L’Organisation nationale pour la promotion de l’état civil au Sénégal (ONPEC) organise, le 23 septembre prochain, au Grand Théâtre national de Dakar, un Forum national consacré aux difficultés et aux enjeux de l’état civil. À la tête de cette initiative, Maître Fatou Babou veut réunir les acteurs du secteur autour de propositions concrètes pour moderniser et sécuriser un système considéré comme un pilier de la citoyenneté et de l’État de droit.

C’est une journée de réflexion qui se veut décisive pour l’avenir de l’état civil au Sénégal. Le mercredi 23 septembre 2026, le Grand Théâtre national de Dakar accueillera le Forum national sur l’état civil, organisé par l’Organisation nationale pour la promotion de l’état civil au Sénégal (ONPEC), en partenariat avec l’Agence nationale de l’état civil (ANEC).
Placée sous le thème « L’état civil au Sénégal : enjeu national, dimension internationale », la rencontre est portée par Maître Fatou Babou, présidente de l’ONPEC. Avocate spécialisée en immigration, elle entend mettre son expérience au service d’un secteur confronté à de nombreuses difficultés, allant de l’établissement des actes à leur conservation, en passant par leur rectification et leur reconnaissance par les administrations étrangères.
De 9 heures à 17 heures, magistrats, personnels de justice, officiers et agents de l’état civil, avocats, parlementaires, universitaires, syndicats, représentants de la société civile, membres de la diaspora, ambassades et familles binationales sont attendus à cette rencontre.
L’ONPEC souhaite faire de l’état civil un véritable sujet de politique publique. Pour l’organisation, la question dépasse largement la simple délivrance d’actes de naissance, de mariage ou de décès. La fiabilité de l’état civil conditionne, en effet, la sécurité juridique des personnes et des biens, l’établissement des listes électorales, la planification des politiques publiques et l’accès à plusieurs droits essentiels. Elle peut également déterminer l’accès au système bancaire, à l’emploi formel, à la propriété ou encore à l’héritage.
Mais les difficultés ne s’arrêtent pas aux frontières sénégalaises. L’ONPEC met particulièrement en avant les problèmes rencontrés par les sénégalais de la diaspora et les familles binationales. Chaque année, selon le dossier de présentation du forum, des actes d’état civil sénégalais feraient l’objet de refus de transcription par des administrations étrangères, notamment en raison d’erreurs matérielles, de mentions manquantes ou de discordances dans les identités. Des situations qui peuvent avoir de lourdes conséquences : filiation non reconnue, difficultés liées à la nationalité, séparation de familles, blocage de procédures de mariage ou encore l’interruption de projets d’études.
Des registres fragilisés, des actes contestés
L’ONPEC dresse un constat préoccupant du fonctionnement de l’état civil. Dans certaines zones, particulièrement rurales, les déclarations tardives ou inexistantes contraignent les populations à recourir aux jugements supplétifs. La conservation des registres constitue également une source de préoccupation.
Dégradation des documents, sécurisation insuffisante des archives, perte ou destruction d’actes : autant de facteurs qui fragilisent la fiabilité du système. À ces difficultés s’ajoutent les erreurs de rédaction, les omissions de mentions et les discordances d’identité constatées entre différents documents administratifs.
La fraude documentaire est également pointée du doigt. L’ONPEC évoque des actes irréguliers, des falsifications et des cas d’usurpation d’identité susceptibles de remettre en cause la crédibilité des registres et la sécurité juridique des citoyens.
Le volet judiciaire occupera également une place importante dans les débats. Les procédures relatives aux jugements supplétifs, aux rectifications ou aux annulations d’actes sont jugées longues et complexes.
L’ONPEC relève notamment l’engorgement des tribunaux et l’absence d’une harmonisation suffisante des pratiques. À cela s’ajoutent, selon l’organisation, des insuffisances en matière de formation, de statut et de moyens mis à la disposition des officiers et agents de l’état civil.
Trois ateliers pour dégager des solutions
Trois ateliers sont prévus afin de permettre aux participants de formuler des recommandations.
Le premier sera consacré à l’état civil au quotidien, avec un focus sur l’établissement, la conservation et la gestion des actes. Le statut, les moyens et la formation des officiers et agents seront également examinés, de même que les questions liées à la modernisation et à la digitalisation.
Le deuxième atelier se penchera sur la fiabilité des actes, la fraude documentaire et le contentieux de l’état civil. La sécurisation des registres, les jugements supplétifs, les procédures de rectification et le rôle des tribunaux seront notamment au menu des discussions.
Le troisième atelier sera consacré à la dimension internationale de l’état civil. Il sera question de transcription des actes, de démarches consulaires, de la situation de la diaspora, des familles binationales et de la coopération entre les administrations sénégalaises et étrangères.
À l’issue des travaux, les conclusions des trois ateliers seront présentées en plénière. Une synthèse générale sera ensuite effectuée, avant la lecture des recommandations finales. Ces recommandations devront être consignées dans un rapport destiné à être remis aux autorités compétentes.
À travers ce forum, l’ONPEC veut ainsi installer durablement la question de l’état civil dans le débat public. L’objectif affiché est de faire de cette organisation une passerelle entre les citoyens, les professionnels du secteur et l’État, afin d’identifier les dysfonctionnements, d’alerter sur leurs conséquences et de contribuer à la réforme et à la modernisation du système sénégalais de l’état civil.


