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Souvenirs d’un socialiste convaincu, pourquoi Tanor n’a pas été élu et ne sera pas élu? Par Demba Seydi

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Ces derniers temps, il semble qu’il est « interdit » aux membres du Parti Socialiste d’évoquer les questions liées au parti en dehors de ses instances régulières. Pour preuve, ceux qui l’ont tenté ont été traduits en Conseil de discipline, d’autres tout bonnement renvoyés. Pour subir ou ne pas subir le même sort, je précise 3 principes fondamentaux qui motivent ma sortie :

D’abord, en tant que militant, j’ai besoin d’un cadre d’expression libre, et je crois en avoir le droit. Car, le paradoxe qu’il y a dans la décision d’encadrer notre liberté d’expression est que les instances du parti n’offrent presque plus de cadre d’expression. Le Comité Central, qui représente la principale tribune des militants est en train de mourir de sa belle mort car depuis la présidentielle il n’a été tenu qu’une seule fois. Et même quand il se tenait régulièrement, les militants n’avaient pas plus de 5 mn pour faire valoir leur opinion. Je ne supporte plus ce déficit de débat.

Ensuite, la démarche du Conseil de Discipline qui consiste à sanctionner tous ceux qui s’expriment dans la place publique ne saurait être applicable à mon texte car, contrairement à certains de mes camarades socialistes, moi je ne demande le départ de personne. Je souhaite plutôt des arrivées au sein du Parti Socialiste.

Et enfin, je précise que je ne mène le combat de personne, vu que toute opinion défavorable à l’un est classée pro l’autre. Et l’on soupçonne souvent une voix inaudible d’un certain responsable du parti. Moi je ne suis d’aucun camp, surtout, je ne crois même pas qu’il y ait des camps dans le Parti. Et si je devais en avoir le mien serait juste le Parti Socialiste.

Au moment d’évaluer la participation du Parti Socialiste à la Présidentielle de 2012, plusieurs raisons ont été évoquées pour expliquer la déroute de notre candidat, le Secrétaire Général Ousmane Tanor Dieng. Tous ceux qui ont pris la parole au Comité Central ont justifié le très faible résultat de Tanor par l’éclatement de Benno Siggil Sénégal et le déficit de campagne électorale. C’est, en partie, vrai. A sa prise de parole, Tanor a endossé l’ensemble des responsabilités de l’échec. On avait applaudi son courage et sa sincérité. On n’avait pas tort en réalité. Il en était le principal responsable. Car, c’est lui et lui seul qui avait rendez-vous avec le peuple sénégalais qui devait choisir son Président, et il avait perdu de nouveau.

Mais suffit-il d’endosser les responsabilités pour que tout le reste, et le plus important, à mon avis, pour un candidat à une élection présidentielle, soit passé sous silence ? Ce serait vraiment un silence coupable.

Dans cette présente intervention, je souhaite revenir sur les raisons que je juge OBJECTIVES de l’échec de mon candidat. L’on se demanderait la pertinence de cet exercice après plus d’un an de la présidentielle. C’est effectivement parce que, d’une part, personne dans le parti n’a jusque-là pas dit tout haut ce que les électeurs voire certains socialistes disent tout bas. Et pourtant c’est cela qui explique l’échec de TANOR, et pour les mêmes raisons qui demeurent IL RISQUE DE NE PLUS JAMAIS ETRE ELU AU SENEGAL. Et d’autre part, mon intervention est actuelle parce que les inconditionnels de OTD essaient de nous faire croire aujourd’hui qu’il doit valablement diriger le parti même s’il ne compte plus se représenter au nom du PS pour un quelconque mandat électif. A discuter. Seulement ce que je trouve indiscutables, ce sont certaines raisons de ses précédents échecs que je vais évoquer dans les lignes suivantes.

Quelques raisons objectives de l’échec de Tanor Dieng

1ère raison : Un produit en fin de cycle

Considérons Tanor comme un « produit » politique à vendre au « client » qui s’appelle électeur. Les deux dernières élections présidentielles, nos ventes ont chuté de façon vertigineuse. En Marketing on dirait tout simplement que le produit est en fin de cycle ou en déclin.

Ce déclin résulte de plusieurs facteurs tels que le changement des critères de choix et des goûts des électeurs, en plus de la montée en puissance de nouveaux leaders jeunes. Cette fin de cycle ne s’explique pas par l’âge de Tanor, car il est relativement jeune, mais plutôt par l’effondrement des ventes du « produit Tanor ».

Le cycle de vie d’un produit ce n’est pas son âge, mais la durée de consommation du produit dans le marché. Et malheureusement nos « clients » nous disent souvent et partout : Your product no longer seems to be exciting and up-to-date.

Pour relancer les ventes, les spécialistes du marketing nous auraient conseillé 2 choses : soit retirer le produit du marché ou chercher à le moderniser, tout en essayant de fidéliser la clientèle. De 1996 à 2013 c’est vraiment 18 ans à la tête du PS.

2ème raison:Un produit non familier

Au Sénégal quand vous prononcez le nom de Cheikh Bamba Dieye, les électeurs l’associent au Maire de St-Louis ; Idrissa Seck, ancien Premier Ministre et Maire de Thiès, Moustapha Niasse, ancien Ministre des Affaires Etrangères ; Macky Sall, Ministre de l’Energie, de l’Intérieur, Premier Ministre puis Président de l’Assemblée Nationale. Et TANOR, ils l’associeront à quoi ?

Certes il a été un tout puissant Ministre chargé des Affaires Présidentielles et a beaucoup travaillé pour son pays. Mais politiquement, que signifie ce poste aux yeux des Sénégalais ? Surtout qu’il n’était pas célèbre et n’existe plus dans l’organigramme du Gouvernement du Sénégal.

Son mandat de député a été très éphémère, presque inconnu. Chez les nouveaux militants du Parti et les électeurs, presque personne ne se souvient du passage de Tanor à l’hémicycle. Combien il est difficile de vendre un produit auquel le client n’est pas familier ! Many people don’t recognise our product, we should raise brand awareness.

3ème raison: Un homme presque inconnu

En 2000, quand le Président Abdou Diouf perdait le pouvoir je n’avais pas 19 ans révolus. J’ai commencé à militer de façon active en 2001 en classe de Terminale, quand la DIC avait convoqué Tanor en pleine campagne des Législatives.

J’avais jugé que le Président Wade faisait de la chasse aux sorcières. En 1ère année à l’université en 2002, quand les sénégalais célébraient la victoire des Lions du football contre la France aux grilles du Palais j’avais porté le tee-shirt vert du PS pour tout simplement montrer à Abdoulaye Wade qu’il y’a encore des Sénégalais qui croient à ce Parti et à ses leaders.

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Et je n’avais encore jamais vu TANOR physiquement, et ce jusqu’en 2009. Donc comprenez que je me battais, et j’ai continué de me battre jusqu’en 2012, implicitement pour un homme que je ne connaissais même pas, et explicitement pour des principes et un Parti dont l’histoire est incommensurable à celle du Sénégal, pour ne pas dire le Parti qui a fait le Sénégal.

Je veux tout simplement dire que moi en tant que militant actif si j’ignore presque tout de mon leader, qu’en sera-t-il des électeurs qui n’ont ni accès à lui ni à la Maison du Parti?Je ne peux même pas dire avec certitude à un électeur quelle filière a étudiée Tanor.

Dans quelle université ? Quelles fonctions a-t-il occupées ? Ailleurs, à défaut de publier sa biographie, le CV du candidat aurait fait le tour du pays. Outre, (c’est peut-être subjectif mais important aux yeux des électeurs car ils se sont maintes fois demandé), combien d’épouses a-t-il? Une ? Deux ? Trois ? Moi j’ai entendu du tout.

Je l’évoque parce qu’il arrive qu’ils se demandent aussi laquelle de ses épouses serait Première Dame s’il était élu ? Qui sont ses enfants, où vivent-ils ? Autant de questions dont les réponses nous auraient permis de bien vendre notre « produit ».

La majeure partie des jeunes actifs dans la scène politique sénégalaise, comme moi, n’avaient pas l’âge de voter quand Tanor exerçait pleinement ses fonctions aux côtés du Président Diouf. Même s’il était l’homme fort du régime et jouait un rôle prépondérant dans la bonne marche du pays, il reste inconnu à nos yeux.

S’il demande nos voix aujourd’hui, je doute que l’on s’identifie à lui ou qu’il puisse satisfaire nos critères de choix.

4ème raison: les mauvais souvenirs des vieux militants et des Sénégalais

Il faut reconnaître que Tanor a joué un rôle important dans la reconstruction du parti après la défaite de 2000, rôle que presque personne n’aurait réussi avec une telle adresse. Il a su recoller les morceaux ; résisté aux courants ; essuyé les assauts et menaces du parti au pouvoir ; soutenu des militants ; bref il a hissé le drapeau vert très haut, nous permettant aujourd’hui de nous exprimer fièrement en Socialistes.

Cependant, nous apprenons souvent que beaucoup de ceux qui le connaissaient un peu en ont gardé de mauvais souvenirs. De simples règlements de comptes personnels ? Des conflits d’intérêts ? Ont-ils raison ou tort ? Je ne saurais répondre avec certitude. Il m’est tout simplement rapporté que, comme qui dirait en Angleterre, « Abdou Diouf used to reign but didn’t use to rule » (Abdou Diouf régnait mais ne gouvernait pas).

S’y ajoutent le fameux congrès dit sans-débat, les départs de Djibo et de Moustapha Niasse, et plus tard de Robert Sagna, Mamadou Diop le Maire et compagnie, aujourd’hui Malick Noel Seck, Dieynaba Fall; bref il aurait favorisé indirectement le départ de plusieurs ténors du Parti.

5ème raison : Son discours inaccessible 

Plusieurs amis et camarades socialistes m’ont dit avoir écouté ou suivi les sorties de Tanor à la radio ou à la télé. Quand je leur demande ce qu’il a dit, ils peinent à me résumer ses propos. D’autres me disent tout simplement qu’ils n’ont rien saisi de ce qu’il a dit.

Les journalistes de presse écrite qui couvrent les sorties de Tanor ont tendance à rapporter textuellement ses propos pour éviter tout risque de les dénaturaliser. Car son discours est très soutenu, très technique, quasi impénétrable.

Seuls les initiés le saisissent. Pire, les spécialistes du discours disent que le ton et le rythme ne sont pas captivants, les concepts sont indéchiffrables, la taille très longue. Avis de spécialistes !

6ème raison : Son trop plein de politesse tue son Charisme

Marabouts, journalistes, observateurs, hommes politiques, etc. ont presque tous une fois loué la discrétion de l’homme, sa politesse, son calme, sa clairvoyance, son sens de la mesure et de l’objectivité, sa probité, sa générosité politique… Des qualités quasi rares chez les hommes politiques de façon générale.

Mais force est de reconnaître que ce trop plein de politesse et de générosité nous a été souvent fatal. Il ne draine pas de foule, il est réfractaire au folklore politique, son discours n’est pas poignant. Tout le contraire de ce qu’il fallait face au très charismatique Abdoulaye Wade.

Et c’est pourquoi d’ailleurs Barthelemy DIAS s’est imposé dans la scène politique ces dernières années. Si les électeurs ont évoqué beaucoup de noms pour remplacer Tanor à la tête du PS c’est parce qu’il n’incarne pas ou plus le genre de leader politique, de surcroît leader du plus grand parti de l’opposition et de l’histoire du Sénégal, dont ils rêvent.

Durant la campagne, quel militant socialiste n’a pas entendu de la part des électeurs la phrase suivante : Si vous mettiez Khalifa Sall, ou Me Aissata Tall Sall, ou Aminata Mbengue Ndiaye, ou Serigne Mbaye Thiam à la tête du PS, je voterais pour vous.

Je ne citerai que ceux-là comme c’est leurs noms qui reviennent le plus. Combien de fois les sénégalais nous ont réclamé Barthelemy DIAS dans la délégation quand on accompagnait Tanor dans ses visites de proximité ?

Mon candidat peut faire le meilleur Président. Mais pour être Président il faut être élu. Malheureusement voici quelques raisons OBJECTIVES qui ont coulé et couleront toujours mon candidat.
Demba_SEYDI
PartiSocialiste

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