Ils ont acté le divorce. Les deux camarades du parti Pastef-Les-Patriotes, Ousmane Cissé et El Hadji Mansour Diop, respectivement Directeur général de la Santé publique et Directeur de l’hôpital Aristide Le Dantec, ont soldé leurs comptes à la barre. Le dossier a été plaidé ce mardi au tribunal d’instance de Dakar. Le prévenu principal, Pape Ibrahima Thiam, bijoutier de son état, est poursuivi pour menaces de violences, voies de fait et injures non publiques. Ousmane Cissé est, lui, poursuivi pour complicité de ces chefs.
Comment Ousmane Cissé et son ami ont été démasqués…
Dans cette histoire, le médecin gynécologue-obstétricien et Directeur de l’hôpital Aristide Le Dantec, El Hadji Mansour Diop, avait porté plainte contre X à la police du Point E pour des faits d’injures et de diffamation commis à partir du numéro de téléphone 76 491… Selon le procès-verbal enregistré sous le numéro 0977/CPE du 28 janvier 2025, le plaignant a déclaré avoir reçu, le 11 juin 2024, des messages WhatsApp au contenu insultant et attentatoire à son honneur, ainsi qu’à celui de son épouse et de sa famille. Il a ensuite mis des captures d’écran à la disposition des enquêteurs. « Elle a proposé son c* à pas mal d’hommes sans succès et là elle tombe sur un qui cherche à se placer », avait écrit le numéro non identifié. Suite à cela, les hommes du commissaire Sow ont adressé une réquisition à l’opérateur Free aux fins d’identification de l’utilisateur de la ligne, de géolocalisation et de communication de l’historique des appels depuis le 1er juin 2024. Il s’est avéré que l’auteur des messages utilisait un téléphone de marque Tecno.
Lors de son audition, El Hadji Mansour Diop a indiqué que le style et le contenu des messages reçus lui rappelaient ceux qu’il avait auparavant reçus du sieur Ousmane Cissé, avec qui il reconnaît avoir eu des relations amicales par le passé, avant une brouille liée à un différend financier datant de 2023. Entendu à son tour, Ousmane Cissé a nié être l’auteur des messages incriminés. Il a toutefois reconnu avoir acheté et offert un téléphone de marque Tecno, ainsi que la puce concernée, à son ami Pape Ibrahima Thiam, avant que l’appareil ne se retrouve entre les mains de Mandiaye Thiam.
Convoqué, Pape Ibrahima Thiam, bijoutier de profession, a reconnu être le propriétaire du numéro 76 491… et avoir effectivement envoyé des messages injurieux à El Hadji Mansour Diop via WhatsApp. Il a expliqué avoir agi pour « soutenir » son ami Ousmane Cissé. Le bijoutier a aussi admis avoir tenu des propos désobligeants à l’encontre du plaignant et de son épouse. Ibrahima Thiam a présenté ses excuses et sollicité la clémence de la justice.
Une confrontation a été organisée entre les différentes parties. El Hadji Mansour Diop a maintenu l’intégralité de sa plainte, affirmant que les messages reçus étaient injurieux et diffamatoires. Ousmane Cissé a, pour sa part, confirmé avoir remis le téléphone et la puce, tout en annonçant avoir déposé une contre-plainte contre le plaignant.
À la barre
Devant le tribunal d’instance de Dakar, Pape Ibrahima Thiam, poursuivi pour actes de violence, voies de fait et injures non publiques, reconnaît les faits. Par contre, Ousmane Cissé, enseignant-chercheur, poursuivi pour complicité, a nié son implication.
Entendu, la partie civile, El Hadji Mansour Diop, a retracé l’histoire : « Les faits remontent à 2024. Le 10 juin, j’avais reçu un message qui m’interpellait. Je lui ai demandé de décliner son identité. Il ne l’a pas fait. Il m’a traité de tous les noms d’oiseaux. Il a traité ma femme de femme aux mœurs légères. J’ai demandé à mon avocat de porter plainte à la Cybersécurité. Comme il persistait, j’ai saisi la police du Point E », explique-t-il.
Le tribunal a donné la parole à Ousmane Cissé, qui se lave à grande eau. « C’est moi qui ai offert le téléphone à Pape Ibrahima Thiam. C’est mon ami d’enfance. Il m’a dit qu’il avait besoin d’une puce Tigo. Par la suite, notre ami Madiaye a dit qu’il avait besoin d’un téléphone. J’ai dit à Ibrahima de lui donner le téléphone », dit-il avant d’ajouter : « Mais je n’étais pas au courant des agissements d’Ibrahima Thiam envers Mansour Diop », rassure Ousmane Cissé.
Il poursuit : « Je dois préciser qu’il m’avait porté plainte pour une histoire de 600 000 FCFA que je lui devais. Je croyais que nous étions amis. C’est lui qui fréquentait mon dossier. Mais j’ai été déçu. Il m’a donné une ambulance pour la tournée d’Ousmane Sonko lors de sa caravane en Casamance. Mais le véhicule a été immobilisé pour défaut d’assurance. Parfois, c’est lui-même qui conduisait pour moi. En réalité, Mansour investissait et attendait quelque chose en retour. Je précise que je ne connais pas sa famille », a conclu le prévenu.
Ses déclarations ont été balayées d’un revers de main par le plaignant. « Je ne fréquentais pas son domicile. On se voyait souvent dans les activités politiques. C’est une contre-vérité s’il déclare que parfois je conduisais pour lui. En réalité, on devait se rendre à Touba pour une activité politique. Il n’avait pas de véhicule. Je lui ai dit de venir avec moi avec d’autres personnes. Je me suis rendu à son domicile une seule fois parce qu’il nous avait invités pour un ndogou, moi et un autre docteur », a démontré le docteur Mansour Diop.
Le prévenu principal, Pape Ibrahima Thiam, a reconnu tous les faits, soutenant avoir envoyé les messages à Mansour Diop dans le but de ternir son image. « C’est moi qui ai envoyé les messages. J’étais au courant qu’il y avait des embrouilles entre Mansour et Ousmane. Comme je discutais souvent avec Ousmane, j’ai décidé de lui prêter main-forte. Je n’ai pas un niveau d’étude élevé, j’ai requis l’avis d’un écrivain public qui a écrit les messages injurieux pour moi », a avoué le bijoutier.
Le juge lui a demandé s’il se souvenait de la date. Il a répondu non. Agacé par les avocats de la partie civile lors de l’interrogatoire, Ibrahima Thiam a finalement tout déballé : « Je voulais juste ternir son image. C’est pour cela que j’avais acheté la carte SIM. Après, j’ai donné le téléphone à Ousmane qui l’a offert à notre ami Madiaye Thiam. Ce dernier ne pouvait pas me demander un service parce que je lui avais offert la somme de 100 000 FCFA la veille », avoue-t-il.
Ousmane Cissé revient à la charge : « Mansour fréquentait mon domicile. D’ailleurs, il avait une fois croisé Ndiaga Seck chez moi lors d’un ndogou que je leur avais offert. Il avait même publié les images sur Facebook. Je n’ai aucun intérêt à monter Ibrahima contre lui. Ils se sont connus chez moi », affirme-t-il. Son ami Madiaye Thiam a été entendu à titre de témoin. Il a confirmé qu’il avait un souci de téléphone et qu’il s’en était ouvert à Ousmane Cissé, qui lui a offert un téléphone de marque Tecno. Interpellé pour savoir si Ibrahima Thiam lui avait offert 100 000 FCFA, le témoin n’a pas confirmé cela.
Les avocats de la partie civile réclament 50 millions de dommages et intérêts
Dans leurs plaidoiries, les conseils de la partie civile ont démontré la culpabilité des prévenus. Me Mame Coumba Kane se dit convaincue que Monsieur Ousmane Cissé doit être condamné pour injures non publiques, violences et voies de fait. Car, selon elle, c’est lui qui détenait le téléphone. Me Arona Bass estime que le prévenu principal ne connaît ni d’Adam ni d’Ève le docteur Mansour Diop. Et il y a un autre prévenu qui dit ne rien connaître du contenu des messages. « C’est de la lâcheté », a-t-il martelé avant d’ajouter : « Ibrahima est un complice par substitution », plaide la robe noire. Son avis a été appuyé par Me Ndoumbé Wone. Selon Me Bass, leur client ne voulait rien réclamer, mais ils ont pris la responsabilité de demander 50 millions de FCFA pour toutes causes et préjudices confondus.
Les observations du procureur de la République
« Un crime n’est jamais parfait. Les preuves scientifiques ont parlé. Les faits reprochés à Pape Ibrahima Thiam ne souffrent d’aucun doute », a lancé le ministère public. Pour le parquet, Ousmane Cissé a fourni les moyens à son ami pour qu’il envoie ces messages injurieux à Mansour Diop. Le maître des poursuites a demandé que les prévenus soient déclarés coupables des faits. Il a requis une peine ferme de six mois pour chacun et une amende de 500 000 FCFA.
La défense plaide non coupable…
Pour le compte d’Ousmane Cissé, Me Khadim Kébé et Me Idrissa Cissé ont plaidé non coupable. « Ousmane Cissé n’a absolument rien fait. Aucune infraction ne peut lui être reprochée. Il n’a pas écrit ces messages », ont-ils soutenu, sollicitant le renvoi des fins de la poursuite. En ce qui concerne le sieur Thiam, Me Kébé a sollicité une application bienveillante de la loi pénale.
L’affaire est mise en délibéré au 12 mai 2026.


