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Sénégal : Une vitrine de la démocratie en Afrique ?, par Saïba Bayo, Analyste Politique

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Quelques semainesaprès la tempête électorale sénégalaise j’ai reçu,à Barcelone,la visite d’un ami ; un journaliste photographe de Dakar qui couvre l’actualité sous régionale pour les medias nationaux et internationaux. Nous avions perdu le contact depuis plusieurs mois et notre rencontre était l’occasion pour« une mise à jour » de l’actualité politique sénégalaise.

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Après de longues minutes d’échange de nouvelles, j’ai tenté d’interrompre le long protocole qui caractérise les rencontres sénégalaises et je lui demandai son opinion sur les élections législatives que notre pays venait de traverser. Je commençai soudainement à me préoccuper quand je me suis aperçu que son sourire s’éteignait, son regard s’assombrissait et une profonde désolation s’installait sur son visage.

Sans me laisser deviner, il m’informa qu’il venait de sortir de prison où il avait séjourné deux mois, accusé d’avoir injurier sur Facebook la femme d’un Directeur d’une Agence Nationale. J’ai éprouvé un profond sentiment de stupeur lorsqu’il m’assura n’avoir pas eu droit à un jugement équitable parce que la partie civile ne s’était pas présentée le jour du procès malgré que le Juge ait refusé sa mise en liberté provisoire. Après avoir relaté les faits, qu’il rejeta catégoriquement, il m’avoua qu’il se sentait impuissant et extrêmement déçu par le fonctionnement des notre justice.

En effet, après deux mois d’emprisonnement, il avait été tout simplement relâcher sans faire valoir son droit de défense et encore moins l’opportunité de confrontation son demandeur, une femme qu’il n’a jamais vue auparavant.J’éviterai d’entrer dans un débat sur la procédure judiciaire au Sénégal.

Ce que je trouve admirable chez les sénégalais, c’est cette capacité de banaliser une tragédie en responsabilisant le destin ou la main invisible d’une divinité. Mais le plus remarquable reste le fait que nous ne renonçons jamais à notre passion pour le débat politique malgré les déceptions de nos dirigeants et les injustices commises par les pouvoirs publiques.

Animés certainement par cet esprit, ce compromis inconscient avec les valeurs républicaines, nous avons tout simplement ajourné le débat et avons fermé la parenthèse sur sa détention arbitraire pour nous pencher sur une radiographie de la situation politique de notre pays avant de nous séparer.

Avec les récentes élections, un bon nombre de sénégalais,comme mon ami et moi ;se posent la question à savoir si notre pays jouit toujours de son statut de « vitrine de la démocratie » en Afrique.La controverse sur la bonne santé de notre démocratie, la préservation de nos valeurs républicaines et le respect des principes fondamentaux de notre démocratie ; constituent aujourd’hui le pilier central du débat politique et soulèvent, avec passion, des questions de nature identitaire.

Ce contexte d’apparente tension sociale nous plonge inévitablement dans une profonde réflexion avec, en toile de fond,l’ethnicité, la violence politique,le manque de transparence ou encore la fraude électorale ; comme principales menaces de déstabilisation de notre jeune démocratie.

Je ne cherche pas, par cet article, à évaluer les politiques publiques de l’actuel gouvernement ni de mesurer son degré de performance et encore moins de comparer ses réalisations avec celles de son prédécesseur. Je n’ai nullement pas l’intention de prêter ma voie à la cacophonie discursive politicienne ni de participer à ce « ping-pong politique » caractérisé par des reproches entre les opposants politiques et les membres du régime en place.

Mon adjectif étant de participer modestement à un débat serein et rigoureux à l’ampleur des phénomènes, il ne s’agit pas non plus d’émettre, ici et là, un jugement de valeur sur la gestion de la chose publique.

En effet, vers la fin du siècle passé, la consolidation de la démocratie dans lest Etats africains a suscita la curiosité de bon nombre d’intellectuels et la production académiqueen sociologie et en science politique sur l’Afrique noire se caractérisaitpar l’accent mis sur la gestion des identités communautaires, le développement économique ; et leur corrélation avec la consolidation de la démocratie. Les pessimistes concluront qu’il va falloir plusieurs décennies pour parler de la consolidation la démocratie en Afrique.

Les raisons de ce scepticisme se trouveraient reliées au l’activation du clivage ethnique, la conjoncture économique, le manque de transparence, l’inefficacité des politiques publiques et la mauvaise gouvernance ; pour ne citer que quelques variables.Sur cette lancée, les opinions majoritaires conviennent aujourd’hui que l’utilisation des identités communales dans les campagnes électorales constitue un tremplin pour la recrudescence des conflits ethnico-religieuses et, de facto, l’involution démocratique avec son corolaire d’apparition des autocraties, de conflits identitaires et de collapse des Etats.

Au Sénégal, avec l’avènement de l’alternance politique survenueau soir du 19 mars 2000 suivie du coup de fil du président sortant Abdou Diouf félicitant à Abdoulaye Wade, notre pays venait de briser « le plafond de verre » qui séparait les démocraties pauvres de celles développés. En plus du statut de pays le plus pacifique et notre merveilleuse cohésion sociale, le Sénégal venait de s’installer confortablement à la tête des pays les plus démocratiques de l’Afrique.

Malgré les troubles intervenus durant le deuxième mandat d’Abdoulaye Wade, nous avons conservé jusqu’ aujourd’hui notre statut de « vitrine de la démocratie » en Afrique au côté du Ghana, Cap-Vert et Bénin. Cela a été possible grâce à la fiabilité du processus électoral et au bon déroulement des élections successives qui conduiront à la chute du régime de Abdoulaye Wade en 2012.

Nous nous sentions tous orgueilleux d’avoir préservé la règle d’or de la démocratie ; en l’occurrence l’alternance de différents groupes ou partis politiques au pouvoir grâce à la tenue d’élections libres et transparentes. Il faut signaler qu’en démocratie la défense de la souveraineté populaire consiste à garantir le droit du peuple de choisir et de contrôler leur gouvernement en toute liberté.

Certes, chaque peuple choisie librement d’adapter la démocratie à ses propres valeurs, croyances, attitudes comportements. Le débat sur la situation qui prévaut aujourd’hui ne permet pas la subjectivité et se pencher sur une formulationsur une définition de la démocratie ne nous conduira nulle part.Néanmoins, ils existent des principes fondamentaux qui doivent prévaloir et des exigences qui doivent être respectés dans tous les systèmes démocratiques. Ces principes sont la liberté, la justice et la transparence.

C’est dans la préservation de ce principe que le 30 juillet dernier, les sénégalais furent appelés aux urnes pour choisir les représentants de la treizième législature. Malgré la violence verbal et physique qui caractérisèrent la campagne, la majorité de la population avaittout de même gardé une sensation d’infaillibilité, de rigueur et de transparence de notre processus électoral.

Ironie du sort ou résultat d’un sabotage programmé, les rapports des observateurs, unis aux plaintes des partis de l’opposition, font état de véritable désastre organisationnel et les allégations de fraude éclaboussent le débat politique dans un climat ou opposition et partis de la mouvance présidentielle se rejettent les responsabilités.

Les allégations de fraude électorales

En démocratie, le socle de la liberté réside dans l’indépendance et la légitimité des institutions. Tous les efforts et les actions des autorités publiques doivent être orientés vers la préservation et la promotion de la liberté et la préservation de l’indépendance des institutions. Le droit des citoyens de choisir leurs représentants pour diriger ces institutions est indissociable de la liberté individuelle dans un pays ou le respect des règles démocratiques est la base de la convivialité et la paix social.

Dès alors, toute intervention illégale visant à violer ce droit, à l’annuler ou à modifier les résultats de ce choix est considérée comme une atteinte à la démocratie elle-même. Ainsi, la fraude électorale est considérée comme l’une des principales actions qui portent atteinte à la liberté du citoyen et à la légitimé des institutions.

Nous parlons de fraude électoral lorsque nous constatons un disfonctionnement du code électoral ou du processus tel que : le retard dans l’ouverture et la fermeture des bureaux de vote, l’indisponibilité à temps réel du matériel électoral sur tout l’étendu du territoire, l’ingérence et la partialité des institutions dans le processus électoral.Mais jusqu’à quel point pouvons dire que la fraude électorale a occasionné une distorsion du choix des électeurs ?

La mesure de la fraude électorale reste une mission assez complexe et risquée dont peu de chercheurs ont osé défier jusqu’à nos jours. Le problème qui se pose à l’heure d’évaluer ou de mesurer la fraude électorale est relatif à la dimension quantitative de l’analyse. La controverse sur l’impact de la fraude électoral sur les résultats ne cesse de soulever des passions parmi les académiciens spécialistes des sciences sociales.

En 2012, une équipe de chercheurs dirigée par le Dr Stefan Thurner, du Centre de Statistiques Médicales, Informatique et Systèmes Intelligents de Vienne, avait décidé de mesurer statistiquement comment la fraude durant le processus électoral peut influer sur les résultats des élections. Ce qui attire notre attention dans leur analyse est le fait que ces experts aient identifié deux types de fraude électorale.

Le premier cas, qu’ils appelleront « fraude graduel »,se produit lorsque les bulletins d’un candidat sont ajoutés et ceux des autres candidats sont supprimés ou cachés. Le deuxième cas, « fraude extrême », se produit lorsque le résultat d’un des candidats ne reflète pas la réalité des suffrages réellement exprimés. D’autres experts se sont intéressés à la dimension juridique de la fraude et les enjeux politiques que cela représente.

Au lendemain des élections législatives sénégalaises, les accusations de fraude venaient aussi bien du camp présidentiel comme de l’opposition. Le constat des observateurs sur ces élections est aigre et fait état de bureaux de votes ouverts tardivement dans certaines zones, bulletins manquants de certains candidats, impossibilité de trouver les noms sur les listes, bureau de vote saccagés dans certaines localités, cartes d’électeurs non distribuées.

Au comble, le Ministère de l’intérieur avait reconnu, à la veille des élections, qu’un nombre important de cartes d’électeurs n’allait pas être à disposition des ayant droits avant les élections.Une information qui sera ratifié plus tard par le Président de la république dans son évaluation du processus. Le résultat de défaillance des administrations est tout de même insolite si on considère qu’ils ont eu cinq ans et disposaient de tous les moyens financiers pour organiser les élections.

Certes des mesures de dernières minutes ont été prises pour palier les conséquences négatives, mais le fait d’avoir privé une partie des sénégalais de leur droit de vote est une violation des principes démocratiques. Cependant l’existence de la fraude électorale est-elle une condition suffisante pour procéder à annulation d’un scrutin ?

Face à la controverse sur la validité ou non des résultats électoraux avec, en toile de fond, des allégations de fraude ou des requêtes introduites dans ce sens auprès des tribunaux, il convient de signaler que la fraude électorale repose sur le principe d’irrégularité et de manquements constatés dans le processus électoral. La constatation ou l’existence de la fraude électorale n’implique pas forcement une déformation des résultats et, de facto, l’invalidation du scrutin.

Dans un article publié en 2007 suite à une profonde recherche sur la fraude électoral en France, Nathalie Dompnier, Chercheur à L’Université d’Avignon ; arrive à conclusion que la validation ou pas d’un scrutin reste une compétence des tribunaux et ces derniers ne sanctionnent pas la violation du code électoral ou les anomalies constatés durant le processus électoral, mais plutôt leurs impacts sur les résultats.

Malgré la reconnaissance des anomalies, de la part des observateurs, dans le processus électoral sénégalais ; ces derniers ont évité toute appréciation sur les possibles impactes.Ce qui est étrange dans ces élections, c’est surement le retrait des médiats qui ce sont limité à publier les résultat avancés, dans certains départements comme Dakar, par les partis politiques et les candidatures ; laissant entrevoirune possibilité de fraude.

Malgré que les requêtes des partis de l’opposition aient été rejetées par les tribunaux et que nous ne disposions pas mécanisme fiable et reconnu pour mesurer la fraude, la situation politique au lendemain de ces élections avoisine une période assez immature de notre démocratie avant l’alternance de 2000.

A l’aune de ces argumentations, Il résulte alors plus judicieux et profitable pour la démocratie sénégalaise que l’ensemble des acteurs politiques commencent à aborder un dialogue constructif et une dynamique d’action visant à sécuriser les prochaines élections pour la bonne santé de notre système politique, la légitimé des institutions et la conservation de la paix sociale.

Néanmoins, la sécurisation du processus électoral ne saurait être efficace sans un consensus et un compromis politique fort autour des questions sensibles comme l’interdiction des manifestions identitaires en campagne, la promotion des candidatures sur la base de l’appartenance ethnico-religieuseet la pénalisation des discours ethnicisés en campagne.

Les acteurs politiques doivent immédiatement trouver un consensus autour de la primauté de l’Etat de droit, avec la récupération des conclusions des assises nationales. Dans cet aspect il est urgent et nécessaire de faire des efforts pour assurer l’égalité des citoyens devant la loi pour éviter la recrudescence des phénomènes comme l’ethnicité.

L’apparition de l’ethnicité dans la politique.

L’histoire nous a démontré que l’utilisation des identités communales dans la recherche de sympathisants s’est toujours soldée par le collapse des institutions et un cataclysme humanitaire. Dans son ouvrage : « les origines du totalitarisme », Hanna Arendt analyse la manipulation des identités ethniques et religieuses en Europe depuis le moyen âge et établie une relation directe avec l’utilisation des lois qui conduiront au nettoyage ethnique et au génocide à la veille de la deuxième Guerre Mondiale.

Les sciences sociales définissent l’ethnicité comme un fait social universel, une réalité anthropologique qui permet aux individus de s’identifier et de construire des liens basés sur la conscience d’une expérience historique, l’appartenance à une communauté, une culture et le partage d’une langue. L’ethnicité apparaît, à la lumière des doctrines, comme un phénomène politique en interaction constante avec les dynamiques administratives et idéologique.

En Afrique, l’ethnicité a toujours préservé une relation étroite avec l’évolution de la politique depuis les premières années des indépendances. En effet l’appartenance ethnique a été utilisée dans certains pays comme le Sénégal ou le Tanzanie pour renforcer la création d’une identité plurinationale. Par contre, dans d’autres pays comme le Kenya ou le Nigeria, elle a également été activée par les responsables politiques pendant les compétitions électorales pour gagner la sympathie de l’électorat.

Dans ces deux derniers, l’ethnicité tend à devenir une source de conflit et de violence politique, un phénomène de déstabilisation de la démocratie et, par conséquent, sa gestion constitue aujourd’hui un véritable casse-tête pour les autorités.

Si l’ethnicité a, jusqu’ici, bien été gérée au Sénégal il faut tout de même rappeler qu’elle n’a jamais été un clivage ouvertement utilisé dans les campagnes électorales. De fait, la création de l’identité nationale sénégalaise est la résultante du métissage culturel et la fusion, au plus bas niveau de notre société, des identités particulières.

Sous le régime de Senghor les autorités considéraient la culture comme le moteur de l’union des peuples et étaient convaincus que la meilleure façon de préserver la cohésion sociale ne saurait que la création d’une identité nationale qui agglutinerait les différences. Abdoud Diouf contribuera considérablement au maintien et à la promotion de l’héritage multiculturel « senghorien » avec le renforcement du métissage culturel dans le paysage politique Sénégalais.

Dans ce sens, Penda Mbow nous signale que le projet de création d’un État plurinationale a pu être réalisé au Sénégal par l’intermédiaire d’un puissant ministère de la culture et grâce à l’influence de la société nationale de la culture. Par ailleurs, à travers de la télévision, la production d’œuvres de théâtre, les spectacles de danse, la diversité culturelle et linguistique sur scène ; ont transmis une perception positive de la diversité ethnique et un sentiment d’appartenance à une société multiculturelle où toutes les communautés sont représentés et acceptées et les valeurs sont partagées.

L’organisation de la troisième édition du Festival Mondial des Arts Nègres sous le mandat d’Abdoulaye Wade visait à récupérer cet esprit universaliste de notre métissage culturel. L’avantage du Sénégal sur les pays voisins se trouve au niveau du capital humain et du leadership. Les dirigeants sénégalais ont pu capitaliser ce potentiel humain en s’entourant d’hommes et de femmes avec un sens très élevé de l’éthique et la responsabilité à l’image de Cheikh Hamidou Kane, Keba Mbaye, Amadou MakhtarMbowect.

Notre pays a pu bénéficier d’une génération de politiciens qui avaient une perception noble de la chose politique et surtout ont su adopter un comportement exemplaire pour trouver un discours loin du populisme et l’utilisation du sentiment identitaire pour capter des votes.

Mon dernier séjour au Sénégal, en pleine campagne électorale pour les législatives au mois de juillet dernier, m’a permit de saisir l’ampleur de la confusion et la tension sociale. Au comble, un article publié en mis Août sur l’ethnicité par Mr Hamidou Dia, professeur de philosophie et conseiller spécial du Président de la république, a fini para dévoiler la problématique ethnique au Sénégal.

Dans son article repris par la plupart des médias en ligne, Mr Dia s’investit dans un débat jusqu’ici animé sur les réseaux sociaux. Il le fait en taclant sévèrement les wolofs qu’il considère d’ethnocentristes ou, plus grave de « suprémacistes » et écrit : « … d’abord une parenthèse importante en direction de mes amis wolofs qui font preuve de ce que feu Amadou Aly Dieng appelait le wolofo-centrisme ».

Le professeur décharge sa colèresans complexe tout en dénonçant l’usurpation et les phagocytassions culturelles des wolofs sur les autres ethnies du Sénégal. Même s’il est revenu sur ses propos quelques jours plus tard pour se rectifier, il y a dans ses propos de quoi à être abasourdi, consterné et stupéfait. D’abord ce sont des propos qui dévoilent que l’auteur, un philosophe, incarne et représente une pensée et défend une doctrine.

Deuxième chose, avec son éruption dans un débat si délicat, Mr Dia donne une allure officielle à l’existence d’un phénomène que les sénégalais s’entêtent de nier avec toute leur énergie. Mais ce qui est plus alarmant dans la désinvolture et la prise de position du conseiller du Président, c’est qu’il donne la sensation de défendre le Président contre les « ethnocentriste-wolofs » lorsqu’il affirme, en catimini, que les détracteurs sont gênés du fait d’avoir un Président halpoulrar : « Est-ce parce l’actuel Président MackySall est Hal pulaar bon teint, ce qui serait pour certains un péché mortel ».

Avec cette tentative de riposte, Mr Dia s’est tiré une balle dans son propre pied et a fini par éclabousser la figure du Président de la République qui tente donner une image de dirigeant implacable moderne et model. Malheureusement, comme dit l’adage il n’y pas de fumée sans feu. Ce qui est contradictoire dans les propos du professeur, c’est qu’il affirme que les prédécesseurs du Président Sall n’étaient pas des wolofs dans un sens approprié du terme et pourtant n’explique pas pourquoi ces derniers ne furent vilipendés publiquement et accusé d’ethnocentristes.

Après cette maladresse intellectuelle et communicationnelle, il se présente une opportunité unique pour le Président MackySallet son conseiller de convaincre les sénégalais et d’apaiser la tension sociale. Celle-ci passerait d’abord par la démission de Mr Dia comme conseiller spécial du Président. Rien n’est gratuit ni naïf dans le processus de construction du pouvoir où les intellectuels occupent l’antichambre de la doctrine et servent de guide pour orienter les dirigeants.

Le degré de leur sagesse et de leurs amplitudes de vue ont toujours déterminé l’action et l’œuvre des gouvernants. Dans ce sens, les enseignements de Nicolas Maquiaveldans « le Prince » restent toujours édifiants et l’entourage du président doit s’y inspirer pour forger un leadership basé sur l’amoure et le charisme.

Cela me ramène à connecter l’article de Mr Dia, en tenant compte du contexte dans lequel celui-ci est publié, avec le discours rectoral du philosophe Martin Heidegger en 1933 : « Affirmation de l’universalité allemand ». À l’occasion Heidegger écrivit : « […] Le monde spirituel d’un peuple n’est pas la superstructure d’une culture ni un arsenal de connaissances et de valeurs utilisables, mais plutôt le pouvoir de garder au plus profond soi, les forces de la terre et le sang en tant que pouvoir capable d’émotionner de façon intime…

Seulement un monde spirituel garantit le peuple sa grandeur. Parce qu’il l’oblige à choisir constamment entre la volonté de grandeur ou permettre la décadence. Ainsi ce module le rythme de progression commencée par notre peuple vers son histoire future … ». Heidegger prendra plus tard ses distances vis à vis du national-socialisme allemand lorsqu’il constata que sa vision de la grandeur du peuple allemand était bien différente de celle d’Hitler.

Mais, le mal était déjà fait et le troisième Reich était bien implanté dans le cœur des allemands et bon nombre d’intellectuels avaient succombé à son charme. Heidegger n’était pas le seul intellectuel qui avait succombé à l’utilisation des identités au bénéfice de la récupération des valeurs traditionnelles ancestrales.L’ethnicité est un couteau à double tranchant et Mr Dia aurait pu prendre ses distances vis-à-vis de l’émotivité des identités ethniques et mettre la raison au servir du peuple sénégalais et son Président.

Certesl’ethnicité est et restera un élément transversal pour la stabilité démocratique du Sénégal.La création de notre identité plurinationale a été effective à partir de l’acceptation de la différence et une sorte d’officialisation « des cousinages à plaisanterie ».Par contre nous avons rarement assisté à de telles accusations, entendu des injures ou diffamations publiques envers un groupe ethnique, comme ce fut le cas dans les semaines postélectorales.

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De fait, le Professeur Dia basaitson article sur les insultes de la jeune femme Penda Bâ envers les wolofs sur une vidéo, ou elle prétendait répliquer à un individu dénommé Assan Diouf qui s’est rendu soudainement populaire sur les réseaux sociaux à cause des injures infligées au Président de la République et son entourage.

Ajourner le débat sur la question ethnique, comme prétend le professeur Dia, en tentant de présenter cette jeune femme ou le dénommé Assan Diouf comme une espèce de brebis-galeuses, des personnages vulgaires, incultes, indisciplinées et incapables de supporter leurs frustrations ; serait une grave erreur historique.

L’affaire Penda est une opportunité que tout le Sénégal doit saisir pour anticiper les phénomènes de dérapage ethnique en politique. Parce que c’est tout d’abord un problème politique qui ne peut pas être résolu par la vielle méthode de la carotte et le bâton.

Nous serions tentés de nous flageller si nous acceptons ce vieux dogme selon le quelle le peuple sénégalais est assez mature pour se laisser leurrer par des questions ethniques. Croire à cela équivaudrait à accepter sorte de mythologie platonique comme quoi les sénégalais descendraient d’un peuple issue d’un monde où les représentations seraient parfaites. Ce qui revient à postuler que le sénégalais soit couvert d’un manteau devin qui lui épargnerait des désastres provoqués par l’utilisation de ethnicité dans la politique.

Nous savons aujourd’hui que l’utilisation de l’identité raciale aux Etats par Donald Trump a fini par exacerber la violence raciale ces derniers mois. Au Kenya, la quête du vote ethnique a plongé le pays dans un bain de sang en 2007 ; et la tension sociale au lendemain de récentes élections peut finir par plonger le pays dans un nouveau climat d’extrême violence. Au Sénégal, nous sommes toujours loin de tel scénario.

Néanmoins, face à l’absence de programme politique, l’existence de discours politiques dirigés vers des objectifs spécifiquement ethniques est un secret à haute voix. Certains politiciens n’hésitent pas à se présenter comme le candidat d’une communauté en opposition à un candidat déterminé. Nos constatons d’avantage l’émergence du phénomène « porkBarel » dans le paysage politique sénégalais.

Ceci consiste à présenter les politiques publiques de l’Etat comme étant des contributions des politiciens au développement de leur localité. Tant soit peu, l’image de l’exécutif sénégalais est ternie dans certaines localités par des accusations de trafic d’influence sur la base de l’appartenance ethnique. Une image qui se dégrade d’avantage avec les accusations ségrégationnistes à l’origine des détentions préventivespour délit d’injure, de diffamation ou encore d’offense au chef de l’Etat dont l’issue juridique reste le plus souvent en suspension dans les tribunaux.

La violence verbale et les limites de la liberté d’expression.

Les détentions pour injures et outrance au chef de l’Etat comme celles qui ont conduit à la détention préventive d’une journaliste de la télévision locale de Touba, OuleyeMané, et de la jeune chanteuse Amy Collé Dieng ; sont devenues une pratique courante au Sénégal.J’ai suivie de prêt le cas de ces deux jeunes femmes. La première aurait été arrêtée pour avoir publier, dans un groupe Whatssapp,une caricature ou un photomontage qui viserait à diffamer la figure du Président de la République.

Quant à la chanteuse, elle aurait posté un message audio,également dans un groupe de Whatsapp,ou elleaurait traité le chef de l’Etat de fainéant et de vouloir se maintenir au pouvoir en manipulant des élections et en intimidant les sénégalais. Le délit d’offense au Chef de l’Etat est sanctionné par l’article 80de la Loi nº 99-5 de janvier 1999 du code pénal qui punie d’une peine d’emprisonnement allant de six mois à cinq ans et d’une amande de 100.000 à 1.500.000 francs.

Au delà du débat sur les limites de la liberté d’expression qui caractérise la démocratie, la question que nous devons nous poser est de savoir si notre démocratie doit toujours conserver ces genres de législation vue le niveau d’avancement et d’ouverture de notre société. La Ligue des Droit de l’Homme a déjà tiré la sonnette d’alarme sur les failles que peuvent provoqué l’application de cette loi et a demandé, sans succès, sa suppression du code pénal.

Ce qui est sûre c’est que ces « brouets »normatifs posent aujourd’hui un débat sur les limites de la liberté d’expression et le recours à la force de la part des administrateurs du pouvoir.Si ce phénomène revient à la surface, il faudrait rappeler que l’alternance survenue en 2000 avait doté le peuple d’une certaine liberté que les acteurs n’ont surement pas su administrer. En effet, la loi en question date d’une période marquée par la prise de conscience citoyenne qui annonçait la fin du régime socialiste.

La société civileaurait souhaité sa suppression sous le régime d’Abdoulaye Wade, mais les partis politiques ne se sont jamais investis à font pour l’éliminer complètement de notre code de procédure pénal. Les défenseurs du maintien de l’article 80 avancent des arguments qui frôlent un républicanisme conservateur.

Cependant cette obsession de maintenir des normes draconiennes pour protéger l’image du Président contribue à une ampliation du fossé entre le citoyen le pouvoir. Par conséquent, sa postérieure modification en 2014 par l’exécutif actuel cache des intentions assez douteuses.

Certes la liberté d’expression ne donne pas le droit d’injurier ou de diffamer les autres, indépendamment de leur rang ou leur statut social. Le droit de protéger la dignité et l’honneur du citoyen est garanti par notre constitution et offre une protection universelle à tous les citoyens à part égale. Alors pourquoi une législation spéciale pour protéger le Président des ces même délits ?Injurier un Président de la république qui assume en même temps le statut de chef de partis politique pourrait-il être considéré comme un attentat contre l’ordre public ?

Nous avons de fortes raisons d’être inquiété vue que l’article 80 a généralement était brandit par le procureur pour arrêter principalement des opposant politique et des responsables des médiats. Dejà en 2014,« Enquète Plus », un journal en ligne,avait publié un article dont je reproduis ici une partie. “[…] les victimes de l’article 80 sont nombreuses qui ont séjourné en prison pour les délits d’offense au Chef de l’Etat.

Parmi elles, le secrétaire général du Bloc des centristes gaïndés (BCG), Jean-Paul Dias, le patron du Groupe Avenir Communication (éditeur du Quotidien) Madiambal Diagne, le journaliste El MalickSeck, alors officiant à ‘’24h chrono’’. Sous MackySall, la liste des victimes de l’article 80 risque de s’allonger au rythme des arrestations pour le délit d’offense au Chef de l’Etat.

Sidy Lamine Niasse, PDG du groupe Walfadjri, y est passé, sans oublier Me Amadou Sall, ancien ministre libéral, qui avait comparé Macky Sall à un féticheur dans le dossier de Karim Wade, et Mamadou Massaly (PDS). Pour Bara Gaye, ex-SG de l’UJTL, c’était six mois de prison ferme pour le délit d’offense au chef de l’Etat. Il avait accusé Macky Sall d’avoir retiré des passeports diplomatiques à des marabouts pour les remettre à des homosexuels…”

Il faudra-t-‘il rappeler les montages photos et les caricatures qui visent à ridiculiser les hautes personnalitésfont partis du langage courant sans que cela puissent bifurquer sur un désordre publique. Ce fut le cas avec la Première Ministre Mame MadiorBoye en toplesssans que cela ne provoque une alerte rouge pour la sécurité et l’ordre public. Le Président Abdoulay Wade fut la cible des « foudres » de Souleymane Jules Diop, actuel Directeur du PUDC.

Mr Diop était un personnage méconnu des Sénégalais avant ses attaquesvulgaires et virulentescontre le Président de la république. Il présentait son combat comme dans l’optique de défendre le peuple sénégalais. C’est exactement le même argument qu’utilise un autre individu dénommé Assan Diouf, dans ses transmissions directes, pour insulter et traiter des propos vulgaires vers l’actuel Président.Je me demande si Mr Diop, l’injurier de Wade et Mr Diouf, celui du Président Sallavaient réfléchit sur leur devoir de citoyen et leur obligation de respecter les institutions républicaines.

Certes la fonction de Président de parti que conservent nos chefs d’Etat ouvre une brèche entre le langage fondé sur l’esprit de compétition et celui du respect dela figure du Président de la république. La figure du Président de la République bénéficie de la confiance du peuple sénégalais, elle est donc protégée par ce mandat populaire qui fait du Président le seul individu apte à parler et prendre des décisions au nom du peuple.

Néanmoins, ce que je déplore de toute cette histoire, c’est le fait que le successeur du président Wade ait récompensé Mr Jules Diop avec un poste ministériel et aujourd’hui cet individu perçoit un salaire comme Directeur d’une importante Agence rattachée à la présidence de la République, une institution qu’il a pourtant vilipendé sans cesse sure les médias.

Certes, certain de mes compatriote verront dans les injures au chef de l’Etat et les attaques ethniques comme un fait isolé ou tout de même un incident inédit, conséquence du manque de responsabilité et de réserve de certaines brebis galeuses sur les réseaux sociaux. Par contre, je pense que c’est tout un symbole et une résultante de la recrudescence de « l’éthnisation » de la politique et la violence physique et verbal dans l’arène politique.

Si Abdoulaye Wade attaquait Abdou Diouf en utilisant des termes comme « Mr Forage et Mme Moulin », en allusion aux politiques inefficientes, l’opposition à Wade s’est faite virulente par des injures et l’utilisation des informations personnelles. Ces phénomènes sont la conséquence directe du manque de programme et de discours des responsables politiques qui considèrent la politique comme un moyen de survie.Hélas, les campagnes électorales au Sénégal ont toujours été marquées par la violence physique et verbale.

Cependant avec ces dernières élections nous avons assisté, athonites, à de violents affrontements physiques qui ont parfois convertis les meetings politiques à de véritables champs de batailles entre bandes où des machettes, des haches, des projectiles et des armes à feu finirent par imposer un climat de maxime stupeur dans certaines localités du pays. La violence politique est l’une des principales conséquences de l’instrumentation de la politique, aperçue comme la voie la plus facile pour échapper d’une plèbe où tout le monde « tire le diable par la queue ».

La politique : un ticket gagnant, une assurance-vie

Depuis l’alternance de 2000, la politique est devenue une sorte d’assurance-vie, un « ticket gagnant » pour un grand nombre de sénégalais et la possibilité d’obtenir un emploi, le garder et de se promotionner convenablement. Avec 255 partis politiques, le Sénégal est l’un des rares pays avec le plus grand nombre de partis politiques en proportion de la population. Nul n’échappe de la politique ; du petit fonctionnaire jusqu’au marchand de légume, tous attendent rompre un jour le « plafond de verre » pour prendre une place au soleil au côté des bourgeois classiques.

La conservation de ce qu’on appelle « base politique » est d’abord une question de survie professionnelle et tous les moyens sontbons pour conserver la survie de son parti politique. Si le principal objectif d’un parti politique dans une démocratie consolidée est la conquête du pouvoir, les partis politiques au Sénégal servent de tranchées où les fondateurs « immeubles » se retirent pour attendre le moment opportun et procéder, sans le moindre problème de conscience, au retournement de veste afin de rejoindre le cheval gagnant et participer au partage du butin.

En démocratie la divergence idéologique est, pour l’électorat, un indicateur déterminant pour départager les candidats. Par contre au Sénégal l’idéologie est résiduelle, nominative et sert simplement d’instrument de Marketing politique. Il n’y a pas à de gauche ni de droite et encore moins de centre pour orienter l’électeur.
Les programmes existent très rarement et là où ils existent, ce sont de véritables compilations de slogans et de grandes idées copiées par ci et par là pour snober ses concurrents et, dans certains cas, ses propres sympathisants.

Le militant sénégalais est un véritable artisan de bruit, d’authentiques porte-drapeaux qui servent à visualiser la présence d’une figure politique. Le militant sénégalais n’a pas de voie et ne songe à avoir une opinion et encore moins la défendre si elle celle-ci se confronte à celle du « bigfather ».La relation entre dirigeant et base politique est strictement vertical et les décisions sont prises « Top-Down » et jamais « Bottom Up ».

Les raisons qui poussent les électeurs à déposter leurs confiances sur un candidat ou un autre sont tout de même discrétionnaires. Un bon nombre d’électeur votent en pensant au bénéfice propre ou au phénomène « pork Barrel » que pourra leurs apporter au cas leurs candidats serait élu, d’autres votent pour des raisons plutôt identitaires et de proximité. Dans ces cas de figure, je rejoint le postulat d’un homme politique sénégalais qui formulait une idée selon laquelle « tout sénégalais a un prix ».

Il serait imprudent et assez risqué de dire que les sénégalais n’ont pas de conviction mais force est de reconnaître que leur libre choix politiques se reflète parfaitement dans la classe politique triomphante. Ce qui est regrettable c’est que dans cette espèce de « jeu de dupe », chacun connaît sa place et sait parfaitement ce qu’on attend de lui et la solution pour désamorcer le complot semble très loin. Alors, on trouve une justification à la question : à quoi sert la liberté si nous ne nous servons pas d’elle pour nous battre pour le respect de nos valeurs et nos principes ?

Les limites de la liberté contre la préservation de l’ordre publique.

Prétendre démontrer que nous ne jouissons pas de liberté au Sénégal serrait une véritable masturbation intellectuelle. Notre pays occupe la troisième place du placement des pays africains en termes de liberté selon Freedom House et nous occupons une place prépondérante dans la presse internationale sur les questions relatives au respect des Droits de l’Homme en Afrique.

Cependant ceci ne doit pas être un motif pour admettre les détentions abusives au nom d’une prétendue lutte contre le terrorisme ou les détentions prolongées et non justifiées pour des délits d’offense ou d’injure sur les réseaux sociaux.

La perception de la liberté dans notre paysvient, le plus souvent, combler l’absence ou le manque de liberté dans les pays limitrophes.En générales les sénégalais ont tendance à comparer la situation de libertés individuelles avec le scénario de liberté précaire dans les pays de la sous-région. Il est très peu profitable pour l’avancer de notre démocratie lorsque nous nous limitons à dire que les Sénégalais ont plus de libertés que les Gambiens, les mauritaniens, les guinéens et, du coup, nous décidons d’ajourner toute tentative de confrontation d’idées sur cette problématique.

Ceci serait improductif d’autant plus que le degré d’évolution de la démocratievarie en fonction des temps et de la culture politique de chaque peuple. C’est un signal de démocratie primitive le fait de penser que pouvoir critiquer un régime dans une démocratie est suffisant pour ajourner le débat sur la violation des droits fondamentaux.

Notre patriotisme et notre nationalisme aveuglés ne doivent pas nous pousser à nous accrocher à un supposé avantage de notre maturité politique sur nos voisins au moment où le Procureur Général envoie des individus en prison pour des délits d’offense ou outrance au chef de l’Etat, pour les laisser en liberté provisoire après quelques semaine voir mois. Il est inadmissible d’avoir des personnes en détention provisoires en attente d’un jugement pour un délit dont la peine d’emprisonnement est largement inférieure au séjour carcéral.

Par ailleurs l’exécutif sénégalais redore son blason en matière de bonne gouvernance et nos autorités se targuentd’être à l’avant-garde de la lutte contre la corruption en Afrique. Par contre les détentions médiatisés et les emprisonnements pour corruptionciblent très rarement ou presque jamais les responsables politiques de la mouvance présidentielle. Certains responsables politiques accusés de détournement sous le régime de Wade ont d’ailleurs rejoint le camp présidentiel pour mettre un terme aux poursuites judiciaires.

La« transhumance » politique est la solution à laquelle font recours les politiciens corrompus pour échapper de la justice. Cela pose quelques problèmes d’ordre étique. Le premier problème renvoie à la contradiction entre l’action et la vision du gouvernement. En acceptant les transhumances politiques vers le parti au pouvoir tout en graciant les corrompus, l’exécutif laisse entrevoir l’existe de la justice à deux vitesse : la carotte pour les amis et le bâton pour les autres.

Cette action crée inévitablement un précédent dan le fonctionnement de la machine politique. Tout parti qui arrive au pouvoir se voit légitimer à procéder de la sorte pour capter de nouveaux fidèles. Ce qui se traduit inévitablement par une perte de crédibilité des institutions et une perversion du concept de la démocratie.

L’apparente bonne réputation du Sénégal en lutte contre la corruption ne cesse d’être une construction, un mirage vues le scénario actuel. Certes, certains organismes comme Transparency International ou Afrobarometerconsidèrent le Sénégal comme l’un des pays les plus performants de l’Afrique en terme de lutte contre la corruption. Je ne saurais mettre en question les critères et la méthodologie d’analyse et d’évaluation de Transparency International.

Mais je reste tout de même prudent quant au contenu de ses rapports. Ce qui est inquiétant dansles conclusions de ces organismes,c’est qu’ils basent généralement leurs analyses sur les emprisonnements des responsables politiqueset la perception générale des sénégalais, une perception biaisée à causedu manque d’information et de transparence.

Si l’emprisonnement des responsables politiques, flambeau de la politique de lutte contre la corruption de l’actuel régime répondait à un critère aléatoire, résultat d’une stricte application des lois ; on ne saurait se pencher sur la question des poursuites sélectives que mène le parti au pouvoir contre ses principaux opposants.En démocratie les conflits politiques doivent être résolus politiquement laissant l’arbitrage des tribunaux indépendants pour résoudre les contentieux.

L’emprisonnement ne doit pas être une fin en elle même sinon un ultime recours pour corriger un comportement délictueux, criminel. Loin d’être une panacée pour la bonne gouvernance et le développement économique la lutte contre la corruption pourrait finir par provoquer une fracture sociale si elle n’est pas accompagnée de principes directeurs comme la justesse, l’éthique et la transparence.

Le manque de transparence et le « secrétisme »

Malheureusement notre pays est loin d’être un bon exemple en matière de transparence. Même s’il n’existe pas une définition consensuelle du concept de transparence dans les sciences sociales, son usage dans le discours politique est très amplement répandu dans les démocraties consolidées. Dans son ouvrage : « Théorie Générale de la politique », le politologue italien Norberto Bobbio développe une profonde réflexion sur la transparence et la définie comme une manière d’agir en publique opposée au « secrétisme étatique ».

Bobbio s’appui sur la théorie du Philosophe allemand Immanuel Kant qui considère que l’exercice du pouvoir ne doit pas être secret pour un citoyen qui a dépassé la minorité d’âge. Kant nous dira dans ce sens : « pour l’homme qui a acquis la majorité d’âge et peut faire usage de la raison, il est nécessaire d’avoir une connaissance complète des affaires de l’Etat ».

Et pour ce faire, l’Etat doit agir en publique et le citoyen doit avoir le pouvoir de formuler une opinion sur l’action de l’administrateur, les lois et les normes qui prétendent harmoniser le bon fonctionnement des institutions et la gestion de la chose publique. Il faut dire que Kant se préoccupait sur la justesse des lois et du comportement des administrateurs.

Dans ce sens, il écrit : « le moyen le plus sûr de savoir si une volonté politique, une loi ou une décision d’un administrateur est juste ou injuste ; c’est de ne pas les maintenir en secret et de les mettre à la disposition de l’opinion publique ».

Suivant cet argumentaire, Bobbio nous dira que, dans un pays démocratique, le principe de publicité doit être compris comme un principe normatif, qui se traduit par l’établissement de certaines règles qui obligent l’État à publier les informations sur la gestion des affaires. C’est-à-dire que les actions des pouvoirs publics doivent être transparentes pour les citoyens au nom desquels ils gouvernent et prennent des décisions qui affectent leur quotidien. La transparence englobe donc deux concepts souvent confus pour l’opinion publique : le concept de publications et le concept de compte rendu ou « accountability » des administrateurs.

C’est, d’ailleurs, suivant ce principe de transparence que l’Assemblée Nationale sénégalaise avait commencé après, l’alternance de 2000, à publier les textes de lois votés par les députés. Curieusement, en 2014,seulement quatretextes de lois furent mis en ligne sur le site officiel de l’Assemblée Nationale. Mais le plus surprenant c’est qu’à partir de 2014 aucun texte de loi voté ni accords internationaux n’est plus mis en ligne sur le site du parlement sénégalais, au moins jusqu’à la date du 15 Août date ma dernière consultation.

Dans le cadre d’une recherche, nous nous sommes mis en contact avec les responsables à travers le numéro de téléphone que apparaît sur le site. Après plusieurs tentatives nous avons pu avoir une personne au bout du fil qui nous facilita le contact du responsable des archives de l’assemblée. Ce dernier n’a pas pu nous donner une explication convaincante sur l’absence des textes de lois sur le site du parlement. Il nous a plutôt avancé que ces informations ne seraient disponibles qu’à long terme et sans précision.

Aujourd’hui, malgré les avancés technologiques, le seul moyen que disposent les sénégalais pour accéder à l’informer sur les lois votés par nos députés consiste à se rendre physiquement dans la bibliothèque de l’assemblé national. Il est vrai que le site officiel du gouvernement publie les décrets, des textes de lois et les conventions. Cependant, seulement de rare fois nous pouvons y trouvé quelques poignées de textes de lois votées par les députés.

D’ailleurs en accédant au site du gouvernement nous sommes informer que « Les textes figurant ici sont présentés uniquement pour faciliter l’accès des citoyens à l’information juridique. Aux fins d’interprétation et d’application de la loi, seules font foi les publications sur papier du Journal officiel de la République du Sénégal.” Sauf que, lorsque nous continuons la recherche pour consulter le site officiel du journal officiel, nous trouvons avec la surprise que les liens qui nous portent vers les lois ne sont pas activés donc nous ne pouvons pas accéder aux contenu.

Sauf erreur de ma part, aucune information détaillée sur l’utilisation du budget nationale n’est disponible sur les principaux sites officiels qu’utilise le gouvernement sénégalais pour informer la population. Le Président de la république bénéficie de fonds spéciaux dont les citoyens ignorent le montant réel et la destination. Malgré ces principes de transparence qui poussèrent le gouvernement actuel à créer la « Loi 214–17 » relative à la déclaration de patrimoine, les citoyens sénégalais ne sont toujours pas informés de l’évolution et de l’application de cette loi.

Le débat politique sur la déclaration de patrimoine ne fait toujours pas l’unanimité dans la classe politique sénégalaise. D’ailleurs, certains membres de l’entourage du propre Président avaient publiquement manifesté leur opposition à la normative. Loin de promouvoir la transparence et la bonne gouvernance, cette réalité témoigne plutôt une involution dans l’élan et la direction que notre démocratie avait prise il y a une décennie

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