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Affaire Pape Abdoulaye Touré : De la garde chez Pape Malick Ndour à l’accusation de crime contre l’humanité

​Il est le 5e suspect arrêté dans l’enquête sur les violences de 2021-2024, sur le volet Pape Abdoulaye Touré. Ibrahima Ndiaye, agent de sécurité du COUD, a été interpellé le 1er octobre par la Section de recherches de Dakar. Selon les informations de Seneweb, après plusieurs retours de parquet, le procureur de la République a saisi les juges d’instruction d’un réquisitoire supplétif visant des faits de crimes contre l’humanité et de complicité de crimes contre l’humanité, avec une demande de mandat de dépôt. Le mis en cause était vigile, à l’époque, chez l’ancien ministre de la Jeunesse Pape Malick Ndour. Il sera inculpé ce mercredi par le juge d’instruction. Seneweb vous livre les détails de l’affaire. Selon les éléments de l’enquête, Ibrahima Ndiaye est cité comme l’un des agents présents, dans la nuit du 2 au 3 juin 2023, dans le dispositif de sécurité mis en place autour du domicile de l’ancien ministre.

​Ce qu’il a raconté…

​Ibrahima Ndiaye a été interpellé le 1er octobre 2026 à Guédiawaye, dans le cadre de l’exécution d’un soit-transmis du parquet. Il faisait déjà l’objet d’une opposition de sortie du territoire national, émise par les éléments de la Section de recherches. Lors de son audition, Ibrahima Ndiaye reconnaît avoir été présent aux abords du domicile de Pape Malick Ndour durant la nuit des faits. Il explique qu’il avait été sollicité pour renforcer la sécurité de l’ancien ministre. Il s’est présenté comme chef de la brigade mobile de sécurité du COUD. Selon ses déclarations, il se trouvait sur place avec deux autres agents de sécurité du COUD, nommés Ousmane Ndiaye et Djibril Guèye. Ils n’ont toutefois pas été officiellement détachés par leur hiérarchie du COUD. « Nous étions partis de notre propre gré », affirme-t-il.

​Ibrahima Ndiaye explique qu’à l’approche de la Tabaski, lui et ses collègues cherchaient à arrondir leurs fins de mois et profitaient de leurs jours de repos pour effectuer des gardes nocturnes chez l’ancien ministre. Il précise que ce travail n’était pas permanent. Le ministre disposait déjà de ses propres gardes, mais avait besoin d’un renfort en raison du contexte.

​Dans son récit, Ibrahima Ndiaye affirme ne pas avoir été directement recruté par Pape Malick Ndour. Il désigne plutôt un certain Djibril Diao, alias « Brise », comme la personne qui l’a informé de l’existence de ce travail. « Un de mes amis m’a appelé pour m’informer qu’il y a du travail au domicile du ministre Pape Malick Ndour », déclare-t-il. L’agent affirme cependant ne pas connaître le véritable nom de « Brise ». Il indique également que leur dernier contact remonte à cette période et qu’ils se croisent depuis uniquement sur TikTok.

​La nuit du 2 au 3 juin 2023

​C’est précisément sur le déroulement de cette nuit que les enquêteurs ont insisté. Ibrahima Ndiaye raconte que le groupe était installé en face du domicile de Pape Malick Ndour lorsqu’un homme vêtu d’un boubou blanc et portant un capuchon est passé devant eux. Djibril Guèye, surnommé « Rastamane », a alors signalé qu’il s’agissait de Pape Abdoulaye Touré. Le témoignage de Ndiaye est présenté comme celui d’un homme qui dit ne pas avoir été certain de l’identité de la personne. Selon lui, certains membres du groupe, dont Djibril Guèye, sont partis pour vérifier. Quelques minutes plus tard, Guèye l’a appelé pour lui confirmer qu’il s’agissait bien de Pape Abdoulaye Touré. Mais entre-temps, affirme Ibrahima Ndiaye, les gendarmes avaient interpellé Pape Abdoulaye Touré.

​L’agent de sécurité dit ne pas avoir participé à l’interpellation. Mieux, il affirme ne pas s’être rendu sur le lieu où Pape Abdoulaye Touré avait été arrêté. Il soutient également ne pas avoir été présent à l’endroit où ce dernier a été maintenu. « Je précise que je n’étais présent ni sur les lieux d’interpellation du sieur Pape Abdoulaye Touré ni là où il était maintenu », déclare-t-il aux enquêteurs. Il explique même qu’au moment où ses camarades sont partis suivre l’intéressé, il s’est retourné pour égrener son chapelet.

​Interrogé sur le moyen de déplacement utilisé par ses collègues, il répond ne pas savoir comment ils avaient suivi Touré, tout en précisant que les agents disposaient, pour la plupart, de motos.

​L’appel à « Kabakourou »

​Après avoir été informé de la présence de Pape Abdoulaye Touré et de son interpellation par les gendarmes, Ibrahima Ndiaye affirme avoir demandé à Djibril Guèye d’informer Amadou Tidiane Cissé, alias « Kabakourou », alors chef de la sécurité du COUD. Pourquoi avoir rendu compte à Cissé ? « Nous lui avons rendu compte car nous sommes avec lui au COUD et c’est lui le chef de sécurité », a-t-il répondu aux gendarmes. Ibrahima Ndiaye précise cependant que Cissé n’avait pas détaché les trois agents auprès de Pape Malick Ndour. Il soutient donc que leur présence devant le domicile de l’ancien ministre résultait d’une initiative personnelle.

​Sur les violences qui lui sont reprochées, Ibrahima Ndiaye conteste toute implication. Il nie avoir participé aux actes de torture ou aux traitements infligés à Pape Abdoulaye Touré.

​Ces dénégations ne l’ont toutefois pas empêché de se retrouver dans le viseur de la justice. Au terme de l’enquête, les gendarmes estiment avoir réuni à son encontre des « indices de culpabilité » suffisamment sérieux pour motiver son arrestation pour crimes contre l’humanité par actes de torture, traitements inhumains et dégradants.

seneweb

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