Bras droit du président de la République Bassirou Diomaye Faye, Aminata « Mimi » Touré est aujourd’hui chargée de structurer le futur parti politique du chef de l’Etat. Avec plus de 300 maires et 500 formations, ils comptent bâtir une structure efficace, présente dans tout le pays. Dans un entretien publié sur les colonnes de L’Observateur (que Seneweb vous propose en intégralité ci-dessous), « Mimi » Touré présente les contours du nouveau projet majeur du président Faye, tout en répondant à Ousmane Sonko, qui a qualifié la création de ce parti en « distraction politique ».
L’Observateur : Madame Aminata Touré, vous venez d’être désignée à la tête de la Task force chargée de préparer le futur parti du Président Bassirou Diomaye Faye. Comment accueillez-vous cette mission et quelles seront vos priorités dans les prochaines semaines ?
C’est dans la continuité de notre engagement à soutenir le Président Bassirou Diomaye Faye. Tous les leaders de la coalition et les superviseurs généraux adjoints seront impliqués dans ce travail d’élaboration des textes et autres éléments constitutifs pour la création du parti. Nous évoluons vers une forme d’unité plus organique pour être plus efficaces. Tous nos efforts politiques se conjugueront ensemble pour une seule et même cause: la construction d’un parti fortement implanté dans tout le pays.
Le Président a annoncé qu’il souhaitait construire un parti sur une « page blanche », sans fusion avec les formations existantes. Avez-vous déjà engagé une réflexion sur le nom du parti, ses couleurs, son emblème et surtout l’idéologie qu’il entendra incarner sur la scène politique sénégalaise ?
C’est justement le travail que nous allons entreprendre ensemble, les 500 organisations et partis que nous sommes. Nous resterons dans la philosophie et la base idéologique de la Coalition, centrées sur le renforcement de notre démocratie, la bonne gouvernance, la prospérité partagée et le consensus et dialogue comme cadre référentiel. Notre coalition évolue vers un parti, nous ne partons pas d’une tabula rasa, avec une culture d’ouverture envers tous ceux et celles qui souhaitent soutenir le Président de la République dans ses nobles ambitions pour le Sénégal.
Vous avez également la responsabilité de conduire le processus d’investiture des maires ayant rejoint la majorité présidentielle. Quels seront les critères retenus pour garantir un processus transparent, équitable et consensuel ?
Nous ne sommes pas encore au stade d’investiture, nous implantons notre coalition sur l’ensemble du pays avec de nombreux exécutifs locaux qui nous ont rejoint. Nous travaillons ensemble depuis de nombreux mois. Beaucoup de ces maires ont soutenu notre liste aux législatives pour donner une majorité au Président Diomaye. C’est ce qui nous a permis de gagner les départements que nous n’avions pas gagné à la présidentielle comme les départements de Fatick, Dagana, ou Bakel.
L’Alliance pour la République (APR) vous accuse d’avoir « piégé » les maires conviés au Palais de la République. Selon ce parti, ces élus répondaient à une invitation du chef de l’État dans le cadre de ses fonctions institutionnelles, et non à celle de Bassirou Diomaye Faye en tant qu’acteur politique. L’APR estime que le président a profité de cette rencontre pour annoncer la création de son parti et présenter ces maires comme ses soutiens. Que répondez-vous à cela ?
C’est un manque de respect total envers ces maires qui sont membres actifs de la coalition Diomaye Président depuis des mois et dont beaucoup nous ont soutenu aux législatives. L’APR sait très bien que ces maires assument leur appartenance à la Coalition Diomaye Président et comptent plus que jamais soutenir le Président de la République. Ils ont tous renouvelé leur engagement à l’occasion de cette rencontre politique où seuls les maires de la coalition Diomaye ont été invités. Je rappelle que Macky Sall à son arrivée en mars 2012 n’avait que 2 maires, celui de Fatick et Gossas. Quelques mois après, la majorité des maires du PDS l’ont rejoint car les maires souhaitent travailler avec le Président de la République qu’ils représentent dans leurs localités, selon les termes consacrés par la loi. Ils sont des démembrements de l’Etat et ils considèrent que travailler avec le Chef de l’Etat est la meilleure option pour leur population. Que l’APR ait la même dignité que le PDS et arrêtent de prendre ces exécutifs locaux pour leur propriété! C’est un manque de respect total pour ces maires et présidents de conseil départemental qui ont choisi de soutenir le Président de la République.
Le fait d’avoir annoncé la création de cette formation au Palais de la République, devant des maires invités officiellement, ne nourrit-il pas ce procès en instrumentalisation des institutions à des fins politiques ?
Le domicile officiel du Président de la République c’est le Palais, il y mène ses activités privées, y reçoit sa famille et ses amis. Et pourquoi n’y recevrait-il pas ses partenaires politiques? Je ne vois vraiment pas de problème particulier, ne coupons pas les cheveux en quatre. L’idée qu’un Président de la République ne soit plus chef de parti était une idée noble mais elle s’est avérée impraticable: on n’a jamais vu nulle part dans le monde un Président de la République être autant attaqué et invectivé par le parti dont il fut le secrétaire général! Sans son propre appareil politique, le Président de la République devient un otage politique entre les mains de forces politiques aux intérêts divergents. On a essayé et tout le monde voit que ça ne marche pas. C’est même devenu un risque pour la République. Des députés élus pour donner une majorité au Président pour qu’il gouverne sereinement se retournent contre le même Président pour l’empêcher de gouverner. Du jamais vu!
L’agenda électoral est particulièrement serré. Pensez-vous pouvoir, d’ici au mois de décembre, respecter toutes les exigences administratives, juridiques et organisationnelles nécessaires à la création officielle du parti et à son déploiement sur l’ensemble du territoire ?
Nous accélérons la cadence véritablement et nous travaillons tous en feu continu, chacun s’investit à fond. C’est un beau travail d’équipe. Nos 300 maires et plus sont aussi au travail ainsi que les plus de 500 organisations et partis que forment la
Coalition Diomaye Président.
Les réformes issues du dialogue national visaient notamment à rendre plus exigeantes les conditions de création des partis politiques afin de limiter leur prolifération. Certains estiment que la création d’une nouvelle formation aujourd’hui pourrait apparaître en contradiction avec cet esprit de réforme. Que leur répondez-vous ?
Vous mettez de l’eau dans notre moulin car le futur parti absorbera de nombreuses entités politiques et cela contribuera à rationaliser le nombre de partis. Nous allons vers la constitution de larges blocs politiques et c’est une bonne chose.
Le Président du Pastef Ousmane Sonko a déclaré que la création de ce parti relevait de la « distraction politique » et qu’il serait plus opportun d’indiquer aux Sénégalais s’il y aura ou non un référendum pour entériner la révision constitutionnelle déjà engagée par la majorité à l’Assemblée nationale. Comment réagissez-vous à cette critique ?
Je ne commente pas de commentaire. Le référendum aura lieu et il le sait bien. Vouloir changer, pour des intérêts strictement politiciens, un régime stable qui a permis de réaliser 3 alternances démocratiques sans aller consulter le Peuple sénégalais c’est vouloir prendre les vessies pour des lanternes. Laissez moi vous dire ceci: la liste PASTEF a eu 1.991.770 voix sur un électorat de 7.371.890.
Ces 130 députés ont été élus par 27% de l’électorat. Et ils veulent décider seuls de l’avenir de notre démocratie pour juste des raisons pouvoiristes ? Car c’est de cela qu’il s’agit, prendre des pouvoirs du Président République pour les donner au Président de l’Assemblée nationale. Allons au référendum demander aux sénégalais leur avis, est ce qu’ils veulent échanger leur système de gouvernance stable pour des préoccupations pouvoiristes individuelles.
Des observateurs vous désignent, avec le Dr Abdourahmane Diouf, comme faisant partie de ceux qui auraient contribué à éloigner politiquement le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Certains vont jusqu’à qualifier ce projet de nouveau parti de « mauvaise trouvaille » susceptible de conduire le chef de l’État, qui se disait au-dessus de la mêlée, à un échec politique. Que répondez-vous à ces accusations ?
Les chiens aboient la caravane passe. Nous de la coalition Diomaye Président sommes restés dans notre logique: après avoir demandé aux citoyens sénégalais de voter pour le candidat Diomaye, on devrait le combattre, l’empêcher de réaliser le programme qu’il a proposé aux sénégalais durant la campagne électorale? Non et non! nous sommes restés loyaux et constants dans notre logique de compagnonnage avec le Président Bassirou Diomaye Faye.
Au-delà de la création de ce parti, quel est l’objectif politique poursuivi par le président Bassirou Diomaye Faye ? S’agit-il de structurer durablement sa propre majorité, de préparer les prochaines échéances électorales ou de redéfinir les équilibres politiques au sein de la coalition au pouvoir ?
Il s’agit de construire un appareil politique présent dans tout le pays qui permettra de défendre les actions du Président Diomaye et remporter les prochaines élections municipales. Et bien plus quand le temps viendra car nous, nous ne sommes pas en campagne électorale permanente, les sénégalais souhaitent surtout qu’on se concentre sur les solutions à apporter aux nombreux défis économiques et sociaux.



