Le Sénégal fait du spatial un levier stratégique de développement durable, en misant sur l’exploitation des données satellitaires pour améliorer les politiques publiques dans des secteurs essentiels comme le climat, l’agriculture et la santé. Le déploiement de Gaïndé Sat-1A, suivi prochainement de Gaïndé Sat-1B, s’inscrit dans la Vision Sénégal 2050 qui place la recherche et l’innovation au cœur de l’émergence nationale.
En mettant les technologies spatiales au service du climat, de l’agriculture et de la santé, le Sénégal affirme sa volonté de transformer l’innovation en outil de développement concret. À travers ces satellites, conçus et pilotés par des ingénieurs et techniciens sénégalais, le pays renforce sa souveraineté technologique et ambitionne de faire du spatial un pilier durable de son émergence à l’horizon 2050. « La recherche et l’innovation constituent des axes majeurs de la Vision Sénégal 2050, et le spatial figure parmi les technologies stratégiques capables de positionner le Sénégal dans l’excellence mondiale », a déclaré le Pr Hamidou Dathe, directeur général de la Recherche et de l’Innovation au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, en marge d’un atelier sur la future constellation de satellites.
Surveillance des plateformes pétrolières et gazières
Face aux défis climatiques et environnementaux, les données satellitaires apparaissent comme un outil clé pour le suivi de la météorologie, de la qualité de l’air et de l’eau, ainsi que pour la gestion des catastrophes naturelles. Selon les responsables du programme spatial national, plusieurs agences collectent encore ces données à travers des missions de terrain longues et coûteuses. « Pourquoi continuer à envoyer du personnel dans des zones éloignées alors que la collecte peut se faire directement par satellite ? », s’est interrogé Gayane Faye, coordonnateur du projet spatial SenSat.

«Cette approche permet de gagner du temps, de réduire les coûts et d’améliorer la qualité des données», a-t-il ajouté. Le satellite jouera également un rôle important dans la surveillance des zones maritimes, notamment depuis que le Sénégal est devenu, en 2024, un pays producteur de pétrole. Gaïndé Sat-1A pourra contribuer à la surveillance des plateformes pétrolières et gazières et à la détection précoce des risques de pollution marine. Pilier de l’économie nationale, l’agriculture pourrait bénéficier pleinement de l’imagerie satellitaire à haute résolution. Les données collectées permettront de suivre l’état de la végétation, d’évaluer les surfaces cultivées et d’améliorer les prévisions de rendement.
Selon Gayane Faye, ces informations offriront à l’État la possibilité de « mettre en place des politiques agricoles plus ciblées, basées sur des statistiques fiables et adaptées aux réalités du terrain ». Elles contribueront également à une meilleure gestion des ressources et à une anticipation accrue des campagnes agricoles. Cette préoccupation est partagée par l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra, public) sur son site, dans un article consacré à ses 50 ans. Les experts de l’Isra estiment que les marges de progrès dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et de l’agroforesterie ne peuvent « être exploitées de façon efficiente sans une forte implication de la recherche, qui doit y répondre par le transfert et l’adoption de ses résultats de manière efficace ».
Développement des services de télémédecine
Au-delà de l’environnement et de l’agriculture, le spatial ouvre aussi des perspectives dans le domaine de la santé. Maram Kaïré, directeur général de l’Agence sénégalaise d’études spatiales (Ases), a indiqué que Gaïndé Sat-1A facilitera le développement de services de télémédecine.
« Le satellite permettra à certains spécialistes de réaliser des diagnostics à distance, ce qui peut aider à combler le déficit de médecins dans les zones rurales ou éloignées », a-t-il expliqué. Ces consultations à distance pourraient également réduire les déplacements des patients et améliorer la rapidité de la prise en charge. Selon les données officielles, seules les régions de Dakar et de Ziguinchor atteignent actuellement le ratio recommandé d’un médecin pour 10.000 habitants, soulignant l’importance de solutions innovantes pour réduire les inégalités d’accès aux soins.

Le Sénégal dans l’espace des «Grands»
En lançant son premier satellite, suivi prochainement de Gaïndé Sat-1B, -actuellement en cours de montage à Montpellier (France)-, le Sénégal est devenu le troisième pays ouest-africain, après le Nigeria et le Ghana, à entrer dans le cercle des États africains disposant d’un ou de plusieurs satellites, selon le Dr Rachid Id Yassine, maître de conférences en sociologie à l’Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis, dans le nord du pays. Au total, ils sont 18 pays africains dans ce club. L’Afrique du Sud avait donné le ton en 1999 avant d’être rejointe par 17 autres pays, a précisé le Dr Rachid Id Yassine dans un article intitulé « Portrait de l’Afrique spatiale », publié dans la revue scientifique Global Africa (numéro 7), publiée en septembre 2024. Selon le décompte du chercheur, l’Afrique compte aujourd’hui 61 satellites en orbite sur plus de 13.600 dans le monde. Le continent pourrait doubler ce nombre d’ici à 2025.





