Sortir ou rester dans la zone du franc CFA, quel côté se trouve notre intérêt ?Par Serigne Khadim Mbacké

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Outre la place stratégique qu’occupe la monnaie dans un Etat, elle relève également du pouvoir régalien. Le pouvoir de battre monnaie ne doit en aucun cas être délégué à un autre Etat. Et pourtant l’UEMOA et la CEMAC, composées d’Etats indépendants et souverains, s’obligent de passer par un ministère d’un pays étranger, à savoir le ministère français des finances, pour garantir leur monnaie ; pire encore elles passent par ce ministère pour battre monnaie. Il n’y a en effet aucune usine de fabrication du franc CFA en Afrique. C’est en France, à Clermont-Ferrand qu’on trouve l’usine de fabrication des billets du franc CFA.

L’argument que la France utilise souvent, qui consiste à dire que l’indexation du franc CFA à l’euro assure une stabilité monétaire aux pays de la zone franc, est trop faible. Car la question que nous devons nous poser est de savoir combien cette stabilité monétaire nous coûte ? En effet, le franc CFA, tel qu’il est aujourd’hui, ne remplit pas les fonctions les plus importantes de la monnaie.

D’abord la création de la monnaie par la dette : « chaque fois qu’une banque accorde un prêt, un nouveau crédit est créé, ce sont de nouveaux dépôts – de l’argent entièrement nouveau». Graham F. Towers, directeur de la banque du canada, 1934,1954. Cependant le prêt bancaire coûte tellement cher dans la zone du franc CFA, 10% en moyenne, que nombreux sont ceux qui renoncent à recourir aux prêts pour mener leurs activités économiques. Par comparaison, dans la zone euros, le taux d’intérêt dans un prêt est de 1%. Par conséquent le ratio crédit sur PIB, c’est-à- dire les prêts accordés par les banques, est de 3% dans la zone franc CFA. Alors qu’en Afrique du Sud, il est de 150%. Dans la zone euro, il est également supérieur à 100%. Ceci veut dire que le prêt bancaire est quasi nul dans la zone franc CFA.

Son absence empêche des millions de jeunes africains de pouvoir investir, d’être en mesure de trouver de l’argent pour pouvoir créer leur propre entreprise. En plus, le fait de partager une zone monétaire doit faciliter le commerce intracommunautaire. Cependant les échanges commerciaux dans l’UEMOA restent très faible, 15% ; contrairement à la zone euros dont les échanges intracommunautaire sont supérieurs à 60%.Toutes les personnes averties savent que si le partage d’une monnaie ne facilite pas le commerce intracommunautaire, il n’y a aucune raison de le faire. On peut rajouter à cela le fait que le franc CFA rend déficitaire les balances commerciales de la plupart des pays de l’UEMOA et de la CEMAC. Parce qu’il est arrimé à l’euro qui est une monnaie très forte

Par ailleurs, des pays comme le Cambodge, Le Laos, le Viêt Nam ont renoncé au franc colonial en 1954. Quelques pays africains ont suivi : la Tunisie en 1958, le Maroc 1959, l’Algérie 1963, la Mauritanie et le Madagascar en 1973. Cela n’empêche pas tous ces pays d’entretenir de bonnes relations avec la France.

Cette monnaie profite davantage la France dont les grands groupes, Orange, Eiffage, Groupe Bolloré etc., font des bénéfices colossaux, et ils peuvent rapatrier leurs profits comme ils le souhaitent.

Car « la libre circulation des capitaux entre la France et les pays de la zone du franc CFA» fait partie des clauses. En plus, la France tire profit du fait qu’elle garantit cette monnaie coloniale. En effet, lorsqu’on émet un franc cfa, on doit mettre dans le Trésor français, 0,20 franc sous forme de devise. Le 31 décembre 2014, le total des avoirs en devise de la BCEAO s’élevait à 5 665 milliards FCFA.

Bref, le débat sur le franc CFA devrait être économique. Nous devons voir où se trouve l’intérêt de nos pays. Je ne crois pas aussi que le renoncement à l’utilisation de cette monnaie coloniale puisse nuire les relations entre la France et les pays concernés. Car l’Afrique du Sud, l’Angola et le Nigeria sont les trois premiers partenaires commerciaux de la France en Afrique et aucun parmi eux n’utilise le franc CFA.

Enfin, nos autorités politiques doivent savoir que faire de la politique, c’est agir concrètement dans la société où on vit. Mais la question qui se pose : si j’agis, qu’est-ce que je dois faire ? Pour quoi j’agis, dans quel but ?

Par Serigne Khadim Mbacké fils de Serigne Abass Khalif de Darou Mouhty.

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