La Révélation surprenante de Papa Mademba Bitèye, DG de SENELEC sur sa relation avec Makhtar Cissé

Des dossiers électriques, le Dg de Senelec n’en manque pas dans ses tiroirs. De la très médiatisée affaire Akilee à la centrale de Sendou en passant par ses rapports supposés heurtés avec la tutelle, Papa Mademba Bitèye n’a pas de temps à regarder les insectes tournoyer autour des lampadaires. Sur tous ces dossiers et sur d’autres, il a accepté, de bon cœur, de se livrer à Walf Quotidien. (SUITE)
On vous reproche d’avoir acheté ces compteurs israéliens avec une surfacturation d’un milliard de francs Cfa par rapport à ce que propose Akilee ? Combien coûtent ces compteurs sur les bons de commande ?
La surfacturation d’un milliard F CFA, si surfacturation il y avait, devrait être la conséquence de la différence de prix des compteurs dans les deux bons de commandes. Dans ces bons de commande, par exemple, le compteur monophasé de Akilee avec le coffret coûte 46 573 F CFA et celui de Powercom coûte 32 065 F CFA. Donc, même en enlevant le prix du coffret qui tourne autour de 6 000 F CFA, vous voyez bien que Senelec a acheté moins cher que Akilee pour 45 000 unités. Cette économie rapportée aux 2,7 millions de compteurs donne un gain minimal de 23 milliards F CFA. Imaginez-vous l’économie que la Senelec aurait réalisé si la DCMP l’avait autorisée à acheter directement 2,7 millions d’unités.
Entre l’exécution du contrat sur 10 ans et la rupture unilatérale, vous avez choisi la dernière option. Pourquoi ?
Ce contrat pose de sérieuses difficultés d’exécution. A titre d’exemple et comme rappelé plus haut, Akilee n’a pas été en mesure d’honorer son engagement de fourniture de compteurs au titre de l’année 2019.
Ensuite, l’exécution de ce contrat allait constituer un obstacle majeur aux réformes envisagées par l’État. En effet, comment peut-on imaginer amener des privés aux différents segments de la distribution et du commercial et leur dire ensuite c’est Akilee qui va vous fournir les compteurs et qui va les exploiter également pour vous. Sous cet angle et au regard de tout ce que je viens d’expliquer tant sur la régularité du marché que sur l’opportunité, il n’y avait pas de choix à faire mais une décision à prendre ; celle de ne pas exécuter ce contrat qui n’est ni bénéfique pour Senelec ni bénéfique pour le Sénégal.
Votre prédécesseur, l’actuel ministre du Pétrole et des Energies, Mouhamadou Makhtar Cissé, par ailleurs votre tutelle, avez signé le contrat en tant Directeur général de Senelec. Est-ce que ce conflit avec Akilee ne rend pas vos rapports de travail un peu électriques ?
Au contraire, nous avons le soutien de notre tutelle. Elle a témoigné à plusieurs reprises et à de nombreuses occasions de son soutien à Senelec dans le cadre du différend qui l’oppose à Akilee.
L’évolution connue par le partenariat avec Akilee ne peut avoir aucun impact sur nos rapports avec la tutelle. Il n’y a aucun problème, ni personnel ni professionnel entre Senelec et la tutelle comme vous dites.
Cela ne met-il pas votre patron à tous mal à l’aise ?
Notre patron à tous, c’est le Président de la République. Nous sommes tous chargés d’exécuter, chacun à sa manière et à son niveau, une politique qu’il a lui-même définie. Or, je pense que tout le monde s’accorde à reconnaître que dans l’espace public sénégalais, on ne pourrait retrouver un seul profil susceptible de concurrencer le Président Macky Sall aux plans de la richesse et de la diversité d’expérience dans la gestion des affaires de l’État. Il a été tour à tour cadre puis directeur général d’une grande entreprise publique, ministre à la tête de départements techniques puis de souveraineté, Premier ministre, Président de l’Assemblée nationale puis Président de la République après une transition de trois ans pour capitaliser avec le recul toute l’expérience qu’il avait accumulée, avant de revenir par le sommet. Vous ne trouverez pas un profil comparable au Sénégal. Et dans cette expérience unique, le secteur de l’énergie occupe une place de choix, car c’est le cœur de métier du Président qui y a travaillé à tous les échelons, de la base au sommet. Il a approché le secteur sous les différents angles et peut se prévaloir d’en avoir une vision privilégiée. Donc je vous rassure, le Président connaît mieux que nous tous ce que nous sommes en train de faire et s’il estime que les choses vont dans un sens qu’il ne souhaite pas, il prendra des mesures, dans l’intérêt du Sénégal.
Quels sont aujourd’hui vos rapports avec votre tutelle ?
Nos rapports sont normés. Le ministre assure la tutelle technique et j’ai un conseil d’administration où il est représenté par quatre administrateurs. Je lui voue respect et considération.
Nous devons éviter de confondre les sujets et l’objet. L’objet ici est le contrat qui régit la relation commerciale entre deux structures que sont Senelec et Akilee. Combien de fois des contrats ont-ils fait l’objet de renégociation, voire de rupture. Ce n’est pas une première et ce ne sera pas la dernière au Sénégal et dans le monde. Chaque structure défend ses intérêts en fonction du contexte et des outils dont elle dispose.
On a vu le ministère de l’Energie donner sa participation au Fonds Force-Covid-19 et la Senelec le faire de son côté. N’est-ce pas le signe que les rapports ne sont pas huilés ?
Senelec a contribué pour 50 millions F CFA dans la participation du ministère. Nous avons déjà reçu un courrier de remerciements de la part de la tutelle. Ce que vous évoquez comme participation de Senelec est une contribution du personnel qui a mobilisé 200 millions F CFA en acceptant des prélèvements sur salaire. Je signale juste que l’idée vient d’un de nos braves agents qui m’a envoyé un message dans lequel il me disait « DG, nous sommes 3 000 agents si chacun donnait 10 000 F CFA on pourrait récolter 30 000 000 F CFA et contribuer au fonds Force COVID 19 ». C’était une bonne idée et bien évidemment nous avons lancé immédiatement un téléthon interne. C’est cette souscription volontaire qui a permis de récolter 200 millions F CFA que les représentants du personnel ont remis en main propre au ministre des finances. Naturellement, j’étais présent à la cérémonie de remise de cette contribution. Il ne faut pas toujours voir des problèmes partout. D’ailleurs Senelec n’est pas la seule structure de son genre à avoir adopté une telle démarche parallèlement aux efforts fournis par sa tutelle dans le cadre de la mobilisation nationale impulsée par le Président de la République pour lutter contre la Covid-19. Je dirais même que c’est cette démarche qui a été la règle et les entreprises ou agences publiques ayant suivi une autre démarche se comptent du bout des doigts. Je pense aussi que c’est une démarche naturelle eu égard à l’autonomie qui caractérise cette catégorie de structures en dépit d’une tutelle gouvernementale doublement assurée, sur le plan technique par le ministère en charge du secteur d’intervention et sur le plan financier par le ministère des Finances.
Akilee avait fait bloquer les comptes de Senelec pour défaut de paiement de 2,6 milliards de francs Cfa sur le projet SmartSen. Pourquoi vous ne l’avez pas payé cette dette qui n’a rien à voir avec les compteurs ?
Le paiement de factures à Senelec suit des procédures et un circuit de certification. En plus, la situation actuelle de la pandémie a ralenti l’activité économique au niveau de la plupart de nos clients qui ont baissé drastiquement leur consommation d’électricité ; ce qui a un impact sur notre trésorerie. Rassurez-vous Senelec a toujours respecté ses engagements et respectera toujours ses engagements envers ses fournisseurs.
seneweb

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