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Le Magal…Pérennité de l’authenticité d’une pensée

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Par Serigne Khadim Gayde Lô (photo)

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AU NOM DE DIEU LE CLEMENT, LE MISERICORDIEUX

QU’ALLAH DANS SA GRANDE MANSUETUDE, ACCORDE LE SALUT SUR CELUI QUI A ACQUIS LA PRECELLENCE ALORS QUE L’AÏEUL ETAIT ENCORE VOILE DANS LA BOUE :  LE PROPHETE MOHAMMAD, (SWS).

QUE SALUT SOIT SUR SON AUGUSTE FAMILLE ET SES HONORABLES COMPAGNONS.

QU’HONNEUR RESTE A DEMEURE A TRAVERS LE MAGAL SUR CELUI QUI EST LE SERVITEUR PAR EXCELLENCE DE L’ELU ; LA PURETE DE LA CHARIA ET L’EXEMPLE VIVANT DE LA SUNNA ;  CHEIKH AHMADOU BAMBA AL MBACKIYOU                    

Le Magal…Pérennité de l’authenticité d’une pensée
Le Magal…Pérennité de l’authenticité d’une pensée

Chers talibés,

Nous voici réunis en ce jour de grâce pour commémorer ce qui est une manifestation exaltante de la miséricorde divine. Le Magal coïncide en effet avec le départ en exil d’un Saint homme dont la vie et l’œuvre ont été hautement récompensées. Et, s’il est aussi un baromètre qui permet de jauger de l’état d’accomplissement de la communauté, nous disons qu’Allah est certes Bon Payeur !

En effet, il est bien loin le temps où être Mouride correspondait plutôt à un ostracisme familial ou sociétal. De nos jours, cet important évènement a fini par trouver une place de choix dans les différents calendriers du monde entier. Il est l’exaltation d’une communauté en marche.

D’emblée, c’est l’occasion de saluer le travail remarquable que le khalife Cheikh Sidy Moctar Mbacké effectue inlassablement pour le rayonnement universel de la Mouridiyya. Entre autres actions, il me plait d’évoquer la création récente d’un comité consultatif. Touba a certes besoin en ce sens  d’établir des  institutions de pensée et de réflexion solides pouvant être à l’avant-garde de la Mouridiyya. Aussi, comme je l’ai toujours affirmé; nous ne cesserons d’apporter Au khalife notre soutien indéfectible à tous les niveaux pour que s’accomplisse sa destinée ! Et, comme il l’a toujours souhaité, par ailleurs, la communauté de Touba Baghdâd reste debout ; prête à l’accompagner dans tous les chantiers qu’il entreprendrait.

Le Magal est d’abord un évènement qui permet d’avoir une pensée pieuse pour les souffrances atroces subies par le Saint homme au bénéfice de son peuple meurtri. Si aujourd’hui nous pouvons festoyer dans la paix, c’est qu’un martyr a témoigné de sa foi en portant haut l’étendard de l’Islam des eaux troubles de la colonisation. En cela, il est l’archétype du Sadiquin, du Salihin et du Sahada réunis à l’aune du verset qui proclame : wa man yuti i allaha wa ar rasula fa-ula-ika ma ‘a al –lazina an ama Allahu’ alaytim mina an nabiyina wa as siddiqina wa ash-shuhada-i wa salihina wa hasunaula-ika Rafiqaan ( quiconque obéit à Allah et au messager, ceux-là seront avec ceux qu’Allah a comblés de Ses Bienfaits : les prophètes, les Véridiques, et les vertueux. Et quels bons compagnons que ceux-là (an nisa 4:69).

En ce 10 Aout 1895 (samedi 4 safar 1313), l’histoire des peuples retient qu’on fit au Cheikh une injustice terrible en voulant envahir ses terres; conquises uniquement (selon son mot) « pour l’adoration de Dieu et l’enseignement ». Son seul tort fut de se présenter comme l’esclave exalté de Dieu et le serviteur à demeure de son prophète-élu. On lui fit ainsi un procès d’intention en se basant sur des supputations. Cependant, il restera stoïque face aux événements ; faisant de la confiance à Dieu sa muraille. En tout état de cause, les réponses qu’il soumit au conseil privé réuni ou le calme dont il fit preuve dans le « safinat al barr » (Vaisseau vers Dakar) – alors que les colons  complotaient pour sa perte – sont des preuves irréfutables de sa vaillance. Qu’importe alors le cachot étroit de Dakar ou l’hostilité de ce capitaine de bateau lors de la traversée de l’océan, Cheikhoul khadim ne sacrifia jamais son idéal sur l’autel de la compromission.

Voilà ainsi un Mutagharib (pauvre expatrié), n’ayant fait aucun mal, être jeté dans le Jazira (l’ile) du Gabon où sa grande affliction était qu’il ne rencontrât personne qui fut en quête de Dieu ou de sa voie (Sabil).

Nonobstant les épreuves, il resta fidèle à la dévotion du seigneur. Mystiquement, les mois et les jours devinrent alors pour lui comme des personnes (ashkas ) qui lui tenaient compagnie. Et en pratiquant la guerre sainte des passions ( Mujahid li Nafs ), il atteignit le sommet de la sainteté pour devenir comme le soleil (kash shams).Quel bel état !

À ceux qui croyaient le museler ; il répondit a posteriori : « Vous m’avez exilé sous prétexte que je suis un adorateur de Dieu qui fait le djihad. Je vous donne assurément raison car je mène le djihad pour l’amour de Dieu. Mais mon djihad se fait par la connaissance et la piété ; en ma qualité d’adorateur de Dieu et de serviteur du Prophète ».

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Dès lors, le magal devint l’expression de cette victoire. Ils peuvent toujours bien garder ces archives qui montrent le succès du Saint de Touba. Par la pérennité de ce Magal, dans l’espace et le temps, nous savons qu’il fut victorieux.

Le Magal  aussi en conséquence la continuité d’une pensée bien unique et authentique. Face à une puissance armée qui vint à bout des Damels, bracks, Bourbas, domou Sokhnas, Cheikh Ahmadou Bamba délivra une nouvelle forme de lutte ; celle basée sur la crainte révérencieuse. Ce fut bien original en ce sens que la colonisation étant une agression culturelle ; elle ne pouvait être combattue effectivement que sur le même plan. Mais son défi fut de combattre la domination par le biais de l’Islam sans pour autant conduire son peuple dans une entreprise d’acculturation au profit de la culture arabe.

Au demeurant, par ce voyage, il fit montre d’un patriotisme extraordinaire. En cela Cheikhoul khadim fut le précurseur d’une émancipation religio-culturelle   au profit de la communauté. Pareillement, par son attitude face à son exil, il donne l’ exemple à suivre lorsque qu’une tourmente se profile à l’horizon… C’est à dire s’accrocher à la corde du seigneur à l’aune de ce verset : « Ô croyants ! craignez Allah comme Il doit être craint.Et ne mourez qu’en pleine soumission.Et cramponnez-vous tous ensemble au Habl( cable ) d’Allah et ne soyez pas divisés ».

Ainsi dans un monde où tout un chacun se recroquiville sur le peu qu’il a, reservons la place qu’il sied à cette pensée exceptionnelle de Cheikh Ahmadou Bamba :xaam Bamba jott naa !

En effet on assiste a un échec contemporain de toutes les théories et philosophies modernes. De la chute du marxime au rejet du socialisme, ou plus récemment le rejet du liberalisme par la montée en puissance du nationalisme: l’échec est total. Il semble que toutes les manières de pensée la vie en communauté sont ballotées et le monde vit dans la tourmente. En conséquence, des pays comme l’Afghanistan sont devenus des zones de désastre. Le Yémen est plombé par la guerre civile pendant que l’Iraq est meurtrie par la violence sectaire ; la Syrie a fini par être un terrain de jeu entre puissances étrangères. La faillite de l’état libyen ouvrant les vannes à une immigration dont l’Europe pourtant veillissante ne veut point.

Devant cette crise identitaire, nous, Mourides, devons nous ressourcer de la philosophie de Cheikhoul Khadim. C’est cette pensée qui prévaut quand Serigne Touba nous dit : « je vous recommande deux choses et ne leur associez pas une troisieme : c’est le travail et l’adoration. Ainsi obtenez-vous la quiétude ». En mettant le primat sur l’individu dans la logique de l’adoration de Dieu, cette théorie facilite la réalisation d’un équilibre tant social que religieux.

L’enseignement du Cheikh est axé sur la foi religieuse et le communautarisme ; levier sine qua none d’une organisation tendant au dévéloppement économique. Distinguant, par exemple, les daaras djangues de Maam Thierno et les Daaras liguey de Maam Anta, le mouridisme met en exergue une nouvelle forme de vie sociétale.

Dans cette perspective, je vous exhorte à œuvrer dans ces deux domaines que sont le religieux et le social.

Dans le domaine religieux, redoublons d’efforts dans la voie de l’adoration de Dieu ; seule constance en son depart en exil et son retour auréolé de gloire. En effet, nous vivons dans un monde que lui-même a décrit dans son poème axiru zaman en ces termes : « Sachez, chers frères, que vous vous trouvez à la fin du monde. Nous voyons les signes qui annoncent l’approche de la fin (…) car cette époque est la pire de toutes (…) ». Dès lors, il prescrit de se méfier des interdits de Dieu et de suivre la bonne voie tout en se repentant à chaque instant. Se conformer au comportement verteux, tel est le caractère premier du disciple. Ainsi, quand l’ignorance et la trahison deviennent la règle ou que l’hypocrisie et l’égarement règnent en maitres, il convient de leur opposer un retour à la source pure de la Divinité.

Dans le domaine social, la pensée mouride repose sur deux pilliers sûrs que sont le kasb ou la recherche du licite et le khidmat qui est le service au profit de la communauté. Le Mouride est celui qui se sacrifie pour les besoins de sa communauté. C’est l’occasion pour moi de réiterer un appel pour un engagement sans faille dans les grands travaux de la magistère de Cheikh Sidy Moctar. De la mosquée de Touba aux travaux de celle de Dakar en passant par l’ autoroute, les Mourides ne devront ménager aucun effort pour une exécution rapide; car tout cela se mesure en terme de citoyenneté participative.

Par ailleurs, en Europe comme en Amérique, le sens d’une économie déclinante ou à deux vitesses a fini par engendrer une radicalisation des laissés-pour-compte de la globalisation. Des politiciens avisés apparaissent de partout pour exploiter cette misère de la pensée dont le point commun est le rejet des musulmans et des immigrés. Ainsi, ces politiciens extrémistes apparaissent comme leur messie car parlant leur langue, celle du populisme. Une telle attitude semble menacer la paix mondiale et le développement de l’homme. Ce sentiment anti-migratoire est un sujet qui nous interpelle au premier rang; ne serait-ce parce que la majorité des deux millions d’immigrés sénégalais sont des Mourides.

A ce sujet nous disons que la dispora africaine, forte de 30 millions de personnes, envoie chaque année 160 milliards de dollars. Au Sénégal seulement ; les immigrés envoient chaque année jusqu’à 600 milliards de francs cfa,dépassant ainsi l’aide au developpement. Il s’agit ainsi pour les pouvoirs publics de développer des mécanismes qui fassent que cette manne financière ne soit pas utilisée uniquement vers la consommation mais qu’elle soit attribuée à des projets d’investissement. Ces immigrés du Sénégal ne demandent qu’à rentrer au pays si toutes les conditions étaient réunies. Il conviendrait à l’Etat sénégalais de leur faciliter le retour par une politique incitative soutenue par exemple par de dévelopement de l’agro-business. Le travail de la terre est une tradition bien mouride. Lors ma récente tournée européenne, les immigrés mourides rencontrés ont manifesté ce desir.

Dans la course pour le developpement en Afrique – qui à mon sens est un palliatif à l’immigration- il est clair que l’émancipation culturelle et économique pronée par le mouridisme est la seule solution viable. Ainsi mes chers Talibés, arc-boutons-nous à cette ideologie de Serigne Touba et rendons grâce à Cheikhoul Khadim comme je le réitere dans le poème Sahidatoul shahid.

 

Serigne Khadim Gayde Lô

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