Présent, hier, à l’Assemblée nationale lors du vote du projet de loi modifiant l’article 319 du Code pénal relatif aux actes contre nature, Ababacar Mboup, président du collectif « Non à l’homosexualité », a salué ce qu’il considère comme « un événement exceptionnel et historique ». Pour lui, cette étape marque l’aboutissement d’un long combat mené par plusieurs organisations de la société civile.
Revenant sur le chemin parcouru, le militant rappelle que la mobilisation ne date pas d’hier. « Permettez-moi d’abord de rendre grâce à Dieu qui nous a permis de vivre cet événement. Ce jour sera inscrit dans l’histoire, non seulement politique, mais dans l’histoire, de manière générale, du Sénégal », a-t-il déclaré. Selon lui, la lutte s’inscrit dans une dynamique engagée depuis plusieurs années par différents acteurs. « Nos prédécesseurs s’étaient déjà battus sur cette question sous le magistère du président Abdoulaye Wade en 2008 », a-t-il souligné.
Mais l’actuelle mobilisation s’est structurée à partir de 2016. « Nous avons créé le collectif “Non à l’homosexualité” le 19 janvier 2016. Cela fait aujourd’hui dix ans et quelques mois de combat », a-t-il expliqué.
À l’origine de cet engagement, rappelle-t-il, un mariage entre homosexuels célébré en décembre 2015 avait suscité une vive réaction. « Nous nous sommes levés pour mettre en place la structure qui regroupait au départ 16 associations », dit-il. Au fil des années, le mouvement s’est considérablement élargi. « Aujourd’hui, nous avons réussi à fédérer 156 associations avec des cellules installées dans tous les départements du Sénégal et même à l’étranger », affirme-t-il.
« Ce n’est qu’une étape »
Pour porter leur plaidoyer, les membres du Collectif ont multiplié les initiatives : tournées de sensibilisation à travers le pays, pétitions adressées aux autorités religieuses, coutumières et syndicales, ainsi que des manifestations organisées en 2021 et 2022.
« Nous avons également introduit deux propositions de loi à l’Assemblée nationale avec l’appui de certains députés, mais elles avaient été rejetées », rappelle Ababacar Mboup. Aujourd’hui, le président de « And Samm Jikko Yi » se dit satisfait de l’évolution du texte examiné par les parlementaires. «Ce n’est pas tout l’article 319 qui est modifié, mais l’alinéa 3. Depuis décembre 2021, nous demandions des peines de cinq à dix ans. Si l’État introduit un projet de loi allant dans ce sens, nous ne pouvons que nous en féliciter », a-t-il déclaré.
Toutefois, pour lui, la loi ne constitue qu’une étape. « La loi a d’abord une vocation dissuasive. Elle ne fera pas disparaître les comportements, mais elle peut décourager ceux qui voudraient les afficher publiquement », estime-t-il.
M. Mboup insiste également sur la nécessité d’agir sur d’autres leviers, notamment l’éducation. « Il faut transmettre à nos enfants les valeurs incarnées par nos aïeux. Cela passe par un système éducatif bien sénégalais », soutient-il, tout en appelant à une vigilance accrue face à l’influence des réseaux sociaux.
Tour à tour félicité par les parlementaires de la majorité qui se sont relayés au pupitre, Ababacar Mboup s’est dit touché par les marques de reconnaissance exprimées par certains parlementaires à l’endroit de son mouvement. «Cela nous va droit au coeur. Nous félicitons également les autorités et les députés, car c’est la première fois que cette question est réellement discutée à l’Assemblée nationale », a-t-il conclu





