Lors d’une conférence de presse, le collectif des avocats de l’ancien ministre, Mame Mbaye Niang, a annoncé le dépôt d’une plainte contre le Premier ministre Ousmane Sonko, le ministre des Finances et du Budget Cheikh Diba et la ministre de la Justice Yassine Fall. Mes Baboucar Cissé, El Hadji Moustapha Diouf, El Hadji Oumar Youm, Ousmane Thiam et Ramatoulaye Ba accusent Ousmane Sonko d’avoir manipulé un document officiel dans le but d’obtenir la révision du procès relatif à l’affaire PRODAC. Selon leurs informations, la plainte a été déposée le 30 janvier 2026 devant le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Dakar. Enregistrée sous le numéro 1777, elle vise Cheikh Diba pour faux, et Ousmane Sonko ainsi que Yassine Fall pour usage de faux, association de malfaiteurs, tentative d’escroquerie à jugement, contre X et tous autres complices.
Les arguments du collectif
Dans leur plainte, les avocats rappellent que lors d’un point de presse tenu le 22 novembre 2022, Ousmane Sonko avait accusé Mame Mbaye Niang, alors ministre du Tourisme et des Loisirs, d’avoir été « épinglé » par un rapport de l’Inspection générale d’État (IGE) pour des malversations présumées dans la gestion du Programme des Domaines Agricoles Communautaires (PRODAC). Il affirmait notamment que le ministre de tutelle avait émis un ordre de service avant la notification du contrat à l’entreprise Green 2000.
S’estimant diffamé, Mame Mbaye Niang avait saisi le procureur, soutenant qu’aucun rapport ne l’avait mis en cause durant la période où il assurait la tutelle technique du PRODAC entre juillet 2014 et septembre 2017. Il avait également précisé qu’il ne gérait pas les aspects financiers du programme.
Entendu dans le cadre de la procédure, Ousmane Sonko avait reconnu ses déclarations tout en évoquant un lapsus, indiquant qu’il s’agissait en réalité d’un rapport de l’Inspection générale des Finances (IGF) et non de l’IGE. Il proposait de produire le lien du document ainsi que des éléments audiovisuels à l’appui.
Toutefois, selon les avocats du plaignant, le document en question n’était pas un rapport définitif mais un pré-rapport issu d’une mission de vérification restée inachevée après le décès du chef de mission avant la finalisation des travaux. Ils rappellent par ailleurs que la procédure en diffamation s’est soldée par une condamnation devenue définitive après les décisions de la Cour d’appel (8 mai 2023) et de la Cour suprême (4 janvier 2024), le rabat d’arrêt ayant été rejeté le 1er juillet 2025.
Le collectif soutient qu’en sa qualité de Premier ministre, Ousmane Sonko aurait demandé au ministre des Finances de valider ce document non finalisé afin de l’utiliser comme pièce nouvelle dans une procédure de révision du procès, introduite auprès du ministère de la Justice.
Selon les robes noires, la validation tardive d’un pré-rapport non finalisé constituerait un faux intellectuel, en raison de son défaut de véridicité. Ils estiment que ce document aurait été produit dans une procédure judiciaire dans le but d’induire la juridiction en erreur.
Les avocats considèrent que ces faits pourraient être qualifiés de faux et usage de faux, d’association de malfaiteurs et de tentative d’escroquerie à jugement, infractions prévues et punies par les dispositions du Code pénal.
Ils concluent que la production d’un document qu’ils jugent irrégulier dans le cadre d’une demande de révision traduirait, selon eux, une volonté concertée d’obtenir une décision de justice favorable par des moyens frauduleux.


