary Tally, les petites activités commerciales vont bon train : vendeurs de café par-ci, gargotes par-là, vendeurs de cacahuètes aussi sont de la partie.

« Les Sénégalais n’ont plus peur de la maladie »

« Si le gouvernement allonge l’heure du couvre-feu, ouvre les salles de sports et lève les restrictions sur les transports, ça sous-entend que cette maladie n’est plus un danger pour le pays. Pas une ombre dans la rue à 23 heures (heure du couvre-feu). Alors pourquoi ramener l’heure du couvre-feu à cette heure », S’interroge Sisi. Avant de répondre à sa propre question : « tout ça contribue au relâchement des Sénégalais. D’ailleurs même sur la question du contrôle des masques, les forces de l’ordre ne sont plus rigoureuses. En gros, la levée des restrictions a fait que les Sénégalais n’ont plus peur de la maladie », commente-t-il.

« Des amis me demandaient si vraiment le Corona existe »

Natif de la Sicap, Alassane Thioune ne tardera pas à conforter les propos de Sisi Mbaye. Interrogé, il indique qu’au début, tout le monde avait peur de la maladie car la communication et les mesures étaient bonnes. Mais à un moment donné, déplore-t-il, il n’y avait plus de cohérence dans les décisions prises par l’Etat du Sénégal. « Je connais une personne testée positive mais qui peine toujours à croire à l’existence de la maladie », révèle Alassane.

Il poursuit : « Au départ on avait arrêté toutes les activités, interdit les rassemblements, et même fermé des mosquées alors qu’on avait moins que 30 cas. Mais aujourd’hui, on a plus de 100 cas par jour, ils veulent lever toutes les restrictions. Parfois, des amis me demandent si vraiment le Corona existe car ils n’y croient plus », explique le jeune électricien.

« Au début les gens se réveillaient pour suivre la situation du jour, mais maintenant personne ne s’en occupe. Et même dans les transports, les gens sont à l’aise, ils ne pensent même plus à la maladie. Et si on continue sur cette lancée, on risque de vivre avec la maladie pendant longtemps encore », redoute-t-il.

« Les gens ne respectent plus les mesures barrières »

Étudiant en première à l’université Gaston Berger, Cheikh Oumar Gueye émet sur la même longueur d’ondes que Sisi et Alassane. « Les décisions ne sont pas pertinentes. Et je pense que la situation va empirer. Au début, le couvre-feu était prévu à 20 heures, puis à 21 heures, et aujourd’hui ils nous proposent encore 23 heures. A ce rythme, les populations vont se dire que cette maladie n’est rien du tout car au lieu de les confiner, on les libère », clame Cheikh Oumar.

Pour ce qui est de la levée des restrictions dans les transports interurbains, le jeune étudiant pense que c’est là où se trouve le gros problème. Car dit-il : « je n’arrive pas à comprendre comment on peut tout fermer alors qu’on avait moins de 100 cas, et tout rouvrir alors qu’on a plus de 4000 cas. Et ne soyons pas surpris le jour où les populations nieront l’existence de la maladie à cause de leurs décisions impertinentes », prévient M. Gueye.

Et d’enchaîner : « D’ailleurs les gens ne respectent plus les mesures barrières depuis les premières mesures d’assouplissement. Même pour le port des masques, certains ne le respectent plus. »

Quoi qu’il en soit, le relâchement des Sénégalais est flagrant. Dans les quartiers comme dans les lieux de commerces, les citoyens semblent oublier que le virus est toujours là. Pour combien de temps encore?

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